À la Allison Academy, un établissement scolaire de North Miami Beach où se mêlent les cultures des quatre coins du monde, Reino se prépare à vivre sa dernière année comme toutes les précédentes.
Mais ça, c'était sans compter l'arrivée d'un nouveau d...
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— Où es-tu ?
Je ferme les yeux en entendant le son de sa voix. Haru me paraît tellement déboussolé, à l'autre bout du combiné.
— Je suis désolé, j'avais besoin d'être un peu seul.
— Ne fais pas ça sans prévenir, Rei...
— Pardon...
Haru vient toujours me chercher en voiture pour qu'on aille au lycée ensemble. Aujourd'hui, j'ai quitté la maison très en avance et je me suis retrouvé à vagabonder le long de mon quartier. Je n'ai pas pris la route de l'école, malgré mes cours se balançant dans mon sac à dos.
— Je m'inquiète...
— Je sais, et je suis désolé, je répète difficilement. J'ai angoissé comme pas possible en recevant la réponse de Princeton, je ne suis même pas capable de regarder si elle est favorable ou non.
— Ce n'est pas une fin en soi, Rei. Si tu as été refusé, et je dis ça sans aucune volonté de te porter la poisse, tu auras énormément d'autres opportunités.
— J'en suis sûr.
Je continue de marcher, le cœur qui pèse. Je sais qu'il veut m'aider et je lui ferme la porte. J'essaye par tous les moyens de l'accueillir dans mon espace, mais actuellement, je ne veux pas que qui que ce soit y mette les pieds.
— Dis-moi au moins où tu vas, s'il te plaît.
Je lève le regard vers la plage qui se dessine de l'autre côté des rampes, pleines de graffitis, hautes en couleurs.
— Je suis au skate-park, ne le dis pas aux autres, Haru.
— Je ne le dirai pas, mais promets-moi de répondre à mes messages.
— Je le ferai.
Je sais qu'il insiste parce qu'il voit que je ne suis pas dans mon état normal. Il ne sait pas ce qui cogite dans ma tête – moi aussi, j'en doute encore. Encore une fois, sa patience m'apaise autant qu'elle me dépasse.
— J'y vais, fais attention à toi. Bisous.
— Bisous, je lui réponds.
Je m'assois en tailleur, observant les quelques skateurs matinaux qui s'entraînent sous la brise fraiche. Le bruit de la mer empêche mon cerveau de saccager tout ce qui tient en moi. Au fond, je veux bien croire que le monde n'est pas aussi sérieux que ça. Et il y a peu, je pense que ce mantra ne m'aurait pas semblé aussi difficile à concevoir.
Le Reino d'il y a un an n'aurait pas eu aussi peur de ne pas pouvoir sauver le monde.
Un monde qui, dans quelques mois, ne sera plus le même. Un monde où chacun d'entre nous décidera de partir dans une université différente. Personne de mon entourage n'a postulé pour Princeton. La plus proche de moi serait Jade, si elle est acceptée à l'Université de Pennsylvanie, même si l'un de ses vœux est également de retourner en France, faire une année sabbatique auprès de ses grands-parents qui vieillissent.
Si Princeton me refuse, il me reste la FSU, là où Faisal, Matthew et Haru ont également posé une de leurs candidatures – bien qu'elle ne soit pour aucun de nous le premier choix. Blanca a bon espoir d'être admise dans l'école privée des Everglades, et Ioane a tenté sa chance à Chicago.
J'ai la drôle d'impression que même si nous ne voulons pas nous séparer, nous n'avons pas pour projets de rester ici toute notre vie. Nous ne voulons pas faire de cet endroit notre éternité.