À la Allison Academy, un établissement scolaire de North Miami Beach où se mêlent les cultures des quatre coins du monde, Reino se prépare à vivre sa dernière année comme toutes les précédentes.
Mais ça, c'était sans compter l'arrivée d'un nouveau d...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
C'est quelque chose d'étrange. Me réveiller le matin, comme à mon habitude, prêt à la même routine, occupant le même espace. Sauf que ce matin, je ne me sens pas écrabouillé par le poids de ma propre tête.
Ma mère arrose les plantes dans le jardin, partiellement protégée du soleil irradiant par son très grand chapeau, son préféré. J'ouvre aussitôt la fenêtre, peut-être un peu trop précipitamment : le cadre claque contre le mur extérieur et je la vois sursauter. Elle lève la tête, me dévoilant son visage et ses sourcils froncés. Sa robe légère est aux nouvelles couleurs du temps, aussi clair qu'un ciel dégagé. Avant qu'elle n'ait pu me réprimander, je m'exclame, sincèrement :
— Tu es la plus belle des mamans !
Le jet de son tuyau a un raté et poignarde les buveuses d'eau, la faisant glapir. Je sais que ça l'a perturbée, mais elle se met soudain à rire, de façon si cristalline que mon père, occupé à retaper les lattes de la terrasse, se redresse et la regarde.
Observer mes parents n'a jamais été une part de mon train de vie. Et j'ai pris leur présence pour acquise pendant sûrement trop longtemps. J'oubliais qu'ils étaient des personnes qui s'étaient choisies l'une l'autre avant de me choisir moi. Je suis arrivé quand ils avaient déjà les fondations de leur empire. Ma discussion avec Jiheul a remis en perspective bien plus qu'un cœur égaré. J'avais envie de voir quels humains, quels esprits libérés ils pouvaient être.
Ma mère rit encore, et mon père s'appuie contre la rambarde en souriant. Je les admire depuis le cadre de ma petite fenêtre.
Elle doit penser qu'on se moque d'elle, car elle tente de l'arroser – je suis trop haut, alors elle ne tente même pas. Mon père fait une drôle d'acrobatie qui le conduit jusqu'aux bordures du jardin pour l'esquiver. Et ils se charrient à coups de jet d'eau et d'herbe fraîchement coupée.
C'est étrange de me dire que j'existe par la formule de ces deux rires. Il suffit de regarder ce qui nous entoure, car on est parfois trop pris par la vie pour avoir conscience des trésors qui nous frôlent au quotidien.
La lune éclaire le bitume, marquant mon chemin jusqu'au skate-park. Un long frisson remonte mon échine et l'appréhension fait palpiter mon cœur. Trois. Deux. Un. C'est bien trop vite que je rejoins les grandes dunes de béton qui camouflent l'écume. Cet endroit brille par son silence. Cet endroit est le témoin le plus fidèle de mon chemin dans l'adolescence.
L'air du soir crépite sur ma peau quand je m'assois contre l'espace des rampes, balançant ma tête au son des vagues. J'aimerais savoir pourquoi tout paraît si grand, maintenant. Il y a peu, mon monde me semblait minuscule. Je sors mon portable et relis les derniers messages figés sur l'écran. Le stress monte, je me mets à jouer avec mes mains en fredonnant la même mélodie, le refrain de Summer Paradise de Simple Plan, qui s'était lancé tout à l'heure à la radio, dans la voiture de papa. La chanson ne m'est plus sortie de la tête depuis.