À la Allison Academy, un établissement scolaire de North Miami Beach où se mêlent les cultures des quatre coins du monde, Reino se prépare à vivre sa dernière année comme toutes les précédentes.
Mais ça, c'était sans compter l'arrivée d'un nouveau d...
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— Je savais que ça allait mal finir, a-t-il murmuré.
Je ne suis pas allé en cours de toute la journée, mais sur le chemin du retour, j'ai demandé à Haru si je pouvais passer chez lui. Il a directement accepté.
C'était une heure plus tôt, et en une heure, il peut se passer beaucoup de choses qui changent la donne.
Mes parents n'étaient pas à la maison au moment où je suis rentré récupérer mon vélo. Bien que Haru m'ait proposé de venir me chercher en voiture, je lui ai dit que ce n'était pas nécessaire. Et j'ai pédalé sur ce même sentier que je vois tous les jours, sur cette même route. Rien n'avait changé.
Jusqu'au moment où je me suis retrouvé à la porte d'entrée, et que la musique ne tambourinait plus contre les cloisons. Jusqu'au moment où les décorations boho de Hyerin n'apportaient plus les mêmes couleurs. J'ai ouvert la porte et, de l'autre côté le silence s'est rompu.
J'ai pu en quelques secondes à peine, reconstituer l'heure qui s'était écoulée. Haru, rentrant chez lui après m'avoir répondu que je pouvais passer. Haru qui ouvre la porte et tombe sur sa grande sœur, le visage rouge et baigné de larmes. Je peux voir l'instant où ils se sont observés en silence, dans la torpeur de cette pièce qui n'a même pas encore eu le temps de ressembler à un foyer.
Je peux visualiser le moment où, d'une colère froide, il lui a demandé qui l'avait mise dans cet état.
J'ai eu l'impression qu'elle se répétait, cette histoire qu'elle n'a fait que me raconter. La différence, c'est que Hyerin y a mis fin elle-même. Peut-être que c'était bien trop à gérer.
Peut-être que notre adolescence était condamnée à ça : à nous rencontrer, nous découvrir, et nous dire au revoir.
Et quand je me suis retrouvé dans cette bulle, planté comme un parasite dans le vestibule, une douleur lancinante m'a attaqué en pleine poitrine. Leurs yeux se sont orientés vers moi.
— Rei... je voulais pas..., m'a supplié Hyerin, que j'ai senti au bord du précipice.
Nos mondes volent en éclats à tout moment de notre vie.
J'ai su que j'avais déjà mis un doigt dans l'engrenage, que d'une façon ou d'une autre, la vérité ne m'aurait pas laissé m'en tirer sans aucune séquelle.
— Tu étais au courant ? a chuchoté Haru.
Je savais que ça allait arriver, alors je n'ai même pas pu en vouloir à Hyerin, de m'avoir involontairement entraîné dans ce dénouement. Mais j'ai vu son regard à elle, déformé par sa prise de conscience. Vous savez, j'arrive à croire que quand votre cœur se brise, vous n'êtes plus forcément maître de ce que vous dites.
— Non, il sait rien ! Il a rien à voir avec tout ça, est tentée d'intervenir Hyerin.
Elle a quitté Matthew. Elle l'a quitté mais elle ne le voulait pas, c'est pourquoi elle est à ce point dévastée. J'ai envie de la secouer, mais je ne peux pas. En quoi en aurais-je le droit ? Nous ne sommes que des enfants, des ados. Faire des erreurs qui nous détruisent, c'est notre fatalité.
— Je savais tout, ai-je partagé, d'une voix qui m'a paru robotique.
Alors que ce n'était pas vrai. Je ne savais pas tout, mais j'en savais bien assez.
Et Haru m'a regardé comme s'il ne me reconnaissait pas.
— Depuis quand ?
— Depuis trop longtemps.
Et j'ai tout gardé car j'avais peur que tout explose, qu'on se disperse à cause de nos déboires de jeunesse. C'est si fragile, d'être vivant.
Hyerin s'est levée pour s'interposer entre nous deux, et de sa bouche a jailli une ribambelle de mots que je n'ai pas entendus. Je crois que Haru non plus. Nous n'avons pas bougé, pourtant. Nous sommes restés figés l'un face à l'autre, comme des étrangers.
— Arrête de croire qu'elle est incapable de gérer son bonheur.
— Elle vient de se faire plaquer, m'a-t-il rembarré avec un rire aigre.
Il a faux, mais il est tellement persuadé qu'elle ne peut qu'à nouveau se faire briser.
— Toi non plus, Haru, t'as jamais rien voulu voir. Elle a senti que tu l'aurais pas soutenue. Si t'avais été un peu moins fermé à l'idée qu'elle puisse trouver l'amour, elle aurait eu le courage de t'en parler. Mais t'as fait comme si ça n'existait pas.
Je sais que mes mots sont les pires, qu'ils émergent bien trop tôt. Ils lacèrent une ancienne blessure. La gorge sèche et la vision trouble, j'achève :
— Tu as agi comme vos parents.
Il a ouvert la bouche, son expression s'est figée. J'ai attendu qu'il parle, qu'il expose enfin ce que nous avons tenté d'éviter pendant des mois. Je ne sais pas ce qu'il a vécu au chevet d'une sœur au cœur meurtri. Je n'ai jamais su à quel point la douleur d'un autre pouvait changer notre propre vision de l'univers.
Ses lèvres se sont scellées un instant, son visage n'a plus eu aucune trace de dureté. Mais ce n'était pas pour montrer un quelconque signe de paix.
C'était comme s'il avait capitulé.
— Rentre chez toi.
J'ai fait demi-tour et j'ai rattrapé mon vélo. Hyerin a continué d'hurler mon nom dans mon dos – Rei ! Rei ! –, je n'ai plus entendu la voix de Haru.
J'ai fait le chemin inverse, le souvenir tenace de son silence me suivant à chaque mètre, superposé aux jérémiades de sa grande sœur. Quand mes parents m'ont vu depuis le salon, ils m'ont directement demandé pourquoi je n'étais pas allé à l'école.
J'ai essayé de parler, mais l'univers a tourné maladroitement quand j'ai mis les pieds sur le sol de ma propre maison. Elle était comme un vaisseau naviguant sur des eaux déchaînées.
J'ai souri de toutes mes dents, même si mon monde s'écroulait. J'ai voulu l'annoncer à Haru en premier, mais les choses ont changé.