Chapitre 81

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— Depuis quand tu te sens comme ça ?

— Depuis un moment.

— Mais ces dernières semaines, ça a empiré, c'est ça ?

Étendu, les yeux sur le plafond de la chambre de Haru, je n'ai plus aucune force après avoir pleuré aussi longtemps. Mon corps est lourd et engourdi, comme s'il avait expulsé toute la mélasse qui croupissait en moi. Je hoche la tête à ses dires, car c'est un constat qu'il m'a fallu conscientiser par moi-même.

— J'ai pas voulu l'assumer tout de suite, mais quand j'ai vu que Princeton m'avait accepté, j'ai pété un câble. Et pas dans le bon sens.

Je ne voyais plus rien, plus de ligne directrice, plus d'échappatoire. J'avais l'impression de plonger dans des eaux troubles.

Il est assis en tailleur de son côté du lit, m'observant tout en m'écoutant parler. Haru a de nombreux post-it colorés collés à ses murs, et à chaque fois que je remets les pieds dans sa chambre, il y en a un peu plus qui les tapissent. Il m'arrive d'en attraper un au hasard, sans jamais savoir si je tomberai sur le rappel d'une formule chimique ou le numéro de téléphone du glacier du coin. Parfois, ce sont des phrases simples dont le sens est un mystère, et d'autres fois, des petits gribouillis. Ici, c'est l'amoncellement de son esprit. Il a aussi deux tableaux en liège qui débordent de photos. Avec sa famille, ses proches de Californie, et son enfance en Corée du Sud. Sur l'une d'elles, je reconnais le visage déjà ridé de son grand-père. Puis il y a nous, bourgeonnant dans sa réalité. Blanca, Faisal, Jade et Ioane. Ce sont Haru et Matthew qui ont débarqué à Miami, mais pourtant, si nous reprenons l'histoire de leur perspective, c'est un peu nous, qui nous sommes incrustés dans leur monde.

Haru repousse une mèche de cheveux de mon visage. À sa fenêtre, un courant d'air frais passe. C'est bienvenu, vu la chaleur qui s'installe un peu plus de jour en jour.

— Est-ce qu'ils m'en veulent ? demandé-je.

Peut-être qu'ils ne me détestent pas, comme me l'assure Haru, mais cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas le droit de m'en vouloir.

— Ils voudraient comprendre. Je crois qu'ils sont trop perdus par rapport à tout ça pour avoir le temps de vraiment t'en vouloir.

— Et s'il n'y a pas de raison logique, à mon comportement ?

Je me redresse péniblement, me plaçant face à lui. Son visage est éclairé par la lumière de fin d'après-midi.

— Tu n'as pas dit qu'il n'y a pas de raison, relève-t-il.

Je hausse les sourcils.

— Je viens littéralement de le dire.

— Non, tu m'as dit qu'il n'y a peut-être pas de raison « logique » à ton comportement. Tu n'as pas dit que ça sortait de nulle part.

Oops, my badOù les histoires vivent. Découvrez maintenant