Chapitre 67

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Ma mère et moi faisons la vaisselle, pendant que sur la terrasse, Haru et Hyerin débarrassent la table. Midi n'est déjà plus loin et la chaleur commence à me tirailler, je profite donc de l'eau fraiche roulant sur mes mains quand je rince les couverts.

Une silhouette s'adosse aux tiroirs à ma droite. J'ai à peine le temps de lever les yeux.

— Même si cette piscine est top, ça serait un crime de ne pas profiter de la mer aujourd'hui, vu le temps qu'il fait.

Le père d'Haru m'adresse la parole sans qu'aucune circonstance ne l'y force pour la première fois. C'est comme si je venais de débloquer un dialogue avec un nouveau PNJ. Bien sûr, durant cette cohabitation, nous avons été amenés à nous échanger des civilités, autrement il aurait été question de nous considérer en silence comme des statues – quoique, ça semblait porter ses fruits entre mon père et lui, peut-être pensait-il que j'opérais pareil ?

Je passe une assiette à ma mère pour qu'elle la range dans le lave-vaisselle, et relève sa remarque avec un train de retard.

— Il fait si chaud que j'ai l'impression que je vais fondre, râlé-je.

Si Haru a le même sourire que sa mère, je sais maintenant de qui il tient son rire. Ensuite, son père les regarde par la fenêtre de la cuisine, comme le plus précieux joyau.

— On n'a pas vraiment eu l'occasion de discuter, me fait-il remarquer.

— J'avoue qu'on me voit plutôt prendre le thé avec les mamans.

J'entends justement la mienne, de maman, souffler par le nez pour se retenir de rire. C'est typiquement le genre de chose que je peux dire aux gens qui me sont proches, c'est mon type d'humour, parfois trop subtil pour ressembler à une plaisanterie. Mais je me dis que face à quelqu'un que je ne connais pas, ça pourrait ressemblait à de la moquerie.

Heureusement, M. Yoon rit, signe que comme convenu, cette excuse a été prise avec légèreté.

— Tu n'es pas très bavard, mais quand tu parles on voit que tu es très vif d'esprit, constate-t-il.

— Je suppose que c'est un compliment ?

Je souris, sûrement car je détecte aussi une grande justesse dans les mots qu'il emploie, comme s'il ne les baragouinait pas en automate, mais avec une pleine conscience apposée à chaque parole. Cela lui retire un peu de spontanéité, mais elle se compense par beaucoup plus de sens.

Voilà pourquoi M. Yoon n'a pas beaucoup parlé depuis le début du voyage : il réfléchit chaque mot.

— Enfin bref, mon fils m'a tiré les oreilles parce qu'hier, je n'ai pas bondi aux côtés de ma femme pour participer à l'entretien d'embauche qu'elle t'a fait passer.

— Vous deviez vous occuper du barbecue.

— Nestori pouvait très bien se débrouiller seul, c'était une excuse.

Je ne relève même pas le fait qu'il appelle déjà mon père par son prénom.

— Une excuse ?

— J'ai vu comment elle arrivait à te mettre à l'aise et j'ai eu peur de ne pas réussir à faire aussi bien. Je crois que nous sommes tous les deux assez introvertis : tu aurais stressé, alors j'aurais stressé, et ça aurait fini avec une discussion bancale sur la couleur des nuages.

— J'adore parler de la couleur des nuages.

— C'est vrai ?

— Pas vraiment, avoué-je. Mais ne vous inquiétez pas, actuellement vous faites un boulot super pour me mettre à l'aise.

Il est vrai que cette maison est essentiellement composée de piles électriques, alors de nous savoir dans la même case, tendant davantage vers le monde qui grouille dans notre tête que sur celui de l'extérieur, ça a un côté plutôt réconfortant.

Puis en plein milieu de ce dialogue, une pensée plus grise gratte un coin du tableau. Je visualise M. Yoon tapi dans le silence quand il découvre que Haru a embrassé un garçon à ses onze ans. Puis j'ai un écho de ses mots, quand il lui a demandé pourquoi il était comme ça. Maintenant que je connais le son de sa voix, elle me paraît plus réelle. Ce souvenir, qui ne m'appartient même pas, s'incruste avec amertume dans mon cerveau.

Ma mère termine de mettre le lave-vaisselle en marche et me prévient qu'elle rejoint Jiheul dans le salon. Je me retrouve donc avec lui.

— Je suis sûr que Haru t'as parlé de ce qu'il s'est passé.

Ce n'est même pas une question. Tout à coup, j'ai peur de trébucher sur mes propres mots. Devant moi se tient un homme qui pense, qui réfléchit. Réfléchir n'est pas une compétence que tout le monde a le plaisir d'intégrer.

— Oui, il m'a dit certaines choses.

— D'accord.

Nous nous considérons avec une certaine retenue.

— Tu es la première personne qu'il nous présente, Reino. Pas juste le premier garçon, ça, n'a pas aucune importance.

J'ai l'impression qu'il cherche à me donner des informations sur un problème dont la racine est plus profonde.

— Tu es intelligent, et je pense qu'en connaissant cette histoire, tu parviens aussi à deviner que ça n'a pas laissé Haru de marbre.

— Il ne m'en a pas parlé.

Je sais que je parle à un nouveau M. Yoon, quelqu'un qui s'est engagé dans une introspection pour parvenir à comprendre Haru. Quelqu'un qui aimerait oublier le fantôme de son passé sans en perdre la responsabilité.

— Depuis ce jour, il est devenu bien plus secret sur ses relations. Nous étions proches sur bien des aspects, mais inconsciemment, il nous avait éjecté de sa vie sentimentale. Son cœur, à ses yeux, n'était plus notre problème.

Ça non plus, je ne le savais pas.

— Je ne sais pas si je suis en droit de te dire ça, mais merci.

Je l'observe sans vraiment comprendre, alors, laissant passer une seconde, il reprend :

— Merci ne nous avoir ramené Haru.

Oops, my badOù les histoires vivent. Découvrez maintenant