Chapitre 73

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Il y a eu une soudaine effervescence. Mes amis se sont tous attroupés autour de moi en hurlant et gesticulant comme des dégénérés. Ça, c'est ce dont je me souviens.

La lumière de l'écran m'a paru tout à coup beaucoup trop vive, comme un rayon laser qui me cramait l'orbite. Je me suis retrouvé à tendre mon portable à bout de bras avec la sensation qu'il était devenu dangereux.

— T'attends quoi, Rei ? Regarde !

Ça, c'était la voix de Faisal, presque distordue tant elle se perdait dans les rouages de ma tête. Les mains de Jade sur mes bras m'ont semblé glacées.

— Peu importe la réponse, je serai fière de toi, Rei.

Il y a eu des discours maladroits, décidés sur le vif. En entendant le sujet de la discussion, d'autres personnes se sont jointes à la fête, beaucoup, beaucoup de monde. Rapidement, je ne parvenais plus à voir au-delà des yeux braqués sur moi.

Le regard de Matthew était le seul figé parmi cette masse en mouvement.

Comme s'il voyait ma détresse.

Comme s'il savait que j'étais dans l'incapacité de faire de cette journée la mienne.

Son expression a alors changé, un éclat inconnu l'a habité. Ou alors, il a soudainement pris conscience de quelque chose.

Je l'ai vu faire un bond au milieu du tonnerre ambulant.

— Poussez-vous, laissez-le respirer !

Ce dont je ne me souviens pas, c'est l'instant où je me suis écroulé dans les bras de Haru, inconscient.




Je n'ouvre pas le mail de réponse de Princeton ce jour-là, je n'en ai pas la force. Je le laisse croupir dans ma boîte de réception toute la soirée, comme une bouteille à la mer qui a rejoint le mauvais destinataire.

Je ne veux plus jouer.

Le lendemain matin, je me prépare de manière automatique, enfilant mes vêtements pour la journée, vérifiant une dernière fois le contenu de mon sac, puis, je descends jusqu'à la cuisine où mes parents font mine qu'ils ne m'attendaient pas.

— Tu vas mieux, mon trésor ?

À entendre les mots de ma mère, c'est comme si elle les avait contenus pendant des semaines. Ils s'écroulent presque sur sa langue, dénonçant leur inquiétude.

— Non, maman.

Je me fige. J'ai eu totale conscience des paroles que j'allais prononcer, je savais qu'elles allaient être honnêtes, complètement. Et je ne me suis jamais entendu être honnête de cette façon. Cette voix résonne différemment de dans ma tête, là où la vérité sifflait en sourdine. Mes parents m'observent, et l'instant de silence fait que mon père se lève de sa chaise. Il pose une main sur mon épaule, ses doigts frêles pris d'un léger spasme.

— Il s'est passé quelque chose ? me demande-t-il, les sourcils bas.

Il se passe que mon esprit sature des secrets et des promesses du monde entier. Que pour préserver une personne je dois ouvertement mentir à une autre. Il se passe que je me tiens sur la corde raide et que l'enjeu, qui me paraissait jusque-là anodin, pèse désormais comme une enclume sur ma poitrine.

— Pourquoi tout ressemble à la fin du monde quand on a dix-huit ans ?

Ils s'échangent un regard. Je me demande si l'enfant que je suis leur ressemble un peu. J'ai tellement de mal à m'imaginer qu'à une période de leur vie, mes parents non plus, ne savaient pas qui ils étaient.

— Parce que c'est la vérité, Rei, me confie mon père avec un maigre sourire. Le monde s'écroule à dix-huit ans, puis il se reconstruit. Il peut encore voler en éclats à dix-neuf, vingt ans, ou plus.

— Comment on peut l'empêcher de s'écrouler ?

Il m'ébouriffe les cheveux.

— Quand j'avais ton âge, ma seule préoccupation était de sauver la terre entière. Et par expérience, je peux désormais te dire que rien n'est aussi sérieux qu'on le pense, pas même la fin du monde.


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