Elle ne m'avait pas offert le cadeau de me réveiller à ses côtés une nouvelle fois, le matin suivant, mais peu importait. Je l'avais vue, je l'avais sentie, je m'étais enivré de son corps et de la magie qui y vivait, et cela me suffisait pour l'instant.
Je m'étais levé seul dans un manoir parfaitement endormi. Sous mes pas, le plancher grinçait comme celui des anciennes maisons le faisaient, les épais tapis qui caressaient mes pieds en étouffant les bruits autant qu'ils le pouvaient. À travers les rideaux de la salle de réception que je traversais, la lumière de la lune s'étirait jusqu'à moi, me reconnaissant comme l'un de ses fils de la nuit. Il n'était pas encore tout à fait cinq heures du matin. Mon peignoir flottant derrière moi, je traversais mon manoir en réalisant que partout où je regardais, je pouvais voir la présence de Voldemort dans les lieux.
Vers la cheminée, je pouvais encore voir ma mère seulement vêtue d'une nuisette, bouteille en main, pleurant son mari. En traversant la salle de réception, je revoyais le corps mort de mon père que j'avais dû nettoyer moi-même. Plus loin, je pouvais encore goûter le sang que Theodore avait fait couler de cette Sang-de-Bourbe qu'il avait faite exploser là. Dans un coin, l'endroit où Voldemort avait forcé Pansy à torturer Theodore. Je regardai le plancher, cherchant une trace de son sang qui serait restée là comme une relique. De mon pied nu, je caressai le bois. Il n'y avait pas la moindre trace matérielle de ces événements, aucun d'entre eux. Les seules traces qui demeuraient aujourd'hui étaient celles qui avaient brisé nos esprits, et noirci nos âmes. C'était cette noirceur, la seule preuve que nous avions de ce qu'il nous avait fait.
J'inspirai profondément, cherchant dans l'air ambiant quelque chose de différent de toute cette sombreur. Je me demandai à quel moment, exactement, j'avais cessé de voir le manoir comme la maison de mon enfance. Au centre de la salle de réception, mes mains nouées dans mon dos, je tournais sur moi-même pour m'ancrer plus profondément dans les lieux. Ici, dans le coin droit de la pièce, près des escaliers, mon âme et celle de Theodore s'étaient choisies. Ici, alors que nous avions vécu à peine six étés, je l'avais emprisonné dans mes bras lorsque son père avait plané sur lui comme une menace, et je ne l'avais jamais lâché depuis. Je regardai le plancher, là où c'était arrivé. Ici non plus, il n'y en avait pas la moindre trace. La seule tangible qui existait était le lien qui était né entre son âme et la mienne ce jour-là.
Dans cette même pièce, nous avions joué et joué des heures durant. Plus moi que lui d'ailleurs, parce qu'il avait d'abord passé plusieurs années à m'observer, son regard bien dissimulé derrière ses mèches foncées, mais je n'avais jamais cessé de jouer. Dans cette pièce, je l'avais vu arriver aux côtés de son père, ses yeux brûlés à vif. Mon cœur se serra à l'évocation de ce souvenir. Non, il n'y avait pas que de l'horreur. Il y avait tout le reste. J'inspirai profondément. Dans cette pièce, il y avait toutes ces fois où je jouais-là, seul, et où je voyais sa petite silhouette sombre trancher le marbre de mes escaliers pour me rejoindre enfin. Dans cette pièce, il y avait les soirées d'été passées avec Blaise et Pansy, et parfois même avec d'autres invités lorsque mes parents s'absentaient un moment. Dans cette pièce, il y avait la première fois que Theodore avait tenu la main de Pansy pour la faire tournoyer au bout de son bras, alors qu'ils n'avaient que quatorze jeunes années. Une nouvelle fois, je forçai l'air ambiant à me remplir.
Oui, c'était ma maison. La mienne. Je la lui avais même récupérée, en réalité. Il ne pouvait plus la souiller de sa présence, moins encore l'insulter de sa violence. Moi, le nom Malefoy, la mémoire de mon défunt père. Il n'avait plus accès à rien de tout cela. C'était mon trésor, mon trésor à moi. Et tout ce qu'il avait essayé de me prendre de cette vie, cette vie que j'avais menée avant lui, je l'avais récupéré. Je l'avais vécu, tout cela. Toute l'horreur, oui. Mais tout le reste aussi. Tout l'amour, toutes les joies, tous les rires. Il ne pouvait rien me voler de tout cela. Je l'avais vécu, et les murs que j'arpentais me chuchotaient encore la douce nostalgie de cette partie de ma vie. Un seul de ces souvenirs pouvait repousser des milliers de Détraqueurs.
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Dollhouse
FanfictionSuite aux multiples échecs de son père pour mener à bien les tâches données par le Seigneur des Ténèbres, Drago Malefoy se voit dans l'obligation de le remplacer dans ses rangs. Ses plus proches amis, Pansy Parkinson, Blaise Zabini et Theodore Nott...
