Le petit déjeuner se poursuit dans une ambiance particulièrement froide. Le brouhaha général permet de faire diversion, mais l'atmosphère pesante oppresse toujours mes poumons. Et mon mal de crâne habituel n'arrange rien.
Mes amis et moi, avons toujours étaient soudés dans les moindres moments, à un tel point que nous nous avons juré de ne jamais laisser seul l'un des notre.
Le plus étrange, dans tout cela, est de constater que de simples cauchemars puissent ruiner un tel lien. En effet, nous n'avons jamais été aussi distants les uns des autres que ce matin, comme si une vague immense avait englouti toutes nos paroles.
Dans mon coin, je me contente de manger mes céréales, en me forçant de ne pas faire la grimace. Le comble serait que l'on critique mes manières ! Dans d'autres circonstance, j'aurais trouvé ce sujet de discussion divertissant, seulement je ne ressens plus ce besoin. Aujourd'hui, seul compte l'urgence de retrouver une vie normal ou, devrai-je plutôt dire, un sommeil normal.
Je remarque que Corentin a soigné son apparence. Outre ses cheveux roux, qui lui vaut le surnom péjoratif de poils de carotte - que nous avons oublié, par respect pour lui - , il possède sur les joues et le nez des taches de rousseur qui, d'habitude, ressortent parfaitement sur sa peau blanche. Une tête aussi hilarante qu'elle est original. D'une façon inattendu, Corentin à su en faire sa marque de fabrique, en affichant sans crainte ses différences.
Mais là, c'est comme si elles avaient disparu sous une couche beige.
En l'observant bien, tout en restant discret, je le vois fixer une fille à l'autre bout du réfectoire. Son visage est fin et délicat, et ses cheveux bouclés noirs retombent en cascade sur ses épaules.
Comme toutes les lycéennes dans l'internat, elle est habillée d'une jupe et d'une chemise rouge, à peu près comme notre uniforme. Quelques tables nous séparent et, pourtant, je jurerais l'avoir vu se retourner, pour soutenir le regard de Corentin, puis rire avec ses amies. À part cela, elle n'est pas spécialement belle, mais assez pour mon ami qui, semble-t-il, lui vaut une attention plus que particulière.
C'est donc, le sourire au lèvre et d'humeur narquois, que je lance.
– Va donc lui parler. Si cela se trouve, tu lui plaît aussi. Et à juger vos regards, il semblerait que oui.
Greg étouffe un rire, en même temps qu'il étale du beurre sur une tartine. Corentin, le rouge monté aux joues et les yeux brillants d'une pointe de gêne, me lance un regard intrigué, et je remarque alors qu'il semble énervé par mes paroles. Il se renfrogne aussitôt.
– Je vois pas du tout de quoi tu parles, gronde-t-il. Oh, et puis mêles-toi de tes affaires.
Sans plus de cérémonie, il se lève lourdement, sans me quitter du regard, et emporte avec lui son plateau-repas. Il est pratiquement plein, et Corentin a bien du mal à zigzaguer entre les chaises. Il finit malgré tout par atteindre le dépose plateau et, après y avoir rangé le sien, il s'éloigne vers l'escalier principal en courant. Greg soupire alors tout en posant son couteau.
– Vous ne changerez jamais, tout les deux.
Lucas acquiesce en buvant dans son verre, tandis que Greg souligne son propos en cherchant un Corentin absent. Quand à moi, je reste impassible. Au diable Corentin et ses manies de toujours prendre les choses aux premiers degrés !
Puis, comme une évidence, je commence à me dire que je n'ai pas faim, et j'éloigne avec ma main le plateau devant moi. De toute manière, les céréales ne sont pas bonnes, et me remplir la pence de ces atrocités n'arrangera certainement pas mon cas.
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Entre Deux Mondes
Science FictionJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
