Chapitre 46 : Jackson Brock

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Je joue ma dernière carte...

- Ce n'est pas moi.

Bien sur, je ne m'attendais en aucune façon à ce que cette réponse lui suffise. Moi-même, je doute de sa franchise. Mais, que cela se tienne, je n'ai pas le choix, et autant dire qu'il en dépend de ma sécurité. Ou plutôt, devrai-je, dire de ma propre vie.

- Plaît-il ? intervient Doréal.

Derrière son bureau, son corps se redresse telle une montagne. Son allure se transforme rapidement en une masse envahissante, révélant une grandeur encore inconnue. J'arrive à voir sa joue droite se torde, comme si derrière cette couche de peau, ses dents martelaient la surface avec voracité. Aucun doute là-dessus : Doréal n'est pas aussi dérangée que moi face à la situation.

- Oui, répétai-je, discrètement.

- Alors qui ? continue la proviseur, le visage grave.

À ses mots, ma gorge se ressert, ma bouche devenant pâteuse. Pourtant, il y a encore quelques minutes, une flamme ardente inondait mes poumons, comme si le feu de la Terre avait trouvé refuge dans mon fort intérieur. Un spasme involontaire vient secouer mon bras, qui se retrouve sur ma tête, ma main grattant mes cheveux avec hardis.

je m'étonne encore de les sentir si doux, à croire qu'il n'avait jamais été aussi propre de leur vie. Bien entendu, ils sont ébouriffés, mais au vu des réactions que me donnent Doréal, il semblerait que cela ne la dérange pas plus que cela. A vrai dire, son attention est dirigée vers une tout autre inquiétude : la vérité.

Cette dernière n'a pas de prix, et à croire que le sort s'acharne sur moi et, à chaque fois que j'en demande, la Terre semble s'écrouler, me laissant dans l'ignorance la plus totale.

- Je n'en sais rien, finis-je par avouer, la gorge serrée. Tout avait commencé si rapidement, comme si....

Un énorme fracas m'interrompt, me faisant sursauté par la même occasion. De l'autre côté du bureau, Doréal réagit de la même manière. Les yeux fermés, surement pour mieux reprendre son souffle, elle mordille sa lèvre inférieure, et vient poser ses deux mains jointes sur son bureau en bois massif.

- Je m'excuse pour le retard, retentit une voix.

Ce n'est pas possible...

Non, cela ne peut pas être vrai. Catégoriquement. Bien des scénarios me sont venus à l'esprit, certains plus fous que les autres, ou encore plus réalistes. Quoi qu'il en soit, le déroulement restait toujours le même : inventer une histoire, paraître sincère, et enfin espérer quitter la pièce sans la moindre cicatrice.

Malheureusement, il semblerait que le destin aime jouer avec moi, tandis que mon sang coagule dans mes veines, se gonflant à vue. Mon coup peine à bouger, à croire que ses muscles se retrouvent à figer dans le temps. Totalement contractés qu'il m'est impossible de les commanditer. Notre corps peut parfois nous réserver bien des surprises et, à cela, je pense être un spécialiste.

Durant quelques instants, le regard de Doréal semble perturbé, comme si tout ce qu'il venait de se produire se trouvait bien au-delà de ses limites. Pourtant, une certaine lueur brille dans ses yeux, rendant ses pupilles bien belles et volumineuses. Son regard submergé par l'adrénaline trahie son envie de renouveau, prouvant là encore que derrière tout cela, je suis bien seul.

Comme toujours.

- En effet, rétorque enfin mon proviseur. Trois minutes pour être précise.

Elle vérifia en même temps l'heure sur sa montre pour justifier ses propos. D'une certaine manière, sa manie de la perfection la rend pour le moins intrigante, me faisant drôlement penser au petit lapin blanc.

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