Les couloirs me sont désormais familiers...
Et pourtant, quelque chose ne va pas. L'air se trouve toujours aussi glacial, malgré l'absence totale d'une quelconque source de vent. Certains néons commencent même à osciller, comme si la tension basculait sans cesse vers le rouge. Mais je ne reste pas devant la porte, non, je m'avance dans l'obscurité naissante. Je tremble, littéralement. Je n'ai jamais ressenti une chose qui puisse y ressembler, et tandis que je serre mes bras autour de mon torse, je continue à grelotter en claquent des dents. Cela me fait presque mal, à un point où j'en oublie les conséquences. Je donnerais n'importe quoi sur Terre pour ne pas être là, seul face à mes erreurs. Et à mon chagrin.
Je n'arrive pas à courir, et pourtant j'aimerais bien. La peur que cette"femme" ne sorte d'un instant où un autre suffit à me rendre malade, ou du moins plus que je ne le suis déjà. Il n'y a aucune odeur dans le couloir, aucun bruit. Cela fait longtemps que je n'ai pas éprouvé de telle sensation, à un tel point que l'ambiance finit par me procurer de léger frisson. Ma peur des balades nocturnes ne semble toujours pas avoir quitté mon corps. Autant me tirer une balle dans la tête, cela reviendrait exactement au même. Mais la peur n'est plus rien pour moi, désormais. Certains me diront le contraire, essayeront dans vain de m'en dissuader, et de me faire comprendre que la peur est chose naturelle. À quoi bon vouloir discuter avec ces personnes-là, et d'ailleurs même si je me trouvais en disposition, le corps et l'esprit tranquille et libre, je suis bien trop épuisé pour un quelconque débat futile...
Ma peau ne semble même plus constituer de cellules humaines, non, mais plutôt de plaques rougeâtres, dont ma chair de pouls contribue à les rendre encore plus impressionnantes. MAIS mon mal de tête suffit à me faire oublier ce contre-temps. Imaginez que l'on vous sert, que l'on vous maintienne sur place contre votre jugement. Jamais je n'ai ressenti cette impression jusqu'à ce soir. Le couloir semble n'avoir aucune fin, et tandis que je marche, mes pas résonnant dans l'immensité du vide, mais pleure laissé placé au rire.
Et à la folie...
Un rire frénétique, si fort et si puissant qu'il me perturbe presque moi-même. Mais je ne peux le contrôler, si bien qu'il m'est impossible d'en réduire l'intensité. Mes bras s'enroulent autour de ma taille comme des tentacules, fines et à la fois rugueuses. À force, je m'effraye. Je glousse désormais de manière hystérique, chaque pulsion de mon être devenant totalement insupportable. Mais c'est bel et bien mes hurlements qui sont les plus traumatisants. Car oui, je hurle. Une voix claire et forte à la fois, qui sort de mon plus profond gosier, et venant tout droit de mes entrailles les plus discrètes et encore là bien insoupçonnée.
Un animal, voilà ce que je suis devenu.
Une véritable bête se réveille en moi, et des larmes recommencent à couler, dégoulinant sur mon visage et sur un rictus bien formé. Je ne suis plus le Jack Borck du passé, non, les cauchemars auront bel et bien sué me changer, me transformer... Je n'arrive même plus à me concentrer sur mes pensées, et alors mon esprit devient confus. Depuis combien de temps marchais-je ? Je n'en ai pas la moindre idée. Mais est-ce que cela à une importance, au fond ? De toute manière, je ne suis plus rien. A vrai dire, seule mon enveloppe charnelle reste présence, faisant en sorte d'essayer de ne pas perdre la seule chose qui puisse me rester sur Terre : mon identité.
Une identité fragile, qui tient à me protéger de toutes les menaces qui pullulent dans mon entourage. Mais au fond, qui sont-ils pour me donner des règles ? Je n'ai pas à recevoir des ordres d'eux, ces Êtres qui me méprisent et me réprimandent à chaque un de mes gestes. Ne suis-je plus qu'une marionnette à leurs yeux ? Qu'un simple joué . Peut-être pas, non, mais il n'en reste pas moins qu'ils profitent bien de ces moments de faiblesse.
Je réalise soudain que je cours.
Je ne sais pas depuis quand, ni même pourquoi à vrai dire, mais il n'empêche que cela me procure un bien immense, bien trop indescriptible pour être relaté. Mais peut-être que ce n'est rien, et, qu'en réalité, ce n'est là qu'une fourberie mesquine de mon faible esprit. Cependant toutes mes vilaines pensées se retrouvent happées par le vent, et finissent par s'envoler derrière moi, comme de simple mauvais souvenir. Étrangement je sens tout mon poids disparaître, comme avalé par la marrer montante, et je réalise que je n'ai plus froid. Je ne tremble plus, je ne hurle plus. J'arrive enfin à voir le bout de ce tunnel de souffrance, et je comprends désormais que le passé et passé, et tant bien même on me révèle que je suis fou, j'aurais au moins pu profiter de la seule vie que je connaisse : la mienne.
La fin du couloir se dessine devant moi. Encore quelques mètres, juste une toute petite foulée, et je me retrouverais dans le monde indescriptible et emplit de gens que compose l'allée des dortoirs. Enfin, je serais libre...
Du moins, c'est ce que je croyais, avant qu'une masse immense ne vienne à me plaquer contre le mur.
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Entre Deux Mondes
Ciencia FicciónJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
