Chapitre 18 : Lisa Richmond

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Je me réveille dans le noir.

La sensation d'avoir perdu quelque chose est la première à m'accueillir. Depuis quelque temps, elle avait disparu, laissant place au bonheur et à l'insouciance. Aussi légère qu'une plume, ma vie ne s'en trouvait que plus douce, et aucune larme ne m'avait pris par défaut. Mais, apparemment, il faut croire que tout a une fin, et que la descente sur Terre est toujours brutale.

Je tâtonne, recherche désespérément la chaleur de Tom, mais ne trouve rien de plus que le froid. Les draps du matelas s'entrelacent dans mes doigts et, petit à petit, je reperds espoir.

Tom est bien à l'hôpital.

Je ne rêve donc pas, et la réalité semble avoir pris une tout autre place dans ma vie. L'oubli n'en fait désormais plus partie, à croire que seule la douleur perdure dans cet enfer. Un lieu de chagrin et de peine, où l'espoir n'a plus sa place. Non, Tom n'est plus qu'un objet., une réserve de gênes que l'on peut allègrement utiliser.

Il n'est plus un Homme.

Je me redresse sur un coude, le regard perdu dans la nuit. De l'autre côté du lit, j'aperçois les chiffres bleutés de l'hologramme, comme figé dans l'espace et le temps.

Il se révèle être ma seul distraction dans le noir. L'heure, quant à elle, ne semble en aucun cas se soucier de moi. D'ailleurs, pourquoi le ferait elle ? Puisque qu'à part m'avertir que je vieillis, son action est bien frêle sur ma vie.

Du moins, c'était avant qu'elle arrive à sept heures du matin. Dès lors, les chiffres flottants disparaissent, comme happés par les ténèbres, tandis qu'une musique classique commence à se faire entendre. Les notes s'immergent en moi comme un appel à l'apaisement, et réussissent à me faire oublier mes problèmes.

Au même moment, la lumière dans la chambre s'intensifie, sortant des murs et des plafonds, tous vêtues d'un blanc étincelant. Rapidement, l'éclat est d'une telle ampleur qu'il me faut me couvrir les yeux, éblouie comme à chaque matin. Un rituel bien orchestré, quand on y pense, et pourtant je le trouve désormais si banal, presque essentiel.

Je me souviens encore de notre première nuit. Autant dire que je n'ai pas fermé l'œil ne serait-ce qu'une seule seconde, bien trop préoccupée à me ronger les ongles et à penser à notre avenir. Tom, de son côté, ronflait comme à son habitude, à croire que même les situations les plus dramatiques ne pouvaient l'influencer dans son sommeil.

Aujourd'hui ne s'éloigne donc pas de ma routine, si l'on oublie son absence. Mon lit est bien immense sans lui, comme s'il s'était rallongé durant la nuit. La couette me recouvre de la tête aux pieds, laissant mes cheveux blonds reposer sur mon oreiller. La douceur des draps me replonge quelques instants dans le rêve.

Mes yeux se referment délicatement, plongeant mon regard dans le noir, rapidement remplacé par son visage. Tom est là, devant moi, et me tend sa main, m'invitant à quitter cet endroit.

Bien sur, je ne m'attarde pas plus sur cette image et décide, à contre cœur, de me lever. D'un seul geste, je balance mes jambes hors du lit, et mes pieds retrouvent le contact froid du sol. Une surface blanche, immaculée de tous défauts, d'où s'émane une douce odeur d'aseptique. La musique tranquille, du Mozart sans aucun doute, continue son orchestre en arrière plan, et emplit mes oreilles d'un pur plaisir.

Pourtant, à mon arrivée, ce genre ne me plaisait guère, à croire que lorsque vous venez d'un quartier défavorisé, vous restez bien encrés dans vos origines. Autant dire que la musique classique m'était inconnue, presque extraterrestre. Sa seule évocation me donnait la nausée, tandis que je me demandais comment pouvait-on supporter un tel supplice. Mais, depuis que je l'ai découverte, tout mes aprioris se sont comme évaporé, laissant place à un bonheur indéfinissable.  Il est ainsi inutile que chaque réveil est un véritable plaisir pour moi, si l'on fait abstraction du lieux où je suis.

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