Chapitre 35 : Jackson Brock

248 37 23
                                        

Le réveil sonne, une nouvelle journée s'annonce.

Je ne serais dire quand et comment suis-je arrivé dans mon lit. L'air frais du matin me donne la chair de poule, et ma peau se transforme en un terrain envahi par les collines. Je tâtonne mes draps à la recherche de chaleur, et je remarque que je me trouve en dehors de mes couettes. Mon corps frêle est affalé contre la literie, ma jambe pendante vers le sol et mes bras étalés sur toute la longueur. Un filé de bave s'écoule de ma bouche entre ouverte, ce qui me donne une sensation ragoutante.

Il me faut peu de temps pour comprendre que je suis encore habillé dans l'uniforme de l'internat. Mes cheveux sont quant à eux ébouriffés, et je les sens retomber sur mon front, me caressant les oreilles et me procurant un léger frisson. Mon esprit est embrouillé, et un mal de crâne me prend par la tempe.

Cela fait mal....

Jamais je ne avais ressenti une telle intensité, et lorsque je me redresse, assis sur mon lit, l'horreur s'accentue. Ma main se plaque d'instinct au niveau de mon front. Il est brûlant, j'ai peur d'être tombé malade. Mais je m'abstiens d'aller courir chercher de l'aide, surtout que je ne suis absolument pas d'humeur à la voir. Cette femme qui, tenue au secret médical, n'avait pas hésité une seule seconde pour dévoiler les moindres de mes secrets à ses collègues. Qu'elle l'ait fait pour mon bien, pour ma sécurité, je m'en moque : l'infirmière n'est plus digne de confiance, du moins pour le moment. De ce fait, je préfère encore souffrir que de croiser son regard empli de mensonge.

Mais la vérité me sort vite de mes songes...

Le rêve de cette nuit, cette vision : elle me paraît si improbable. Tant de descriptions, tant de ressemblances. Ces situations semblent pour moi tout à fait familière, comme celui d'un témoignage d'un lointain passé. La manière dont les personnages parlent, la façon dont ils exposent les faits : cela ne peut être le fruit du hasard. Mais comme d'habitude un profond mal de tête m'empêche de poursuivre mon raisonnement. Parfois, je me demande quand est-ce que je pourrais enfin vivre comme un adolescent normal. Sans crainte, sans risque. Une simple vie guidée par un destin tout aussi simple, et sans aucun obstacle. Mais je sais que rêver peut parfois causer bien plus de mal que la vérité elle seule. J'en connais d'expérience qu'il suffit d'un soupçon d'espoir pour que tout s'écroule, que tout s'effondre tel un château de cartes. Ma vie se résume donc cela : à une montagne de cauchemars, qu'ils soient réels ou non, ainsi qu'à une déception toujours plus grande.

D'un coup d'œil, j'observe le lit vide de Greg. J'imagine qu'à cet instant même il se trouve entouré d'amis, de gens avec qui parler, si ce n'est pas l'inverse. Il m'a toujours semblé que les autres ont plus de chance que moi. Pourquoi, comment ? Ne sont pas là les questions, mais plutôt en quoi cette leçon de vie peut être  utile .

Ainsi, je ne suis pas fait pour vivre heureux.

Du moins, pas encore. Ce n'est pas mon heure de gloire. Peut-être un jour, les bras grands ouverts avec un sourire aux lèvres, la chance m'invitera à la rejoindre. Ou bien sa présence sera toujours au dénommé absent, comme une vague qui ne cesse de m'effleurer, pour pouvoir encore mieux me narguer. Mais à force de m'apitoyer sur mon sort, je deviendrais bientôt un mort-vivant. Je décide donc de sourire. J'imagine que si un miroir se trouvait devant moi à cet instant même, je ressemblerais à un parfait idiot. Cependant, et sans que je ne puisse l'expliquer, étendre les muscles de mon visage me fait un bien fou, comme si mon sourire abusé me redonnait force et courage. Sourire m'est si rare, que j'en perds le sens et le bonheur que cela peut procurer. Parfois, c'est à se demander ce qui cloche en moi. Suis-je, au final, devenu fou ? Je suppose que cela arrangerait bien des personnes.

Entre Deux MondesDes histoires addictives. Découvrez maintenant