Je me rappelle de mon premier jour à l'internat.
Une journée comme les autres, une rentrée tout aussi banale. Je n'avais pas de quoi me plaindre, du moins en l'apparence. Le passé m'avait certes laissé des séquelles, mais j'avais appris à ne pas leur laisser une place dans mon esprit. Une seule d'entre elles pouvait en effet, et ce en un clin d'œil, détruire tout ce que j'avais réussi à entreprendre. Tout ce que j'avais réussi à avoir.
La paix, voilà tout ce qui m'importait sur le moment.
L'internat, dont le nom m'échappe constamment, m'avait tout de suite fait mouche. Une grande bâtisse, perdue dans les montagnes, à l'abri de toute perturbations extérieurs. Isolée du monde, cachée du temps.
La cour centrale restait pour moi, et encore aujourd'hui, un lieu de pur repos. Des arbres, encore des arbres et des buissons. Sans oublier les fleurs, toutes plus resplendissantes les unes que les autres. Une chaleur caniculaire s'abattait cependant sur la colline. Il faisait chaud, lourd presque, et aucun nuage ne se voyait à l'horizon. Le ciel bleu semblait lui même demander de la pluie, pour rafraichir un air devenu irrespirable.
Des vagues de chaleur se formaient au-dessus de l'asphalte brûlant, et tournoyaient vers le haut avec une aisance remarquable. Mon uniforme me serrait plus qu'autre chose, et le noir et le rouge n'arrangeaient rien. Oui, je nageais littéralement dans ma propre sueur. La transpiration avait gagné chaque parcelle de mon corps, le rendant presque aussi moue que du beurre sous le soleil
Chaque petit bout d'ombre dans la cour se trouvait être ainsi le champ de bataille d'une dispute mutuelle entre les élèves. Les anciens savaient comment procéder, alliant à la fois leur connaissance du terrain avec leur talent pour la dissuasion. Les élèves de terminale et première rendaient donc grâce à leur taille et leur allure intimidante, tandis que leur corps reposait allègrement sur les bancs ombragés par les arbres et les murs.
D'un autre côté, il y avait les élèves de seconde. Majoritaires mais tout aussi insignifiants, le combat pour savoir qui allait prendre les dernières places semblait être au cœur de leur préoccupation. J'en voyais du coin de l'œil certain se bousculer gentiment, le sourire aux lèvres, jusqu'à ce que l'un d'entre eux ne renonce, pour laisser place au gagnant. Parfois, des coups fendaient l'air et s'abattaient sur les épaules, tandis que certaines filles profitaient du spectacle pour savoir lequel des garçons allait remporter le combat.
Oui, l'on ne pouvait pas dire que l'on s'ennuyait.
Et puis, il y avait moi. L'élève insignifiant, toujours à l'affut de la moindre discution à laquelle s'immiscer discrètement. Le soleil de plomb m'éblouissait, et j'avais hâte d'entendre la sonnerie. Mais les secondes semblaient devenir interminables, tandis que le temps lui-même jouait avec moi. Aucune once de vent ne bousculait les branches, encore moins mon corps perlé de sueur. Je subissais ce que les autres voulaient échapper, voilà tout.
Quand enfin, ce fut le moment où elle apparut.
Je ne l'avais pas vu au premier regard, perdue dans le lointain sous le soleil ardent et crachant des flammes. Les halos lumineux léchaient l'atmosphère avec futilité, troublant sa venue tout aussi calme et paresseuse. Son visage rayonnant, renvoyait des éclats tel un diamant. Un sourire immense creusait ses joues et étirait ses lèvres. Ses dents blanches faisaient honte à la lumière des étoiles, tandis que ses cheveux blonds tombaient en cascade sur ses épaules, se bouclant aux extrémités.
Son visage était d'abord loin, comme un mirage dans le désert, mais je voyais déjà qu'il n'avait aucune imperfection. Un seul ensemble de peaux, sans bouton, ni trace. Un ange à n'en pas rêver, qui déployé ses ailles avec toute sa bonté.
Je ne saurais dire combien de temps suis-je resté là à l'observer, mais le soleil devenait dès lors ma dernière des préoccupations.
Quand enfin, elle arriva devant moi.
Je fus tout d'abord heureux de constater que ma vision ne me faisait guère défaut. Un visage fin, rigoureux dans les détails, mais n'allant pas jusqu'à l'excès. Un juste milieu se dessinait, rendant l'image encore plus belle qu'au naturel.
Ses yeux, d'un bleu profond et presque troublant, me fixaient. Non, son regard me traversait plutôt, et me transperçait d'une flèche fatale. Aucun doute là-dessus, je ne l'oublierai pas.
– Bonjour, me lança-t-elle alors. comment ça va ?
Sa voix me fit chavirer, et me sortit de mes songes. Cependant, je ne fis aucun geste, comme figé dans le temps. A vrai dire, je restais là, comme un idiot, ne sachant quoi dire, trop concentré sur son regard.
– Sa... salut, parvins-je quand même à bafouiller.
Je devais avoir l'air du parfait idiot, subjugué par une fille que je ne connaissais pas le loin du monde.
Ma voie s'était faite plus aiguë que je ne m'y attendais, mais par chance, et je ne compris pas sur l'instant, cela la fit rire. D'un geste rapide, elle repoussa ses cheveux derrière elle, et je pus voir ses boucles d'oreilles : une seule pierre blanche percée sur la peau.
Certes, simple, mais particulièrement touchant. Le genre de détail qui ne vous laisse pas indifférent.
– Je vois que tu es timide, rétorqua-t-elle en riant. Ne t'inquiète pas, moi aussi je ne suis pas à l'aise pour parler avec des inconnus...
Elle me décocha un clin d'œil à la fin de sa phrase, me donnant un coup fatal. Désormais, je rougissais complètement. Je n'arrivais plus à me contrôler, et j'imaginais aisément mes joues devenir rouges.
Cependant, sa remarque ne me laissa pas indifférent, comme touché dans mon estime. Autant dire que le feu qui rugissait en moi ne fit que croitre.
– Je ne suis pas timide, me défendais-je. Je suis juste observateur.
Pourquoi est-ce que je lui ai dit cela ? Quelle partie de moi a-t-elle décrété une telle décision ? Je n'en ai pas la moindre idée, et je priais le génie derrière tout cela de bien venir se manifester.
En réalité, c'était la première chose qui m'est venue à la tête. Cela ne l'empêcha pas de rire de plus belle, comme si tout ce qui sortait de ma bouche semblait pour elle la blague la plus hilarante qu'elle n'est jamais entendue de sa vie.
– Tu es très drôle, toi, me lança-t-elle avec fougue. Moi qui croyais que j'allais m'ennuyer !
Puis, sans plus aucune gène et en ramenant ses cheveux derrière ses oreilles, elle me tendit la main, plus souriante qu'une déesse.
- Allez, viens ! Je vais te présenter aux autres, vu que tu n'es pas occupé, enfin, si on oublie que tu observes.
À ce moment-là, je ne savais plus quoi faire. Autant dire que cette fille, tant dans ses propos que dans son allure, me paraissait bien étrange. Loin de moi à l'idée de la classer comme quelqu'un d'instable, mais ses réflexions et gestes ne me laissaient pas sans la moindre hésitation. Au contraire, une multitude de questions me trottaient à l'esprit.
La première : pourquoi s'intéressait-elle à moi ? Pour quelle raison son corps décida de rejoindre le garçon perdu au milieu de la bataille des bancs. Un garçon, qui puis est, ne cherchait aucunement l'attention.
Puis vint la question cruciale, presque essentielle : devais-je la suivre ? Était-ce une blague, un complot ? Là encore, je n'en avais pas la moindre idée, une partie de moi me sonnant d'aller à l'aventure, et une m'implorant de rester là, et de décliner son invitation.
Mais mon corps fut plus rapide que mon esprit. Debout, devant elle, prêt à la suivre, il était trop tard pour réfléchir, et ma tête acquiesça de plus belle.
–Super ! D'abord, allons voir Greg. Je suis sur que vous allez bien vous entendre tous les deux !
Sans me prier, elle m'agrippa le bras et me conduit à travers la cour. Arrivés au milieu du trajet, elle me chuchota dans l'oreille, son souffle chaud sur ma peau :
– Ah et, en fait, moi, c'est Emmy. Emmy Cure.
Ce nom restera gravé dans mon esprit
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Entre Deux Mondes
Sci-fiJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
