La folie s'immisce toujours dans nos vies.
La vie a repris ses droits dans les couloirs. Les lycéens arrivent par tous les côtés, certain accompagné, d'autres solitaire dans l'obscurité. Parfois, des regards stridents se posent sur moi, m'épiant comme un animal. J'entends même le rire fou de quelques groupes, mais rien qui ne m'attriste réellement.
Dans ma poitrine, mon cœur est certes désormais apaisé, mais une angoisse débordante charge mon corps d'une excitation abusive. Je trempe de toute part, mais sans qu'aucun frisson ne vienne sur ma peau douloureuse. Ma sueur collante s'est d'ailleurs intégralement évaporée, ne laissant désormais plus que le goût salé et la sensation d'être dépourvue d'hygiène.
Un bras m'attrape subitement l'épaule, ce qui me donne un léger soubresaut.
- Ça va aller Jack ?
Je reconnaîtrais cette voix parmi les milliards d'autres sur Terre. Mais je ne prends pas la peine de me retourner, le regard perdu dans le lointain couloir.
- Oui je crois, balbutiai-je, le ton tremblant.
Le poids disparaît alors, et l'individu se place devant moi. Plus petit mais tout aussi coriace que les autres, son regard se mêle au mien avec une précision remarquable. Et avec ses cheveux mi- roux mi- châtains, et ses taches de rousseur qui ne semblent jamais s'arrêter, son visage suffit à m'apaiser.
Un physique humain tout à fait normal.
- On a vu te battre Lucas et moi, poursuit Corentin. Et on s'est dit...
Mon bras se lève avant même qu'il ne finisse, l'index tendu vers le ciel.
- Et vous vous êtes dit quoi ? répliquai-je violemment. Que j'avais perdu les pédales pour de bon ?
J'en venais à oublier ma situation tellement cette remarque m'avait dérangé. Corentin est bien gentil, mais lorsqu'il parle, j'aimerais qu'il le fasse sans que je ne sois obligé d'être le centre d'intérêt de la discussion.
- Bien sur que non, finit-il par avouer. Juste que... enfin bref oublie.
Son regard se porte ensuite derrière mon dos, les joues rouges et les yeux embaumés par la honte.
- On devrait y aller, lance t-il à mi-voix.
Puis, d'un pas saccadé et précipité, il s'éloigne de moi, me laissant dans le noir. Le couloir se vide subitement, tandis que le bruit et les paroles des élèves se perdent dans le lointain. Désormais, je suis à nouveau seul, laissant mes pensées prendre le total contrôle de ma vie. Un courant d'air vient à l'improviste rompre le calme de mon corps, prit par des frissons de réconfort. La chaleur semble ne plus exister en ce monde, dorénavant dénué de tout sens.
Combien de temps suis-je resté là, à ne rien faire ? Des secondes, des minutes ? Je n'en sais rien. Je n'ai plus aucun repère, cherchant avec détresse une quelconque force pouvant m'aider. Mais mes muscles sont bien trop fatigués, dévorés par l'épuisement irréel que me fait subir la folie des évènements.
En ce moment, je donnerais n'importe quoi pour pouvoir me reposer. Dormir, me coucher pour de bon. Non pas abandonner, mais oublier le vent éphémère de la vie, qui me ramène sans cesse vers la réalité. Si je pars maintenant, je ne me retournerai pas, et irai au-delà de ce monde empli de terreur.
Seulement voilà, je n'ai aucun autres endroits où me rendre. L'internat reste mon seul refuge, et même s'il se trouve être le dernier endroit où je voudrais passer ma vie, je dois bien avouer qu'il n'est pas si terrible que cela.
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Entre Deux Mondes
Science FictionJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
