Chapitre 15 : Jackson Brock

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Une main se pose sur mon épaule. En me retournant, je reconnais Greg, les yeux remplis de colère.

–Mais tu fais quoi ? me demande-t-il d'une voix forte. Je t'avais dit de réserver une place, et pas de rester là, cloué comme un piquet !

A présent, je ne sais pas ce qui m'inquiète le plus : lui, ou bien... Je n'arrive toujours pas à réaliser ce que j'ai vécu. Enfin, si je l'ai réellement vécu.

Tout le monde nous bouscule, et Greg se retourne même vers un jeune qui a eu l'audace de le toucher. Il le prend par le col et lui crie des mots que je n'entends pas. Tout s'embrouille dans ma tête, comme si un ouragans'amusait à mélanger mes pensées. Puis une migraine commence à me harceler. Je plaque ma main contre mon front : il est brûlant. Je me met alors à trembler. Greg, qui en a fini avec sa pauvre victime, s'approche de moi, soudain inquiet.

– Ça va, vieux ? demande t-il en posant une main sur mon épaule.

Je hoche la tête : si je lui dis la vérité, je ne sais pas comment il va réagir, et me faire prendre pour un fou ne va rien arranger.

–Oui, ça va passer.

– Si tu le dis, soupire-t-il. En tous, sin on est en retard gare à toi ! 

Il ouvre ses bras pour me montrer l'affluence qui nous encercle puis il avance droit devant lui et me donne un coup d'épaule au passage. L'ironie dans tout ça c'est que, comme moi, il déteste le Français. Mais il n'a pas tort : mieux vaut ne pas être en retard, pas deux fois dans la journée en ce qui me concerne.

Le chemin entre l'escalier et moi est un véritable parcours du combattant. Tout les élèves ont le même objectif en tête : arriver à l'heure à leur cours. Certains d'entre eux me regardent bizarrement au passage, telle une bête de foire. Un groupe rigole même : normal, mes aventures nocturnes ont fait bon vent dans tout le lycée.

À leur place, je ne sais pas comment je réagirais. Aurais-je été celui qui se moque, ou qui aide la personne en difficulté ? Longtemps, je me suis posé cette question, et en fin de compte j'en suis venu à une seule et même conclusion : ce que je vis, ça n'existe pas. C'est dans ma tête, et l'infirmière me l'a assez sermonné. Selon elle, je fais des crises d'angoisse.

Pas besoin d'en faire tout un plat.

Sans m'en être rendu compte, j'arrive à l'endroit même où cet... homme se trouvait. La flaque du liquide n'est plus là, évidemment, mais je sens toujours quelque chose. Comme une présence qui m'observe. La bousculade derrière moi me force à poursuive mon chemin.

Après avoir monté l'escalier, traversé le couloir en sens inverse, je passe le seuil de la salle de classe pile poil à la sonnerie. Madame Cornette me regarde, les bras croisés. Ses lunettes en forme yeux de chat vont parfaitement avec son nez pointu. Ses cheveux sont noué en une queue-de-cheval, un peu mieux faite que celle de Véronique, mais toujours aussi dérangeant dans la manière qu'il s'accorde avec le reste du corps.

Dans ses mains, elle tient une règle en fer. Elle ne s'en n'est jamais servie contre nous, heureusement, mais je pense qu'à cet instant même, elle en meurt d'envie.

– Monsieur Brock, pile à l'heure ! ronchonne-t-elle. Aller rejoindre votre camarade qui, lui au moins, est ponctuel.

Greg se retourne vers moi avec un regard fier. Comme prévu, il est tout devant, juste en face du bureau de notre cher professeur.  

En avançant entre les rangées, j'entends les autres chuchoter. Je n'arrive pas à comprendre tout ce qu'ils disent, mais je perçois les mêmes mots : « regarde comme il est rouge » ou encore « eh mais il transpire là » Immédiatement, je touche mon visage. Comme je le craignais, il est encore plus brûlant que tout à l'heure, mais en même temps il est moite. Une véritable cascade de sueur . Si seulement j'avais un miroir devant moi ! Mais il n'y en a que dans nos chambre et d'ici à ce que je rejoigne la mienne, il me reste encore trois heures de cours ; trois heures de pure souffrance, avant de pouvoir me contempler dans un foutu miroir.

Greg fait semblant de ne pas voir mon état et ne dit rien. Heureusement, sinon j'aurais pété un câble. Madame Cornette fait de même, et commence son cours, le regard perdu dans une tirade intérieur.  

Elle n'écrit jamais rien au tableau, et pendant qu'elle parle dans un monologue long et incompréhensible, nous devons noter les moindres détails importants.

Je me hâte donc de sortir mon classeur, mais je ne sais pas si j'aurais la force de continuer à faire semblant.

Les premières minutes se passent normalement. Enfin, si on ne tient pas en compte que je fonds, littéralement. Mes feuilles commencent à en souffrir, et j'ai peur qu'à la fin, elles finissent entièrement humides.

Soudain, l'horloge murale sonne à treize trente. et Greg en profite.

– Tu n'as pas l'air en forme, souffle t-il. Tu es sure que tu ne veux pas...

– Non, le coupai-je sèchement.

Ma voix était sorti toute seule. Froide, dépourvue de compassion. Greg recule alors de son côté, et s'en contente.  Ma main tremble désormais, et tandis que j'écris en m'efforçant de le faire droit, Greg le remarque. D'ailleurs, tout le monde le remarque. La prof s'est même arrêtée en voyant que l'attention générale n'est plus portée vers elle, mais vers un garçon qui se transforme en une véritable bombe à retardement.

Autrement dit, moi.

Au début, elle ne comprend pas, mais si je m'en réfère, à sa tête, cela ne doit être beau à voir.

– Monsieur Brock, demande-t-elle alors, inquiète. Est-ce que tout va bien ?

Elle aussi, elle s'y met maintenant. La même phrase, toujours la même phrase ! Le regard glacial que je lui jette la force à se rapprocher de moi, plus en colère qu'alarmée, cette fois-ci

– Non ça ne va pas madame, lâche alors Greg. Il est comme ça depuis...

Il ne termine pas sa phrase, comme s'il avait avalé sa langue. Un silence monstre envahit la classe, et tout ce dont je me souviens, en réalité, c'est que ma tête heurte violemment le sol, et que mon corps s'écroule sur le parquet

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