Chapitre 4 : Jackson Brock

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Et nous voilà repartis...

Greg est déjà loin lorsque je décide de sortir de la chambre.  Le froid est encore plus insupportable ici, mais à quoi bon s'en plaindre, avec le temps, j'ai  fini par m'en accommoder. Après tout, l'internat est un vieux bâtiment, comme une veille personne qui, par le passé, a su prouver toute sa résistance face aux griffes temps.

Il me vient parfois à l'idée de le vénérer, cet internat, dans l'espoir qu'un jour il me révèle tout ses secrets. Je sais qu'il ne s'agit que d'un tas de pierres, empilées les unes sur les autres, nous servant avant tout de toit pour nous protéger de la pluie que pour nous morfondre avec lui. Mais pourtant un lien spécial s'est formé entre ce bâtiment et moi, comme si nous étions de la même famille, du même sang, car le temps est une épreuve bien virulente, et que s'il a réussi à en échapper, il reste un espoir pour en faire de même. Mais il ne semble pas vouloir partager son secret. Pourquoi ? Je pense que je ne le saurais jamais. Ce n'est qu'un bâtiment, n'allons pas croire en des miracles.

Les couloirs sont interminables. Devant moi,  Greg ne semble pas se préoccuper de l'endroit. Son regard a toujours été méfiant, quelles que  soient les circonstances. Trier les données, les collecter, et se renseigner sur le moindre détail avant d'attribuer sa confiance. Voilà l'instinct même de mon cher ami. Pourquoi, comment ? Je n'en ai pas la moindre idée. Peut-être parce qu'il ne veut pas se tromper sur la véritable nature de la personne. Qu'il veut des gens avec qui discuter sans craindre de reproche.

En quelque sorte, je me sens chanceux d'avoir réussi son test plutôt méticuleux. Et pourtant je n'ai rien fait pour, à croire que les esprits se rassemblent toujours.

Je le suis dans le long couloir tout en baillant. Une multitude d'élèves suivent notre cadence, chacun de nos pas faisant craquer le vieux parquet. Une douce mélodie que voilà, tandis que les néons du plafond reflètent de manière fantomatique nos ombres sur les murs. Une ambiance lourde, comme tout les matins. 

Après plusieurs secondes, nous nous arrêtons sur le palier de l'escalier principal du dortoir. Un tumulte sans précédent commence alors à prendre possession des lieux. Un brouhaha de discussions, d'exclamations et de demandes de calme des surveillants : voilà tout ce que l'on peut entendre. 

Le réfectoire a toujours été le lieux de rencontres inoubliables, de disputes sans queue ni tête, sans oublier les ragots aux sources douteuses, que les élèves prennent grand plaisir à dévoiler au plus large public.

Mais cette agitation débordante rechauffe quelque peu l'atmosphère, et à peine Greg se trouve t-il sur la première marche, qu'il semble éprouver un regain d'énergie. Pourtant, il soupire et baille. Je sais très bien qu'il n'aime pas le bruit, surtout le matin, et pendant qu'il descend les marches, sa posture normalement droite et fière se tasse pour laisser place à l'exaspération.

Quelques lycéens me bousculent, d'autres m'insultent tandis que je suis planté au milieu du couloir. Je m'ébroue : il faut que j'arrête de rêvasser.

La descente de l'escalier se fait doucement et avec prudence. Je suis quelqu'un de très maladroit, comme si le sol était parsemé de vilaines petites billes, sur lesquelles je marchent chaque jour avec précaution de peur de glisser. Qu'ais-je fait pour mériter cela ?  Est-ce dans mes gènes, ou suis-je tout simplement malchanceux ? La science peut bien nous aider dans des problèmes, mais j'ai bien peur que dans mon cas, elle reste impuissante. 

L'odeur du pain grillé et de la confiture m'envahit soudain les narines, et à peine suis-je parvenu devant la porte du réfectoire, que je me dépêche de prendre un plateau  sur les portiques de l'entrée. Je me jette ensuite tel un ours affamé sur les buffets.

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