Chapitre 42 : Jackson Brock

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Le temps ne s'écoule plus.

Je reste muet face à la masse vivante qui me fait face. Son corps plongé dans l'ombre de l'escalier, je n'arrive pas à voir son visage. Mais je n'ai aucun doute quant à son identité. Sa voix avait marqué mon esprit, comme une bande sonore qui tourne en boucle dans ma tête. Il me serait impossible de l'oublier. Inconcevable ne pas me rappeler.

- Il semblerait que nous n'aillions pas pris un très bon départ tous les deux, réplique-t-il enfin le ton grave.

Mon cœur tambourine dans ma cage thoracique. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, je n'ai pas peur, non, je suis terrifié. Je n'ose bouger, même respirer devient un calvaire. Que me veut-il ? Quelles sont ses intentions ? Voilà les seules phrases qui j'arrive à penser. Ma tête est lourde, brulante de fièvre, tandis que les séquelles de mon dernier combat rappellent leur présence. Du sang coule depuis mon nez, laissant un filé rouge glisser sur les contours de mes lèvres. Un goût métallique envahit mon bouche et la rend pâteuse.

M'échapper dans ces conditions serait du suicide. Mes forces m'ont quitté, à la grande satisfaction de l'homme qui me contemple avec un sourire brillant. Ses dents étincellent dans le noir comme des étoiles dans le ciel. La lumière lointaine des couloirs crée des ombres glissant contre les murs, les rendant effrayantes et inhumaines.

- As-tu perdu ta langue avec tes sottises ?

À cela, je ne réponds rien. Le concierge, quant à lui, terne son sourire et le remplace par une amertume profonde. Jamais je n'ai vu un homme avec tant de douleur dans ses yeux. D'un certain sens, il ne semble pas être un danger. Certes, sa taille suffit à me rendre perplexe, mais je ne l'imagine pas en plein combat.

- Non, répondais-je le souffle court.

Le concierge acquiesce alors.

- Bien, c'est parfait.

Parfait...

Ce seul mot suffit à me faire frissonner de tout mon corps. Aucune émotion, aucun brin de voix particulier. Seul reste le son grave, presque fantomatique, qui ne vous quitte plus des tympans.

- Tu ne peux pas t'imaginer le mal que tu me donnes, dit-il passivement en s'adossant au mur.

Il humecte ensuite ses paumes, comme si ces dernières étaient empoisonnées.

- D'ailleurs regarde, continue-t-il en me montrant ses mains ouvertes, ma peau est devenue rugueuse.

Cette touche d'attention me trouble au plus au point. Qui aurait pu croire que cet homme prenait soin de sa personne ? Le regard las, ce dernier soupire, révélant ainsi des lèvres marquées par le temps. Ses cheveux également semblent n'avoir eu aucun recourt à du shampoing depuis quelques jours. Mais qui suis-je pour me moquer de lui ? J'imagine qu'en ce moment même que je ne dois pas faire meilleure figure. Peut-être même suis-je pire, ressemblant désormais plus à un mort-vivant qu'à un être doué de sensibilité.

Si j'en dispose encore.

- Je..., susurrai-je, la voix tremblante. Que me voulez-vous ?

Le sourire du concierge réapparaît alors instantanément, comme éveillé par des années d'absence. Les lueurs d'un blanc transperçant que reflètent ses dents me perturbent au plus au moins, comme si leur fonction première était avant tout de prendre le contrôle de mon esprit. Mais l'homme n'en reste pas là. Son corps se mit à éprouver quelques soubresauts, sa peau visible devenant aiguisée et étrangement clairsemée de chair de poule.

- Chaque chose en son temps, finit-il par annoncer d'un ton sec.

Ses yeux commencent subitement à s'injecter de sang, sa tension semblant devenir insupportable. Une quinte de toux vient même lui arracher des mots, tandis que son dos se courbe sous l'effet de la pulsion. Il prend ensuite une grande inspiration, sa main droite plaquée au niveau du cœur et la nuque redressée pour laisser passer toute l'amertume. Même un aveugle pourrait comprendre que le concierge n'est pas dans son meilleur état.

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