Il y avait quelque chose dans son regard qui me laissait perplexe.
L'espace d'un instant, je me dis qu'il ne s'agit que de mon imagination. D'une simple illusion de la réalité, que mon esprit malade s'amuserait à modifier. Une lueur fantôme, en outre, et qui ne laisserait place qu'à la pure fantaisie, laissant de côté tout bons sens.
J'en ris, et pourtant tout est si réel, quoique rien ne soit vraiment pertinent. La douce lumière de la bonté se transforme en une ardente vérité dissimulée en erreur, allant même jusqu'à rogner ses origines. Dans ma tête, et ce depuis le début, je parle pour ne rien dire.
Seules les pensées d'un fou semblent opérer dans mes entrailles, laissant de côté, et ce le plus loin possible, le reste du monde. Oui, et maintenant je le comprends, j'ai laissé le cauchemar me faire oublier qui je suis réellement
Jackson Brock.
– Eh, tu m'écoutes ?
La voix de Greg, l'un des rares êtres qui semble indestructible, me rappelle à l'ordre. La lumière de la pièce redevenue celle d'une caverne me plonge dans une nouvelle symbiose avec la peur. Un sentiment, quant on y pense, totalement erroné. Qu'est ce que la peur, en réalité ? Une sensation qui veut nous protéger, nous éloigner du danger, ou bien est ce plus profond que cela ? Là dessus, mon faible esprit de pauvre adolescent n'y trouve aucune réponse.
– Oui, je t'écoute.
Malheureusement, aimerai-je rajouter. Mais je me retiens, par crainte de créer une nouvelle dispute, et de me voir encore plus retarder dans ma stratégie d'aller le plus vite possible.
Ni une ni deux, je frissonne un bon coup, m'étire la nuque, et finit par m'asseoir comme demandé précédemment sur ce que mon fessier trouve le moins dégradant, c'est à dire une caisse en bois mal odorante.
Mon attention bascule d'ailleurs sur plusieurs points, passant du regard ténébreux d'un Greg devenu blanc, à la lueur de désespoir d'une jeune fille qui se ronge les ongles, et dont le nom, Emmy, ne me revient que lorsque je repère ses cheveux toujours aussi rayonnants que par le passer.
– Je vous laisse deux minutes, articulé-je ensuite en forçant chaque syllabe.
Certes, étant donné ma situation, mes ordres ont autant de valeur qu'un ramassis de déjections. Mais je me contente d'un rien pour me rassurer, et me faire croire que mon règne imaginaire reste une réalité.
– J'ai peur qu'il m'en faille plus, rétorque Greg en tirant une caisse en face de lui.
Sur quoi, d'un air autoritaire, il enjambe cette dernière, et s'y assoit rudement. Le craquement singulier du bois irise mes poils de mes bras, et m'amène à oublier mes autres frissons incontrôlables.
Le temps semble comme s'être arrêté dans la nuit, bien que dehors règne sans doute un éternel soleil. L'air elle-même se ramifie, atrophiant mes poumons à leur limite. Le regard plongeant de Greg sur chaque trait de mon corps métamorphosé par je ne sais quelle magie ne me dérange pas plus qu'Emmy, dont la présence se limite à son imposante prestance.
Là-dessus, je ne saurais dire s'il s'agit de sa manière de m'ignorer, ou bien son inconscience de se ronger les ongles qui m'énervent le plus. Encore une fois, j'essaye de limiter mes pulsions, et me force à penser à autre chose.
Cette autre chose me fixe d'ailleurs d'un air prétentieux, tel que je ne l'avais jamais vu dans les yeux de Greg. En pensant à cela, dois-je encore l'appeler Greg, ou bien le diminutif est-il devenu trop amical à la situation ?
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Entre Deux Mondes
Science FictionJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
