Chapitre 10 : Lisa Richmond

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Qu'ai-je donc fais ?

Un frisson presque insupportable s'en prend à mon cœur, et le lacère de palpitations électriques.

La chambre est froide. Non pas d'un froid matinal, ou encore d'un hiver trop rugueux, mais celui qui vient vous mord les entrailles, arrivant presque à vous faire perdre la raison. Actuellement, ce même froid me tiraille, et emplit mon corps d'une terreur insoupçonnable. Et encore, combien de temps ai-je dû supporter cela ? Des heures, des jours, des mois ? Sans doute ne le saurai-je jamais, le souvenir envolé vers des contrées plus lointaines

Mais à quoi bon, le temps n'est rien d'autre qu'une supposition scientifique. Il ne nous aide pas à avancer, non, bien au contraire. Parfois, il m'arrive à croire que son but n'est autre que celui de nous déstabiliser, afin de nous rappeler que quand bien même en ce monde nous sommes puissants, nous ne sommes rien de plus que des atomes assemblés dans un ordre parfait

Parfait

Encore ce mot. Quand va-t-il me quitter ? Si seulement je le savais. Bien des choses se sont passées depuis notre douce rencontre, entre lui et moi. À croire qu'il s'agissait de notre destin. Une belle histoire d'amour, dont la fin m'est depuis d'ores et déjà toute prédestinée. Parfois, une pensée lugubre me passe par l'esprit, m'implorant d'arrêter, et de laisser court à ma folie envahissante. Abandonner, tout simplement, afin de pouvoir profiter de la vie, et de tout ce qu'elle puisse encore m'offrir.

Un frisson s'empare de ma pensée, et je secoue la tête. Il faut bien que je m'y conçoive : si je suis là, c'est uniquement par ma faute. Les murs et sol blancs ravivent en moi une sorte de compassion, comme si tout m'était familier. Dans l'air, se mélange une douce odeur de forêt, me rappelant des sensations enfuient sous une montagne de mensonges.

En fermant les yeux, une vision voluptueuse enivre mon esprit, révélant devant moi des arbres et autres buissons verts. Leurs racines s'enfoncent avec grâce dans un sol humide et terreux, créant par endroits de petites collines de terre, jusqu'à même façonner un monde de nature rassurante. Le vert des feuilles, le vent sur ma peau, et le chant des oiseaux !

Quelle douce mélodie de nature, dans un monde saillant de torture.

Mais mes visions finissent toujours par s'éteindre, comme dissoutes dans mon esprit trop fragile. L'odeur âcre de l'aseptique ainsi que les traitements de purification de l'air suffisent à me ramener dans une réalité amère. Dorénavant, mes yeux s'ouvrent douloureusement sous l'effet de la lumière. Encore floue, ma vue subit un décalage morbide devant un tel spectacle. Néanmoins, je résiste à l'envie de pleurer, même si des larmes perlent sur le coin de mes paupières.

Je ne peux pas tout lâcher, pas maintenant.

Quoi qu'il arrive, nous nous étions tous deux promis d'aller jusqu'au bout. Moi la première. Au fond, j'ai toujours su qu'il serait assez fort pour un tel acte, mais le voir dans cet état me donne des haut-le-cœur. Mon esprit cherche jusqu'au plus profond de ses abysses la force de continuer notre plan. La moindre erreur pourrait nous être fatale, et aucun traité de non-violence ne pourrait alors nous aider.

Désormais, nous sommes seuls.

Ma main, sans savoir comment, trouve le chemin de la sienne, et l'empoigne avec une vigueur inconnue. La peur que Tom me quitte ne m'est plus étrangère, et tant bien même j'essaye de la contrôler, elle finit toujours par trouver le chemin de mon coeur. Son corps est pourtant devant moi, le visage serein et tranquille, tandis qu'un tumulte de capteurs et de câbles lacèrent son torse dénué, révélant la musculature qu'il la trahit.

Qui l'a fait venir ici.

Parfois, je me demande qu'elle aurait été notre vie s'il n'avait pas été classé dans la catégorie des Donneurs particuliers. Peut-être serions nous rester dans notre quartier, à travailler sur je ne sais quelle petite ébauche pour survivre, nous et notre famille. Ou encore, si la chance nous souriait, serions-nous allés à l'université, avec l'espoir qu'un jour nous poussions nous payer ce que tout le monde veut obtenir aujourd'hui : une vie meilleure.

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