Chapitre 47 : Jackson Brock

127 10 37
                                        

Il a menti.

Sur le coup, je n'avais qu'efflorer l'idée. Rien qu'une douce allusion sous l'effet du chaos qui régnait dans ma tête et, pourtant, oui, il avait bien menti. Et le pire dans tout cela, ce qu'il l'avait fait pour moi. Par pour lui, ni encore même pour autre chose. Il est évident que, maintenant, si l'on regarde bien, tout a sens.

Depuis le début, enfin, depuis qu'il m'a plaqué contre mur, le concierge n'avait de cesse d'affirmer qu'il était là pour m'aider. D'une certaine manière, il m'est impossible de l'admettre. Une partie de moi voudrait, et combat pour obtenir gain de cause, néanmoins je ne peux me résoudre à ne pas penser que tout cela n'est qu'une heureuse coïncidence. Pire encore, une autre façon de manipuler ma raison.

Ce problème ne quitte pas mon esprit, mais le lacère de viles tortures, comme si toutes les réponses étaient là, devant moi, mais que je ne pouvais les atteindre. Un supplice bien plus grand lorsque l'on rajoute toutes les autres bizarreries qui s'emmêlent dans ma vie.

Je reste quelques minutes devant la porte du bureau de Doréal, bien trop préoccupé par ce qu'il venait de se produire. Et au diable le cours, de toute manière la sonnerie ne tardera pas à sonner. Là encore, je m'étonne moi-même, à croire que le Jack si pris dans ses études a disparu dans les ténèbres. Peut-être qu'il est encore là, tout au fond de moi, mais j'ai bien peur qu'il ne puisse ressurgir de sitôt. La peine et l'incompréhension sont bien trop profondes, et tant que n'aurais pas résolu l'affaire, je n'autoriserais aucune de mes faiblesses venir interrompre mon enquête.

Ainsi, le dos droit et la tête haut, j'inspire profondément, avant de reprendre la route. Au début, je ne sais pas trop où me rendre, puis décide, par défaut, de rejoindre mon casier, afin d'y attendre le cours suivant en toute tranquillité.

Le couloir, toujours aussi sombre, me rappelle le souvenir du jour où j'avais croisé ces ombres venues de nulle part. Aujourd'hui, je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire, comprenant que toute cette histoire n'était rien comparée à celle que je vis actuellement. D'une certaine manière, c'est ainsi que l'on se rend compte que l'on ne peut juger réellement les difficultés de la vie sans les avoir vécus soi-même. J'en ai fait d'ailleurs l'expérience, croyant à l'époque avoir vécu l'expérience la plus horrible de ma vie.

Quel manque de jugement.

Je m'étonne moi-même lorsque je ressers mes poings, évitant par la même occasion de me gifler pour mon ignorance. Et encore, je ne pense pas que cela suffise.

Mes pas résonnent dans l'allée, assombris par le manque inéluctable de lumière. Dans un sens, on pourrait croire que tout est fait exprès pour créer cette ambiance, et je doute que cela puisse être autre chose.

Soudain, comme sortis des ténèbres, un gloussement attire mon attention.

Le bruit est sourd, presque inexistant. Croyant tout d'abord que mon esprit me joue des tours, je constate, surpris, qu'il n'en est rien, tandis que les rires reprennent de plus bel, mêlés à un mélange suspect de bruitage.

Intrigué, je décide de prendre part à la recherche du point d'origine. Rapidement, j'accélère le pas, les oreilles tendues, recherchant le moindre indice. Plus j'avance, et plus la source semble se rapprocher de moi. Le plus étonnant, c'est que je n'ai aucunement peur. Seul la curiosité prend part dans mon corps, comme animé par la seule envie de tout savoir.

Quand enfin, une porte se dévoile.

Légèrement entre ouverte, un filet de lumière s'y échappe. À l'intérieur, de petites ombres dansent contre le mur, et alors que je m'approche, je tend l'oreille, et me prépare à en découdre.

Entre Deux MondesDes histoires addictives. Découvrez maintenant