La délivrance a enfin sonné.
Sans être particulièrement éreintant, le cours parut durer une éternité, et lorsque la sonnerie général résonne dans ma tête, je cris victoire. Rapidement, le salle se vide, à l'instar de Monsieur Martin qui, le regard troublé et menaçant, continue à me fixer d'un mauvais œil.
Bien entendu, je n'ai jamais eu de bons accords avec lui. Pas aussi désastreux qu'avec Paluche, certes, mais presque. Autant dire que lui est moi, la joie et le bonheur sont des notions totalement inconnues. Et, aujourd'hui, après ce que je viens de faire, j'ai la certitude que jamais nous ne pourrions trouver un terrain d'entente.
Sans un mot, je quitte à mon tour la classe, avec le sentiment d'être épié jusqu'au bout. Mais ceci n'est rien comparé à la chaleur de la liberté. Douce, accueillante. Ses bras m'enveloppent, et me maintiennent à flot. Le poids de ma souffrance paraît inexistant, à croire qu'il ait disparu dans les ténèbres que je laisse derrière moi.
Tant pis pour vous, Monsieur Martin.
Car, oui, la lumière m'attend. Une lumière aveuglante, mais très maniable, qui obéit aux moindres de mes ordres. Depuis le début, je combats la bête qui est en moi. Je l'éloigne, la repousse. Parfois, même, j'essaie de la maîtriser. En vain. Toutes ses défaites n'ont alors qu'attiser ma peur. Pourquoi voudrais-je aller mieux si je n'arrive pas à contrôler mes propres démons ?
Désormais, ce sentiment d'impuissance n'est plus qu'un lointain souvenir. Aujourd'hui, en ce mercredi matin, naît un nouvel espoir. Pas celui que l'on promet lorsque tout va mal, mais celui que l'on promet lorsque tout va pour le mieux.
Mes pieds sont solidement attachés à la Terre. Je ne rêve plus, je n'ai plus peur. Dans un sens, je suis même heureux. Plus personne pour me dicter ses lois. Plus personne pour me maîtriser. Dorénavant, la moindre insulte sera pour moi une source de vigueur et de force inépuisable.
Au fond, mon mur de verre a bien finit par céder.
Mais d'une manière plus qu'avantageuse. Là dessus, Mme Schmitt serait fière de moi. Au fond, si l'on regarde bien, tout va pour le mieux. Peut-être même que mes cauchemars n'étaient rien de plus qu'une épreuve à passer.
C'est ce que j'ose à croire, tandis que je rejoins la cour de récréation. Les couloirs vides, je profite de cette solitude en pensant à mes débuts en ces lieux. Autrefois, j'avais peur d'être seul. Le simple fait de penser que j'allais marcher dans les couloirs me terrifiait, à croire que j'y rencontrerais le diable en personne.
Foutaise.
Je souris à ma propre stupidité, et me vois même évacuer un léger rire, suffisant pour résonner dans toute l'allée. À l'extérieur, le soleil pointe difficilement le bout de son nez. Les quelques rayons qui réussissent à franchir la barrière nuageuse atterrissent sur la Terre avec flamboyance.
Le spectacle de mère nature m'attendris presque, et alors que j'arrive dans la cour par la porte principale, la vue ne peut que me couper le souffle. Le froid me pique les yeux et une douleur aiguë me lacère la poitrine, mais la scène est suffisamment distrayante pour me faire oublier mes soucis, et me rendre heureux.
Oui, heureux.
Certes, je suis seul. Sans ami, la risée de tous. Même les profs commencent à se lasser de moi, autant dire que bientôt plus personne ne voudra de moi. Mais comme dit le dicton, il vaut mieux être seul que mal accompagné, non ?
Je reste ainsi à l'écart des groupes qui se forment. Leur voix atteint mes oreilles. Certains rient, d'autres racontent des ragots. Parfois, il m'arrive d'entendre des insultes, rapidement camouflé par les gloussements des uns et des autres. Par chance, je ne croise pas du regard Greg et Emmy. Bien qu'une partie de moi ait voulu voir leur grand amour, une autre me dit que c'est mieux ainsi.
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Entre Deux Mondes
Science FictionJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
