Imaginez être seul. Seul au monde, sans aucun ami et sans aucune personne avec qui parler. Cela doit bien être monstrueux, terrible même, et il difficile de s'imaginer, en fin de compte, que quelque chose soit pire. Et pourtant, c'est ce qui m'arrive en ce moment même, et la vie semble s'être presque éloignée de moi. Dans l'air, une légère brise fait voler les feuilles dans la cour, et les arbres au-dessus de ma tête dansent et bougent comme jamais. L'espace d'un instant : cela est agréable. Un moment où le temps s'est comme arrêté, libéré de toute contrainte, et a laissé place à la douce mélodie de la nature. Une nature fragile, certes, mais bien présente.
Depuis le début de l'année, j'ai appris l'art subtil mais bien nécessaire de la domination des bancs. Rien de plus simple : dès que la sonnerie sonne, il suffit d'être déjà fin prêt à déambuler comme un malade dans les couloirs et courir jusqu'au Saint Graal. Au fond, c'est la spécialité de Greg, mais maintenant qu'il n'est plus avec moi, je peux dire au revoir à mes places favorites. Ainsi, debout au milieu de la cour, attendant inéluctablement que la sonnerie me libère de ce cauchemar, je reste là, planté comme un piquet. Le sac sur le dos, ce dernier commence à me faire souffrir, et j'ai l'impression que plus le temps passe, et plus il devient long.
Quelque fois, je vois certains élèves me jauger d'un œil mauvais. Jamais plus d'une seconde, certes, mais cela est suffisant pour m'énerver. Très vite, je sens la chaleur m'envahir, comme si un volcan en éruption était en moi, prêt à cracher sa colère. D'ailleurs, Greg a disparu depuis la fin du dernier cours, de même pour ses amis. La peur qu'ils ne me sautent sur moi à l'in-extremis me prend un peu sur le ventre, mais j'assume entièrement ce que j'ai fait. Même si je ne comprends toujours pas pourquoi je l'ai fait...
Une main se pose brusquement sur mon épaule, comme apparue par magie, et me sort de mes songes. En me retournant, je tombe sur Emmy, le regard triste mais étrangement en colère. Je n'ai jamais eu l'occasion de la voir ainsi, mais ses cheveux qui volent au grès du vent cachent un peu son amertume.
– Vraiment tu n'as pas manqué de culot tout à l'heure,me lance-t-elle. Hein ?
L'espace d'un instant, je ne sais pas quoi répondre. La surprise de sa venue m'a quelque peu étonnée, et ma gorge se retrouve entièrement serrée. Je manque de m'étouffer : Emmy est bien la derrière personne que j'aurais aimé voir, mais elle me donne une légère claque amicale sur la joue, histoire de me réveiller.
– Alors tu me réponds ?
Sa voix était devenue plus rude, désormais, et j'ai bien peur qu'elle ne me saute sur moi. Il est vrai, quand on y réfléchit bien, qu'Emmy a toujours adoré Greg. D'ailleurs, ils se connaissent depuis plus longtemps que moi, étant au même collège l'année dernière, et une sorte de lien s'est créé entre eux bien plus rapidement qu'avec moi.
– Je... finis-je par dire. Je suis désolé.
– Désolé ? ( elle rapporte son regard au sol en croisant c'est bras puis revient à moi : ) Je crois pas que c'est à moi que tu devrais dire cela.
Là, elle marque un point. Mais c'est vrai qu'elle n'a pas tort. Instinctivement, je me rapproche d'elle pour la prendre dans mes bras et la serrer fort. Mais Emmy, surement pas d'humeur, me rejette et recule par la même occasion.
– Vraiment, continue-t-elle à bord des larmes, je ne te reconnais plus Jack ! Tu sais très bien que je n'aime pas les gars violents et puis...
Elle ne tient plus le coup, pourquoi je n'en sais rien, et renifle un bon coup pour éviter qu'une larme ne s'écoule de ses yeux. Puis elle se retourne à moitié, comme pour s'apprêter à partir, mais je la rattrape par le bras et la fait revenir à moi. Plus vexée qu'en colère, elle s'agite pour que je lâche prise et quand ceci est fait, elle reste cependant là, à me regarder d'un œil intrigué. Une bataille de gagnée, qu'il ne faut en aucun cas laisser échapper :
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Entre Deux Mondes
Ciencia FicciónJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
