La douleur réapparaît.
Un jour, lorsque j'étais petite, je me promenais le long d'une rivière, un bâton à la main. Je me souviens du sourire qui rayonnait sur mes lèvres, ainsi que le courant glacé de l'eau qui m'éclaboussait les jambes. Et alors que je riais, je n'avais pas remarqué l'enfoncement du terrain sous mes pieds, et me suis écroulée comme une pierre.
Heureusement, seul mon dos fut recouvert par l'eau. Mais l'impact avait chassé tout l'air de mes poumons. Je suis restée là, allongée comme une simple demeurée, haletant et exaltant de l'air, tandis que la froideur gagnait du terrain sur ma peau.
Voilà ce que je ressens en ce moment même. Je me force à cligner des yeux, incapable de prononcer un seul mot, tandis que mon regard reste perpétuellement fixer sur le lit.
Les draps ne sont même pas défaits.
Dès lors, une terreur indescriptible s'abat sur moi, et comme une furie j'accoure vers le lit. Sans comprendre comment j'en suis arrivée là, mes mains et mes bras s'activent et retournent les draps et les coussins dans tous les sens. Et à croire que Tom se trouvait juste en dessous du matelas, j'arrache ce dernier de son socle et le balance de l'autre côté. Bien entendu, seule la surface lisse du lit accueille mon regard, me laissant crédule.
Mes yeux s'orientent ensuite vers le mur, embrouillé par mes larmes et mes cris. Mes mains se dirigent vers ma tête, et agrippent mes cheveux comme de simples ficelles. Ma coiffure déjà lamentable se retrouve ainsi totalement chamboulée, tandis que je tire le moindre petit poil de mon crâne. Un frisson suffit à me rendre glaciale, comme l'eau jadis de la rivière.
Tom est parti, ils l'ont emmené.
Le simple fait de penser à l'inévitable désastre alterne mon esprit. Un voile trouble et confus le recouvre, alors que ma vision tourne vers le noir complet de l'ignorance. Mon corps entier semble quant à lui se vider de toute son énergie. Mon dos ramolli s'écroule ensuite sans le moindre avertissement contre le mur le plus proche, et je glisse vers le sol. Assise, je ramène mes genoux contre mon visage, mes bras entourant mes jambes comme une ultime barrière.
Il vrai que d'une certaine manière, éprouver une telle douleur, juste pour une absence, est totalement démesuré. Moi-même, il y a encore de cela quelque temps, aurait ri devant une telle situation, me moquant de la fille ayant perdu son amant. À croire que tout se résume à une histoire de peluche qu'égarerait un enfant.
Seulement, la situation actuelle est tout autre.
Nous aurait il mentit ? Au fond, Elon White en serait bien capable et, juste pour cela, je le hais. Et ce de tout mon cœur. Mais ce dernier n'est désormais plus que muscle et sang. Aucune vie se n'émane de sa chair, juste le rythme incessant qui me maintient en ce monde d'horreurs. J'ose espérer que tout cela n'est qu'un rêve. Que Tom n'est pas parti là-bas, seul.
En mission suicide.
Soudain, alors que les larmes s'écoulent de mes yeux telle la pluie, un bib sonore retenti.
- Tom Curline. Citoyen Parfait. Accès autorisé.
Tom Curline...
D'un bond et sans réfléchir, je me redresse sur mes jambes encore flageolantes. Mon regard accoure dans la pièce, cherchant le nouveau venu comme un chasseur face à sa proie. Les premières secondes sont infructueuses, tandis que je pivote sur moi-même, à la recherche de l'impassable
Puis, sans prévenir, ses yeux percutent les miens.
Tom est juste devant moi.
Dernière lui, une porte que je n'avais pas vu en entrant coulisse pour se refermer. Prise d'un sursaut d'énergie, je me précipite sur Tom, le torse dénué laissant paraître ses muscles saillants. Ce dernier semble au départ totalement pris au dépourvu, tandis que j'atterris avec lourdeur sur sa poitrine. Mes bras l'encerclent comme une cage, comprimant ses côtes avec avidité. Rien que le fait de sentir son odeur traverser mes narines me donnent un haut-le-cœur, et m'apaise dans le plus doux des rêves.
VOUS LISEZ
Entre Deux Mondes
Science FictionJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
