Chapitre 22 : Lisa Richmond

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"Taux statué à 69,856 % .

Baisse de 2,586 % par rapport à la dernière relevée.

État : Citoyenne Parfaite"

Les mêmes mots étaient apparus, avec la même signification. Parfois, je me demande si je ne suis pas tout simplement maudite. Tout le monde a peur que cela lui arrive, à croire que le destin est universel chez le commun des mortels. La chance elle-même ne semble pas être mon côté et, étonnamment, je n'éprouve rien de plus à la vue de ces chiffres futiles.

Ma bouche grande ouverte laisse passer ma respiration par vagues, et retransmet mon trouble dans le miroir. Le carré noir à peine effacé, mon reflet réapparaît, troublant ma vue. Il est chose étrange de se revoir, moi face à ma vraie moi.

La fille du quartier périphérique.

Autant dire qu'elle ne m'avait pas manqué. Ses cheveux si fades, si dupes dans la manière de s'emmêler. Sans parler de sa peau blanche, que dis-je, transparente. Aucune clarté en ce monde ne pourrait l'aider à retrouver un semblant de dignité.

Mes yeux pivotent instinctivement vers le sol, comme attirés par le centre de la Terre. Les paumes de mes mains grandes ouvertes, je les contemple comme un unique recours, dans l'espoir que tout redevienne en ordre. Mais malheureusement, cette attitude ne fait qu'attiser ma réflexion.

Je régresse.

Il paraît que cela arrive parfois. Que les modifications ne restent pas stables, et que notre véritable composition refait surface. Cependant, ces informations ne sont que des rumeurs du moins, c'est ce que je me force à croire. Il est dans notre habitude d'éloigner le danger. C'est dans nos gènes. Au lieu de les affronter, nous recyclons nos pensées. Loin de redouter notre propre perte, nous nous noyons dans nos tourments, afin de croire que l'inévitable n'est rien d'autre qu'un sursaut salutaire de notre amère inconscience.

Grossière erreur de ma part.

Les bras du néant m'accueillent désormais comme une mère attentionnée. Les paroles venant de ma pensée, m'implorent à croire que tout ira pour le mieux. Mais dommage pour elles, plus rien ne suffit à m'apaiser. Sans m'en rendre compte, je me retrouve là à ronchonner contre cette affreuse vérité de l'évolution.

D'un problème qui ne fait que commencer.

J'ose à croire cependant que tout n'est pas perdue. D'ailleurs, n'est ce donc pas là ce que nous devons faire pour réussir : toujours espérer le meilleur dans nos vies . Le mal que j'éprouvais il y quelques instants s'efface de mes pensées. Une nouvelle joie de vivre s'empare de mon esprit, et ce n'est sans aucun regret que je m'éloigne de l'immense miroir.

D'un pas monotone, je rejoins l'autre mur d'en face, et y pose mon index sur le scanner digital. Un bip retentit et laisse sortir de la surface une petite commode creuse. À l'intérieur, un peigne et d'autres accessoires parsèment le fond. Avec un sourire plein de sous-entendu, je m'empare du peigne et d'une brosse, et commence à me refaire une beauté. Un miroir plus petit était apparue comme par magie dans l'encadrement du mur, et je constate que mes efforts sont bien vains.

Après une lutte acharnée, j'arrive à un résultat pour le moins convenable. Un rictus amer apparaît sur mes lèvres, me forçant à croire que tout n'est pas si mal. Je m'occupe ensuite de ma peau en y appliquant un fond de teint beige, histoire de cacher ma blancheur. Quelques coups par-ci par-là suffisent à me redonner de l'entrain.

Le plus gros est parti.

Du moins, c'est ce que je me force à croire. Mes cernes volumineux ressortent toujours, sans parler de mon nez qui semble avoir regagné en volume.

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