L'air frais m'accueille dans ses bras.
Une sensation douce cependant, proche de celle de l'eau qui coule sur la peau. L'espace d'un instant, même, je ne sens plus rien d'autre que le murmure d'un vent inexistant, comme si tout était aspiré dans un trou noir. L'invisible, l'irréelle, tant de pensés en ayant entrouvert cette porte. La porte...
En reprenant mes esprits, et lorsque ma vision revient à la normale, je remarque que le silence pesant est bien plus présent que le reste. Le tic tac d'une pendule berce la pièce, laquelle ne semble pas si effrayante que ce que l'on raconte. Une rangée de chaises d'attente est alignée sur mon côté droit, fessant face à une immense fenêtre donnant sur une forêt magnifique. J'y jette à peine un coup d'œil, que la beauté ravissante de la nature me transperce. Des arbres et des arbres à perte de vue, rendant le paysage encore plus mystérieux, avec une touche d'abondance et de prospérité à la fois, comme si l'horizon était tel il y a déjà millier d'années. Les autres murs de la salle ne comportent presque aucun tableau, la vue s'occupant à elle seule de la décoration. Je repère néanmoins l'horloge contre le mur à côté d'une autre porte. Sur cette dernière, aucun écriteau, même pas un message. Une simple surface en bois clair, avec une poignée couleur argent.
Mon cœur s'arrête instantanément, mon pouls et ma respiration redevant par la même occasion normale et rassurés. Je dois bien avouer ne pas m'attendre à cela. À trouver un endroit pareil... Rajoutez une musique douce et apaisante, et vous voilà transporté dans l'un de mes rêves les plus fous : celui de vivre une vie normale, où chaque jour ne pourrait laisser un moment de douleur et de crainte. J'ai connu cela autrefois, cette sensation de sécurité, mais je l'ai oublié. J'ai égaré le souvenir d'une vie épanouie. Désormais, le noir anime mes envies, et le malheur remplace petit à petit le bonheur. Le monde s'est écroulé devant moi en si peu de temps, que cela m'est encore étrange que de l'admettre : je sois seul. Plus d'amis, plus d'alliés, mais un espoir. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, je me mets à rire. Oui, à rire. Distinctement en plus, et si fort que je m'étouffe. Une quinte de doux m'arrache mon rire et, à bout de forces, je m'écroule sur l'un des sièges. Assit, le spectacle est encore plus magnifique. Le soleil à l'horizon poursuit sa descente, et d'ici quelques minutes, il finira par disparaître, la lune prenant ensuite sa place. Maintenant, je m'étonne de ne pas encore l'avoir vu. Je suppose qu'elle m'aurait entendu rentrer, et même rire.
Au bout d'un certain temps, je n'en peux plus de cette maudite horloge. Elle va finir par m'achever, les tics tac ne semblent attendre que cela. Mes jambes se dressent d'un seul coup, comme guidé par une force invisible, et je finissent par me lever. Tremblant, incapable de me contrôler, je commence à faire les cent pas au milieu de la pièce. Le soleil s'est couché depuis environ cinq minutes, et les néons ont pris le relais. Mon corps projette une ombre flottante contre le mur, presque trop irréelle. Je ne l'ai pas remarqué tout de suite, mais mes mains se retrouvent dans ma bouche. Je ronge mes ongles avec frénésie jusqu'au sang : si je reste là à rien faire, je vais finir par m'étouffer dans mon propre ennui. J'accours donc d'un pas hésitant vers cette mystérieuse porte. Devant elle, j'hésite à toquer. Fais-je une chose mal ? Si cela se trouve, depuis que je suis rentré ici, la psychologue ne m'a même pas entendu. Je ne vois pas trop d'explication, et tout en prenant une grande inspiration, je fais l'impossible
Toc... toc... toc...
Trois coups secs. Particulièrement graves, et qui raisonnent dans la salle d'attente.
- Entrez, répond une voix derrière la porte.
Ma gorge se noue en l'entendant. Je ne m'attendais pas en effet à recevoir une réponse, ni même la voir de sitôt. Je ne sais pas pourquoi, mais cette femme m'a toujours fait peur. Sa manière philanthrope de s'exprimer, de se déplacer... Une fois, au réfectoire le matin, je l'ai vu se servir. Elle avait pris exactement la même chose que moi, c'est-à-dire une omelette et des tartines. Certes, ce n'est pas l'événement du siècle, néanmoins cela a suffi à me troubler : si cela se trouve, nous avons plus de points communs que je ne le pensais. Si cela se trouve... J'arrête de penser, et d'une poignée ferme, j'ouvre la porte.
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Entre Deux Mondes
Science FictionJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
