Tout change bien vite en ce monde.
Il faisait moins froid lorsque le garçon était arrivé pour la première fois devant cette porte. Je ne dirais pas qu'il était simplet, ou même manipulé. Sa physionomie annonçait de la stupidité à foison mais, et que cela se tienne, l'on se rapprochait tout de même de l'intelligence moyenne. Pour tout dire, je ne pense pas qu'il était un garçon à plaindre outre mesure, si ce n'est qu'il se trouvait particulièrement calme.
Trop calme.
Certes, des visions, des cauchemars ainsi que des changements corporels avaient finit par rendre sa vie infernal, mais il s'en accommodait bien plus que ne l'aurait fait n'importe quel autre homme sur Terre.
Une véritable âme de résistance, voilà en quoi il se résumait. Nullement avare de prix, ou encore moins de satisfaction. Un garçon normal, en outre.
Mais désormais, alors que je suis au palier du bureau de Winston, je commence à croire que ce jeune homme, Jackson Brok, a disparu. Les yeux dans le vide, ma peau frileuse et à la fois incandescente, je ne peux me retenir de toucher mes nouveaux atouts par-dessus ma chemise. Le pire, c'est que, étrangement, je laisse mon œil verser une petite larme. Là-dessus, je ne sais quoi mettre comme émotion. De l'excitation ? De l'enthousiasme ? De la peur ?
Une seule chose est sûre, néanmoins : je ne suis plus le même. Tant physiquement que psychiquement. En me levant ce matin, jamais je n'aurais cru vivre de telles révélations. Et j'ai beau vouloir me le répéter en boucle dans ma tête, je n'arrive pas encore à le croire.
Il se passe vraiment quelque chose.
Depuis combien de temps ? Là encore, c'est un mystère. Désormais, ma vie n'est plus qu'un tableau vierge, dont les contours noirs permettent de se fondre dans le décors de la nuit. Parfois, un pinceau vient dessiner quelques formes. Tant tôt simple, tant tôt source d'inspiration. En fermant les yeux, je parviens même à entrevoir l'image d'un paysage, ou du moins un air qu'y s'en rapproche. Pourtant, et je me le demande encore, je n'y comprend rien.
Dans le silence, mon vieil ami vient me rendre visite, et s'installe sous mon front. Le mal de tête aspire rapidement toute mon énergie, et tout ce que je parviens à faire c'est de poser ma main contre mon crâne.
Une odeur familière de poussière et de ténèbres parvient cependant à me rappeler où je me trouve. Le couloir, toujours aussi vide et plongé dans le noir, me paraît désormais insignifiant. Tout habillé, je ressens tout de même ce vide si intense, et ce froid qui vous ronge jusqu'aux os.
Heureusement que je n'ai pas de miroir devant moi : l'image de ma tête douloureuse m'aurait sans doute achevé. Non, et à cela j'en suis sûr, il faut que je reste concentré pour pouvoir reprendre sur de bonnes bases.
J'entends soudain la sonnerie générale, ce qui me rappelle ma situation actuelle. Ma main se balade dernière mon dos et s'arrête net sur le bois de la porte du bureau, ce qui suffit à me redonner des frissons. Dès lors, l'adrénaline monte en moi, et emballe chacun de mes muscles. Sans perdre plus de temps, mes jambes prennent la relève, et m'emmènent dans les ténèbres du couloir, afin de rejoindre le seul endroit où je me sens vraiment calme : ma chambre.
La tension monte pourtant en crescendo, tandis que je m'éloigne de plus en plus de Winston et de son maudit bureau. Le rugissement du silence présent dans l'air m'étonne quelque peu. À en croire la sonnerie, il devrait être quinze heures, de quoi laisser les élèves sortir de leur atelier du mercredi ou encore de leur heure de colle pour profiter du reste de la journée. Mais là, sous mes yeux ébahis, je ne croise personne.
Dans le lointain, cependant, j'arrive à entendre quelques murmures, parfois des éclats de rire et des grincements de chaussures.
Néanmoins, cela me rassure encore moins et, étrangement, entendre le bruit de mes pas plutôt que celui des autres suffit à me hérisser le poil. Plus j'avance, et plus j'ai l'impression que l'on me surveille. Ce que m'a dit le concierge tout à l'heure tourne encore dans ma tête et, sûrement par instinct, je glisse quelques coups d'œil dernier mon dos, afin de m'assurer que personne est en train de me surveiller.
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Entre Deux Mondes
FantascienzaJackson vit dans un internat reculé et lugubre, où les maîtres mots sont respect et travail. Bon élève et entouré d'amis, sa vie est des plus agréables, si l'on oublie ses cauchemars et visions tout aussi étranges que surprenants. De son coté, Lis...
