Il haussa un sourcil, perplexe.
- Je t'assure que ce n'est pas par manque de confiance que j'agis ainsi, se sentit-elle obligée d'ajouter.
Aras finit par hocher la tête pensivement. Il est vrai qu'il avait toujours pris beaucoup de précautions quand il s'agissait de la toucher. Mais ces derniers jours, la voyant plus détendue, il avait eu tendance à baisser sa vigilance. Il ne fallait pas oublier que ce n'était pas en deux semaines que Rosa allait changer du tout au tout. Peut-être se montrait-il trop impatient ?
- Tu n'aurais pas dû t'excuser, c'est moi qui t'ai fait peur. Je savais tout ça et je n'en ai pas tenu compte. Pourquoi pleurais-tu ?
La jeune femme détourna le regard en se mordillant la lèvre. Elle n'était pas prête à dévoiler toutes ces pensées douloureuses. Sa grande main vint attraper son menton et la poussa à le regarder en face. Il ne la laisserait pas tranquille sans avoir eu une réponse.
- Je repensais au procès de Collin.
Elle avait dit son prénom comme s'il lui écorchait les lèvres. Ses yeux se remplirent à nouveau de larmes, elle forçait pour détourner la tête et échapper au regard perçant de l'homme. Mais il ne la lâcha pas.
Comment Aras avait-il pu passer à côté et imaginer qu'elle s'était bien remise de cette agression ? Elle était bien loin d'être remise.
- Calme-toi Rosa. Commence par respirer.
Il lui montra l'exemple en enchaînant quelques grandes respirations. Une fois qu'elle eût commencé à cesser de trembler, il continua :
- Tu es en sécurité maintenant. Ce qu'il t'a fait ne se reproduira plus jamais, tu as ma parole. J'y veillerai personnellement.
- Je ne sais pas si je pourrai m'en remettre, sanglota-t-elle. Je sais tout ça... Mais... C'est plus fort que moi...
Elle enfouit sa tête contre son torse tandis qu'il la serrait fort en caressant des cheveux et en la berçant. Aras ne savait quoi dire ou quoi faire pour la consoler davantage si ce n'était d'être présent pour elle.
- Chuut... Tu es forte, je sais que tu vas t'en sortir. Ce n'est pas facile, mais ça finira par aller mieux.
Il se promit de revoir son avocat pour être certain que cet enfoiré n'échapperait pas à la pire peine. Au moins, elle lâchait ses émotions sans ce besoin de se faire du mal, ce qui était déjà un pas incroyable...
Une fois calmée, ils restèrent dans un long silence. Rosa était vidée. Mais il y avait encore un sujet important à aborder.
- Qu'est-ce qui va se passer quand on va rentrer ? demanda-t-elle.
- La vie va reprendre son cours. On va continuer à travailler. Bientôt, la maison d'édition sera entièrement autonome et je regagnerai le quartier général de l'entreprise. Tu pourras me suivre ou bien rester là-bas. Ou bien faire une formation si tu en as envie.
Rosa secoua la tête.
- Non, je ne parlais pas de ça. Même si reprendre des études me plairait bien... Je ne veux plus vivre dans mon appartement, rien que cette idée me donne envie de vomir, dit-elle avec une grande amertume dans sa voix.
- Ça me paraissait évident. Est-ce que tu veux que je m'occupe de prévenir ton ancienne propriétaire pour la prévenir ?
On continue !
Rosa se pinça la lèvre, anticipant que ce qu'elle allait lui dire ne lui plairait certainement pas.
- Je... Je veux bien que tu la préviennes en effet. Mais ce que j'aimerais te demander si tu es d'accord, c'est de me laisser ne pas emménager chez toi tout de suite.
L'homme se figea, consterné. Non, pas d'accord. Pas d'accord du tout. Il la voulait près de lui dans son lit la nuit, la voir et la veiller chaque minute.
- Je te demande pardon ? demanda-t-il d'un ton légèrement plus sec qu'il l'aurait souhaité.
- J'aimerais habiter encore quelques temps seule, avoua la jeune femme avec la désagréable impression de marcher sur des œufs. Nous nous verrions tous les jours et on continuerait à prendre les repas ensemble, je n'ai absolument pas envie de rechuter. Je t'aime mais avant d'apprendre à vivre en couple, j'aimerais apprendre à vivre seule. Est-ce que tu comprends ?
Aras la sonda de son regard perçant. Il comprenait. Mais il n'approuvait pas. Sa tête lui disait qu'il devrait se réjouir d'une telle demande de sa part, mais pas son cœur. La dernière fois qu'il l'avait laissée seule quelques jours, c'était pour son voyage en Italie. Celui où Anys lui avait téléphoné au comble de l'inquiétude pour lui apprendre que Rosa avait rechuté dans l'anorexie, pris un travail à son insu, et s'épuisait à lutter vainement contre un chantage insensé. Et tout cela s'était initié avant son départ, sous ses yeux. Il culpabilisait toujours de ne pas avoir su détecter sa souffrance grandissante. Il avait failli à sa promesse, sa toute première : celle de l'accompagner quoiqu'il arrive pour la protéger. Quand il la voyait maintenant, il contenait avec difficulté la vision de la jeune femme pâle de faiblesse, avec la peau sur les os. Cette vision le hantait.
Rosa voyait que sa demande le faisait souffrir. Il avait peur pour elle. C'était en effet un pari risqué qu'elle faisait. Sa fragilité n'allait pas s'estomper du jour au lendemain. Mais il y avait de grandes différences entre maintenant et sa première expérience de vie en solitaire. La première fois, elle n'avait simplement pas eu le choix. Elle essayait juste de sortir la tête de l'eau. Pourtant, en sortant du centre de soin, malgré sa colère omniprésente contre sa situation et ses parents, elle aurait aimé qu'on prenne soin d'elle... Maintenant, elle n'avait plus peur de vivre seule. Elle se savait soutenue entièrement par Aras. Elle pouvait faire des choix qui n'étaient pas guidés par la peur d'être seule.
- Tu es... Tu es d'accord, n'est-ce pas ? demanda doucement Rosa.
Il leva les yeux sur elle, froid comme de la glace. Il était en colère.
- Je dois y réfléchir, dit-il un peu sèchement en se détournant d'elle.
La jeune femme était surprise de sa réaction. En temps normal, il se montrait si compréhensif... Et il ne voulait que son bonheur et son épanouissement. Non, décidément elle ne comprenait pas sa réaction. Abusait-elle vraiment en ayant ce désir de vivre seule, qui serait également l'occasion d'apprendre à prendre soin d'elle sans toujours dépendre de quelqu'un ? Comprenait-il à quel point elle l'aimait et le désirait de tout son cœur, mais que sa demande n'avait rien à voir avec un rejet comme il semblait le croire ?
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Effervescence
RomantizmCe qu'elle cherchait, c'était blesser. Mais qui se cache réellement sous cette apparence superficielle et méprisable ? Qui se cache sous cette barrière infranchissable ? A la sortie de l'hôpital psychiatrique où Rosa est internée pour anorexie, la...
