Chapitre 51

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- Tu as raison de ne pas te mettre la pression, la rassura-t-il. Il y a des jours meilleurs que d'autres, je comprends.

En voyant son expression triste, celle qui signifiait qu'elle se retenait de pleurer, il rajouta :

- Ça va aller... Un jour, quand tu seras guérie, ces moments ne seront plus que des mauvais souvenirs. Tu te sentiras plus libre que tu ne l'as jamais été.

- Si je parviens à guérir, soupira-t-elle. J'essaye d'y croire. Je t'assure que j'y crois aussi fort que possible. Mais quand j'ai l'impression que j'arrive au bout du tunnel, quelque chose me fait toujours revenir en arrière. C'est une lutte constante, je lutte pour changer ma manière de penser, mon rapport à mon corps. Il en faut si peu pour me faire replonger, et tout prend des proportions tellement grandes dans ma tête. Et des fois, je suis juste fatiguée de tout ça.

Aras lui serra la main en signe de soutien. Elle cessa de parler quelques secondes.

- ...Tu crois que j'ai une tendance à l'auto-sabotage ? demanda-t-elle très sérieusement.

L'homme éclata de rire.

- Hé, ne te moque pas ! rouspéta-t-elle. Ce ne sont pas des paroles en l'air ! Pourquoi voudrais-je habiter seule, ou aurais-je autant de passages à vide si ça n'était pas le cas ?

Aras reprit son sérieux.

- Ce que tu prends pour des tendances à l'auto-sabotage, ce sont des réactions normales dans ta situation. Je m'explique, continua-t-il devant sa moue sceptique. Les passages à vide sont pénibles à traverser, mais ça n'est pas leur nombre qui compte. Ce qui est important, c'est la manière dont tu les gères. Aujourd'hui dans la salle de bain, est-ce que tu t'es complètement effondrée en pleurant en voyant ton reflet ?

- Oui ? répondit Rosa sans comprendre où il souhaitait en venir.

On ne pouvait pas dire que sa réaction dans la salle de bain avait été glorieuse. Que souhaitait-il prouver ? Pour l'instant, elle se sentait juste nulle pour s'être bel et bien effondrée en pleurs sur le carrelage de la salle de bain en voyant son reflet.

- Non, ce n'est pas ce qui s'est passé, rectifia-t-il. Tu ne prends pas en compte l'après dans ce qui est arrivé. Après, tu es quand même descendue me voir. Tu m'a expliqué ce qui s'était passé, et là tu as malgré tout le quart de ton assiette rempli que tu vas manger.

- Je ne comprends toujours pas.

- Tu vois uniquement l'obstacle, pas la victoire qui s'ensuit à chaque fois que tu le surmontes. Tout à l'heure, tu aurais pu entièrement te replier sur toi-même mais tu ne l'as pas fait. Parce qu'abandonner ne fait pas partie de ton vocabulaire. Et l'auto-sabotage non plus, tu peux me croire.

Jamais Rosa n'avait vu les choses ainsi. Elle n'avait pas pour habitude de repérer ses victoires. En fait, elle n'y arrivait pas. Mais cela devait pouvoir se travailler. Tout comme elle travaillait à chaque instant sur sa maladie et ses traumatismes qui n'appartenaient pas encore au passé.

Il avait ce regard sérieux, et rempli de sincérité. Celui qui chamboulait tant la jeune femme, à la fois la ressourçait, la rassurait, et la poussait à se dépasser. Celui qui parfois lui faisait peur, car elle ignorait comment elle pourrait s'en sortir si Aras venait un jour à l'abandonner. Quand on se donne ainsi à quelqu'un, les retours en arrière n'existent pas.

EffervescenceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant