Rosa ne sait même pas comment elle a regagné son lit tant la fatigue était grande. En revanche, au petit matin, elle n'y était pas seule. Aras était présent, encore paisiblement endormi. En fouillant dans sa mémoire, la jeune femme se souvint lui avoir fait cette requête particulière.
Elle avait eu ce soudain besoin de chaleur humaine, pour ne pas se sentir seule. La jeune femme se sentait vidée de toute énergie et il lui fallait du réconfort pour combler ce grand vide. Elle lui avait demandé de rester dormir avec elle, et il l'avait fait, sans aucune hésitation. Rosa se cala un peu plus confortablement face à Aras, sa main calant sa tête. Elle écouta longuement sa respiration apaisée et se surprit même à sourire. Etre à ses côtés lui donnait l'impression d'être unique au monde, elle était tellement chanceuse de le connaître. Il l'écoutait et la comprenait comme personne, avec une patience rare. Il savait d'instinct ce dont elle avait besoin, comme s'il la connaissait depuis toujours. Avec lui, c'était simple, son réflexe n'était pas de se cacher ou de cacher ce qu'elle ressentait.
Un rayon de soleil du matin éclairait son beau visage. Il n'y a pas à dire : il est sexy... Elle ne revenait toujours pas de son étrange réaction l'autre jour en mer. Le simple contact de sa peau l'avait embrasée comme jamais. Tout était tellement différent de tout ce qu'elle avait déjà connu, chaque jour était une découverte.
N'y résistant plus, elle effleura sa joue et sa barbe de trois jours. Ce doux contact éveilla l'homme. Il sourit :
- Alors comme ça tu m'observais en train de dormir. Ne serait-ce pas ce que tu appelles un comportement pervers ?
- Là, c'est différent.
- Oui, quand ça te concerne, c'est toujours différent de tout ce que je connais...
Rosa rit légèrement, faisant sourire Aras par la même occasion.
- C'est ce que j'ai dit qui te fait rire comme ça ?
- Non, juste avant ton réveil, je me disais justement que chaque jour était une nouveauté avec toi à mes côtés.
L'homme plongea ses yeux dans les siens, intensément heureux de sa franchise. Petit à petit, il la sentait plus détendue avec lui et il adorait cela. A leur premier baiser, Rosa avait été clair : elle n'était pas prête à avoir une relation avec quiconque. Et il le comprenait, elle devait se concentrer sur sa santé. Mais qu'en était-il maintenant ? Il la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle adorait son indépendance, et cet aspect de sa personnalité lui plaisait d'ailleurs également. Accepterait-elle un jour d'aller plus loin avec lui ?
Le contact visuel fut rompu quand Rosa se redressa dans le lit. Un silence s'installa.
- Euhm... Dis-moi, que sommes-nous ? demanda timidement la jeune femme.
Aras se redressa à son tour. Il s'efforçait d'adopter une attitude nonchalante mais son cœur se mit à battre plus vite.
- Tu vas avoir une impression de déjà-vu mais... qu'aimerais-tu que nous soyons ?
La jeune femme prit quelques instants pour réfléchir avec peine : elle avait posé cette question sur une pulsion. Leur relation était complexe, tellement unique, seuls eux pouvaient en saisir toute la profondeur. Maintenant, il fallait qu'elle sache ce qu'il en pensait.
~On continue~
- Je ne sais pas... Il y a quelques temps, une relation m'était inenvisageable. Je me serais sentie prisonnière, avoua-t-elle. Mes expériences... Mes expériences avec les hommes ont toujours été dévastatrices, et ma vision des relations dites normales en ont été modifiées. J'ai encore des doutes, je suis terrifiée à l'idée de m'enfermer dans cette petite case : "en couple". Et à cause de mon état, il fallait que je me concentre sur ma santé, ma guérison et sur mon avenir. C'est d'ailleurs grâce à toi que je l'ai compris.
Elle avait parlé à toute vitesse, et chacune de ses paroles plombait davantage le cœur d'Aras. Rosa était la personne la plus franche qu'il connaissait. Elle ne savait pas amoindrir ses propos, il savait donc qu'elle croyait profondément à ce qu'elle disait. Le pire, c'est que c'était à cause de lui que Rosa n'accepterait jamais ses avances... Mais c'était le jeu, il savait en se rapprochant d'elle que ça ne serait pas facile, son frère l'avait aussi prévenu. Seulement, il ignorait comment il pourrait le supporter à l'avenir... Il la coupa brusquement alors qu'elle allait continuer :
- D'accord, je crois que j'ai saisi, dit-il amèrement. C'est de ma faute, je t'ai montré dès le début comment j'aurais aimé que notre relation tourne, sans assez prendre en compte le fait que tu n'avais pas du tout envie d'une relation de couple. Excuse-moi...
Rosa le regarda avec incompréhension.
- ...Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Quoi ?
- Tu ne m'as pas laissée terminer. Quand tu m'a embrassée, j'ai cru rêver, continua-t-elle. J'étais dans un jour affreux durant lequel j'étais très mal, mais parce que c'était avec toi, c'est devenu magique. Tu es mon socle, mon pilier, tu m'aides à me tenir debout et je ne sais pas à quoi ressemblerait ma vie si je devais être loin de toi. Ce sentiment m'a beaucoup effrayée, je déteste me sentir dépendante. Il m'a fallu du temps pour me rendre compte que j'étais dans l'erreur. Je ne devrais pas avoir peur d'aimer et d'être aimée.
Elle releva les yeux pour sonder sa réaction. Elle n'avait pas l'habitude d'avouer ce genre de sentiments. Avouer son attachement la montrait-elle faible ? Mais même si elle avait bafouillé un peu, les mots coulaient de source. Aras n'osait y croire.
- Ce qui veut dire que...
- Ce qui veut dire que je suis prête à tenter ma chance avec toi, sourit Rosa.
Un immense sourire éclaira le visage de l'homme. Il avait réussi. Il avança sa main vers son visage et, voyant qu'elle ne réagissait pas, effleura sa joue. Attirée comme un aimant, elle s'y posa doucement en soupirant d'aise. Elle aurait dû être gênée, mais ça n'était pas le cas. Pourtant, une inquiétude continuait de la tenailler.
Aras, toujours à l'écoute et attentif au moindre de ses changements d'humeur, s'en aperçut.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu regrettes déjà ? la taquina-t-il.
Elle secoua la tête en riant.
- Non, bien sûr que non. J'ai juste peur de ne pas pouvoir te combler...
- Je ne comprends pas... fronça-t-il les sourcils.
- Tu sais que je ne suis toujours pas à l'aise quand on me touche. Les sursauts, la peur du contact physique... soupira-t-elle. C'est profondément ancré en moi et je ne suis pas certaine qu'il en soit autrement un jour, même avec toi. Je voulais te prévenir, notre relation ne sera probablement jamais normale.
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Effervescence
RomantiekCe qu'elle cherchait, c'était blesser. Mais qui se cache réellement sous cette apparence superficielle et méprisable ? Qui se cache sous cette barrière infranchissable ? A la sortie de l'hôpital psychiatrique où Rosa est internée pour anorexie, la...
