Raphaël
La colère qui transperce dans ma voix ne reflète en rien le tsunami dans ma tête.
— Je voulais t'en parler... balbutie mon frère.
— Tu voulais lui en parler, s'énerve Sasha. Mais qu'as-tu foutu, Gabriel ?
— La demoiselle monte le ton. Ça devient intéressant, s'amuse la mère de Camille.
— Vous, LA FERME !
Nos voix ont raisonné ensemble. Mis au pied du mur, Gabriel explose et ne retient plus rien. Il commence par se déverser sur la mère de Camille.
— Camille ne nous a jamais parlé de vous, reprend mon frère agacé. Je ne connais même pas votre prénom et ça fait plus d'un mois que je vis avec elle. Donc, vous ne devez pas être si importante. Et on s'en fout de vos problèmes ! Ce n'est pas moi qui ai écarté les cuisses de votre fille mais lui. Je comprends mieux pourquoi c'est si compliqué pour elle de se lâcher, peur d'aimer quand on vous rencontre. Le contraire tiendrait du miracle.
Laissant une belle-maman main sur le cœur, coupe à la main, regard choqué, il se retourne vers moi.
— Et je ne t'ai rien dit parce que je ne savais pas si tu voulais être père, parce que tu t'es enfui pendant des mois, et parce que je n'étais pas sûr que tu me suives si je t'avais tout dit. Je voulais être certain de toi, de vous. Et puis tu as vu le coup que tu m'as foutu avant même que je puisse t'expliquer, dit-il en en montrant son visage.
— Alors, oui, je suis un lâche avec toi. Le monde entier croit que je suis le père de ton enfant et si la question se posait à nouveau, j'y apporterai la même solution sans l'ombre d'un doute. Car aujourd'hui, j'appartiens à son clan, à sa meute. Je me sens enfin chez moi, respecté sans avoir à écraser qui que ce soit. S'il faut que son enfant ait un père, je le serai. Quitte à te perdre, Sasha, finit-il en se retournant vers la jeune femme.
De cet aveu, ses mains tremblent et n'osent plus la toucher mais sa voix reste claire. Ses paroles me percutent. Je n'ai jamais vu mon frère aussi fragile. Pourquoi cet enfant compte-t-il autant pour lui ?
— Mon dragon, je t'aime, souffle-t-il. J'aime ta force, ta volonté et aussi tes fragilités. Tes mensonges qui cachent tes fissures. Je suis le pire des hommes. Je te demande de tout sacrifier pour des principes que te sont inconnus. Je sais ce que cache ton humour, tes propos mordants, tes provocations. Je ne veux pas t'abandonner mais je ne peux pas les laisser.
— Quel mélodrame ! siffle la mère de Camille. Ma fille n'a pas besoin ni de votre aide ni de celle de qui que ce soit. Elle a toujours su se débrouiller toute seule. Faut savoir vivre avec son temps messieurs ! Une princesse n'a plus besoin de chevaliers servants.
— C'est pour cette raison que vous l'avez abandonnée à deux ans et que vous avez renouvelé cette connerie avec son frère? demande Sasha sèchement souhaitant sûrement dévier la conversation pour ne plus en être le centre.
— Abandonner un enfant ? Jamais de la vie ! s'offusque-t-elle. J'en suis incapable. Quelle mère pourrait faire cela ? J'avais des obligations. Une vie de château n'est pas le pire des sorts. Ils n'ont pas vécu à l'orphelinat. Père leur a toujours donné la meilleure éducation.
Impensable, elle est intimement convaincue d'avoir parfaitement agi. Je comprends le lien fort que Camille et Lucas ont entre eux. Ils ont été tous les deux rejetés par leur mère, par celle qui est censée leur offrir une sécurité affective. Elle leur préfère, encore aujourd'hui, les strass et les paillettes, et n'en éprouve aucune honte.
— Et ça ne vous fait vraiment rien ?
Mes mots avaient jailli, tel des boulets de canon.
— Jeune homme, mon père a décidé de me priver de mon héritage au profit de notre chère Rose Noire. Rendez-vous compte que je suis obligée de loger ici ou chez ma fille à Paris? Il refuse de m'offrir une demeure. Alors, oui, cela me fait quelque chose, déclare-t-elle les yeux brillants.
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Obsessions
RomanceGabriel Keys est prêt à tout pour devenir l'unique maître de l'empire familial. Pour parvenir à ses fins, il propose à Camille un marché troublant. Lors d'un week-end dans les Caraïbes, elle devra séduire et manipuler Raphaël, l'artiste rebelle du c...
