Chapitre 20- Confrontation

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Aron

Attablé, je lisais et relisais ce foutu contrat. J'y cédais l'intégralité de mes parts à la holding Gabriel Keys détenue par le groupe Delalande Saint Honoré. Le prix fixé était le même que celui que j'avais offert à Gabriel, autant dire un prix d'ami, un prix d'un père à son fils. Les titres de mon aîné avaient été cédés au même montant nominal. 

Mathilde, par contre, avait eu le droit à un échange de titres : les parts du groupe Keys contre ceux d'une filiale du groupe DSH. Pas la peine de s'informer, cette entreprise ne devait avoir aucune valeur, peut-être même à la limite de la faillite. 

Comme lui avait déclaré Gabriel, seul Raphaël avait été épargné. Je n'avais aucun doute sur la droiture de mon fils. Il n'était pas de mèche avec elle. Mon benjamin n'avait jamais aimé le monde des affaires. C'était un artiste. Il ne détenait des parts du groupe que par des donations faites par mon père à sa naissance. Gabriel et Mathilde avaient reçu le même cadeau mais à force de travail et d'implication, ils avaient peu à peu acquis de nouvelles parts. 

Aujourd'hui, cela devait être l'étape finale pour Gabriel. Je levai mon verre pour boire une gorgée du liquide ambré mais rien ne coula dans ma gorge desséchée. Le verre était déjà vide. Je quittai ma chaise et ouvris ma réserve personnelle. 

Un « Dalmore King Alexander III » m'attendait. La bouteille de whisky était accompagnée d'une rose noire en étain et d'un portable. Le téléphone se mit à vibrer et, sans aucune surprise, je vis apparaître son nom.

— Camille, soufflai-je.

— Aron.

Je m'assis dans un des fauteuils club de mon bureau.

— Je tenais à m'excuser d'être partie sans vous remercier de votre hospitalité, commença-t-elle.

— Ne vous inquiétez pas ! Nous aurons amplement l'occasion de nous revoir devant les tribunaux.

— C'est aussi dans mes projets mais je crois que nous ne pensons pas au même type de procès, mon cher El Toro.

— Mes avocats se feront un plaisir de mettre un terme à cette vente abusive.

— Ne vous donnez pas tant de mal. Je suis prête à mettre fin immédiatement à cette transaction et vous rendre l'exemplaire manquant de la cession, me rassura-t-elle d'une voix très posée.

— Sage décision !

— Mais je ne le ferai pas sans contrepartie.

— Nous y voilà, dis-je en me pinçant l'arête du nez. Que voulez-vous ?

— Maintenant que vous connaissez mon nom, vous savez exactement ce que je souhaite.

— Soyez plus précise !

— Une route de campagne en Sologne. Un petit coin magnifique de France. Vous devriez y aller. Vous adoreriez.

— Je ne vous suis pas. Vous divaguez. Je n'ai pas le temps pour écouter vos histoires de petite fille arriviste.

— Il ne faut pas rouler trop vite, être vigilant, concentré. Un accident est si vite arrivé.

— Camille, grognai-je. Cessez de tourner autour du pot !

— Le téléphone a dû sonner, ou peut-être, était-ce Mathilde qui vous a appelé. Encore une dispute entre vous. Vous l'avez à nouveau repoussée, préférant votre fils pour vous succéder. Pas assez courageux pour le lui dire en face. Vous n'avez jamais été vraiment un père très digne.

— Qui êtes vous pour me juger ? m'emportai-je.

Ma colère ne l'arrêtait pas. 

— Vous veniez de perdre votre femme et avez finalement accepté de confier les rênes de votre entreprise à l'enfant prodige, comme Elena vous l'avait demandé depuis si longtemps. Il aura fallu sa mort pour que Gabriel puisse prendre enfin votre place au sein du prestigieux groupe Keys. Ai-je bien compris l'objet de votre conversation ? 

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