Chapitre 31 : La chaleur du paradis

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   En rentrant de la finale, tous les juniors se precipitèrent dans leur chambre afin de boucler leurs valises. Ils riaient en parlant de ce qu'ils allaient faire de leur récompense, programmant des sorties dans des pays chauds, rêvant de leur prochaine dépense et, surtout, s'extasiant à l'idée de rentrer chez eux pour de bon.

Soïli, lui, prit une douche et se prépara pour sortir avec Artième afin de fêter le nouvel an ensemble, faisant de son mieux pour ignorer ce sentiment d'amertume qui lui dévorait la gorge. Il se fixa dans son miroir, des pieds à la tête, et ne vit rien. Ni beauté, ni assurance, ni émotion. Il se sentait vide, plus rien ne brillait dans ses yeux, son visage lui parut étranger. Sa lèvre trembla un instant, juste le temps d'un battement de cil et il détourna le regard puis arrangea sa frange.

Le Sicilien l'attendait certainement devant le club, se demandant ce qui lui prenait autant de temps. Alors il ne s'attarda pas plus sur son mal-être et ouvrit la porte de sa chambre. A peine eut-il posé un pied à l'extérieur que l'air se givra autour de lui. Il leva les yeux pour les encrer dans ceux de ce prince à la rareté irrévocable. Son corps trembla, son souffle se coupa et il se surprit à faire un pas en arrière.

   — Qu'y a-t-il ? demanda Günther.

Soïli prit sur lui et ferma la porte derrière son dos afin de simuler une quelconque assurance.

   — Ça fait longtemps que... enfin je ne m'attendais pas à... non, oublie, peu importe, baffouilla-t-il, le visage brûlant d'embarras.

Il n'avait pas besoin de voir Sondheim pour deviner ce sourire amusé et juste assez large pour faire ressortir ses fossettes, prendre place sur ses lèvres. Il espérait simplement qu'il se contenterait de se moquer intérieurement de sa maladresse, sans insister plus. Mais le senior était d'humeur à plaisanter ce soir-là.

   — Dis moi, je suis curieux à présent, souffla-t-il de ce timbre délicat.

Soïli fronça les sourcils et détourna le regard alors qu'il enfouissait ses mains dans les poches arrières de son jean, ayant plus de mal que d'habitude à soutenir la profondeur de ces pupilles bleutées. D'autant plus que Günther semblait tout juste rentrer au club, vêtu de cette façon snob et sombre, totalement décalée avec son teint pâle et ses cheveux rasés. Alors lui et ses habits ordinaires et décontractés, ne pouvait se sentir qu'inconfortable.

   — Je ne m'attendais pas à te voir, c'est tout, rétorqua-t-il sèchement.

Sondheim le fixa un moment, une expression amusée sur le visage, avant de souffler un rire discret.

   — Admettons.

Puis ils ne se dirent plus rien. Soïli retrouvant le courage de le regarder, se redressa pour gagner quelques centimètres inutiles par rapport à la taille du sénior et, attendit. Ils se dévorèrent des yeux un long moment. Le garçon s'évertuait à ignorer cette sensation qui le brûlait de l'intérieur tandis que Sondheim semblait se complaire dans ce contact à distance, savourant peut-être la montée d'angoisse qui métamorphosait Gessner. Elle le rendait vulnérable, complexé et suppliant sans même qu'il ne s'en rendît compte.

   — Eh bien ?

   — Quoi ?

   — As-tu autrechose à ajouter ?

   — Non... je pensais... enfin non.

   — Alors allons-y.

Soïli voulut réclamer plus d'informations mais n'en fit rien lorsqu'il vit le sénior se diriger vers l'escalier. Il le suivit alors, le cœur battant et le visage crispé de ce même embarras. Tout ce qu'il faisait, disait, lui paraissait ridicule ou déplacé. Alors il se mordait la lèvre en priant pour que Günther ne l'eût pas remarqué.

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