Chapitre 58 : Comme une bulle de savon

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En rentrant dans son appartement, Soïli se sentit apaisé, puis seul et enfin à l'étroit. Allongé sur son lit, il fixait le plafond, ou plutôt la pénombre en fantasmant sur un contact chaud, brûlant et enfin insoutenable. Et reprenant son souffle, il simula un corps à l'aide de ses innombrables coussins et voulut s'endormir, épuisé, mais le sifflement s'élevait à chaque fois qu'il commençait à déconnecter son esprit. A la cinquième tentative manquée, il enfonça son visage dans un oreiller et se mit à hurler comme un névrosé.

Deux jours plus tard, il se procurerait des somnifères assez puissant pour bâillonner ses pensées et anhilier ses rêveries. En attendant, il sortit une bouteille de vin rouge, la débouchonna en torturant le liège, frappa le tube contre ses lèvres et bus en de profondes et douloureuses gorgées. Il savait qu'il lui suffirait d'une seule pause pour que le goût désagréable le rattrapât, alors il se motiva à évincer la première moitié avant de reprendre son souffle. Les lèvres rougies par le rouge, il y passa sa langue aux papilles encore crispées, s'allongea sur le sol froid, impersonnel et termina la bouteille ou peut-être s'était-il endormit un peu avant et que le parquet avait aspirer le fond.

A son réveil, il se trouvait bordé, dans son lit donc, la bouteille à mille lieux de son appartement, les volets clos et un mal de crâne insoutenable. Il aurait bien dormi quelques heures supplémentaires si l'idée ne lui était pas venu de s'emparer du journal abandonné sur sa table de chevet et de parcourir la première page. À peine eut-il lu les premiers mots qu'il se tenait déjà hors de son lit, un jean dans une main tandis que l'autre terminer le gros titre du jour : "Jean lamore, alias the french death du groupe Valhalla, à l'hôpital suite à une overdose."

Dans son avion pour Londres, Soïli était accompagné de deux gardes du corps, imposés par Gabriel pour toute sortie arbitraire afin de garantir une sécurité. Cependant le garçon était plutôt persuadé que ses deux compagnons étaient davantage des geôliers que des protecteurs.
En atterrissant, ils furent réceptionnés par une voiture qui roula jusqu'à l'hôpital en question. Soïli n'eut pas besoin de réclamer quoique ce soit pour qu'on le menât à la chambre qu'il convoitait. Peut-être que ses cheveux longs indiquaient, à eux seuls, une proximité avec le groupe, peut-être l'hôtesse d'accueil avait-elle été harcelée depuis la sortie du journal par des fans, ou bien peut-être que la présence des deux gardiens de Soïli avait-elle suffit à l'intimider suffisamment pour qu'elle supposât l'importance du visiteur. Dans tous les cas, le déroulé des événements convenait parfaitement à Gessner qui haïssait la paperasse interminable.

L'ascenseur monta jusqu'au sixième étage, ils en sortirent, Soïli se précipita furieusement dans le couloir, puis plus vite encore lorsqu'il aperçut Shun assis sur une chaise, la tête dans les mains. Ce dernier se redressa en entendant les talons de Soïli cogner contre le carrelage, puis se leva en l'identifiant avant de se perdre dans ses bras à l'instant où leur proximité l'eût permit. Shun serra son ami avec tant de force que Soïli, qui ne pouvait en faire de même par crainte de le briser, abandonna les quelques réprimandes qu'il avait préparé.

   — Tu es venu...! perça douloureusement le chanteur.

   — Bien sûr que je suis venu.

   — Je voulais t'appeler mais je pensais que tu étais trop occupé, ensuite je me suis dis que j'aurais quand même pu t'appeler mais j'avais plus ton numéro donc je savais pas si tu allais venir parce que peut-être que tu n'aimes pas lire le journal, j'ai oublié si t'aimais lire le journal donc je me suis dis que peut-être pas alors j'ai cru que je devais retourner à Édimbourg mais j'avais plus d'argent donc j'espérais que tu viennes tout seul mais et si tu venais pas est-ce que j'aurais pu t'en vouloir parce que je ne t'ai pas appelé ?

   — Je suis là maintenant.

   — Je sais mais et si... et si...!

Soïli laissa Shun pleurer encore un peu sur son épaule, sachant pertinemment qu'il n'était pas en état de parler raison. Lorsqu'il fut enfin calmé, ils s'asséyèrent sur les chaises en plastique transparent de l'hôpital, le chanteur couvrant ses yeux encore douloureux de tant de larmes et Gessner le contemplant avec rage.

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