Chapitre 63 : Le trio gagnant

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   Soïli ne fut qu'à peine étonné de constater que le gala de charité s'apparentait d'avantage à une vente aux enchères d'êtres humains. Au fil de ses jours au sein des Kovaleski, il avait été informé des nombreux commerces de Sinclair et la grande majorité se tournait vers la prostitution d'une façon ou d'une autre. Ici, il s'agissait de louer des individus de toutes les tailles, couleurs et âges (quoique jamais inférieurs à dix-huit ans sur le papier), pour une journée entière peu importait l'usage. Certains faisaient poser des femmes nues durant des heures pour avoir des modèles vivants à domicile, d'autres réclamaient que leur location repondît à leur moindre fantasme, et d'autres encore s'en servait comme partenaire de vie amoureuse.

Il y avait quelques règles qui interdisaient la violence extrême, les rapports sexuels ou encore d'altérer la marchandise en lui coupant les cheveux, les teignant ou bien en imposant des chirurgies esthétiques. Cependant, Soïli était persuadé que, comme au Colisée, tout pouvait être outrepassé si la somme excédait les dommages.

En se rendant à la Queen Street la veille, il n'avait pas trouvé Isaac. Il s'était rendu à l'hôtel Balmoral, jusqu'au manoir et avait même sillonné les rues de la vielle et nouvelle ville, en vain. Alors, en arrivant à la vente accompagné de l'entière famille Kovaleski et plus, Soïli ressentit une sorte de méfiance envers son parrain. Ses actions lui paraissaient bien trop imprévisibles pour qu'il pût y trouver une cohérence. Et pourtant une sorte d'évidence lui revenait en tête encore et encore malgré lui ; comme si, dans l'étendue du champs des possibles ne se tenait qu'une seule et même assez visible et bruyante pour étouffer toutes les autres. Ce fut donc dans les yeux polaires qu'il accrocha brièvement à l'entrée, qu'il semblait se demander : "qui est-ce ?"

Pour ne pas éveiller les soupçons, les Kovaleski se devaient d'agir d'abord prudemment, c'est-à-dire en prouvant quelques heures qu'ils n'avaient aucune mauvaises intentions. Il y avait ainsi un groupe qui était chargé de participer aux enchères, sans se soucier d'en remporter une seule. Pour le plus grand désespoir d'Isaiah, ce rôle fut attribué à Isaac et Cain. La manœuvre était aisée, prendre un verre de champagne et le retourner, à l'envers, sur le plateau d'un serveur. De ce fait, beaucoup de participants se tenaient près d'une plante ou d'une fenêtre pour vider leur coupe afin d'éviter d'être ivre trop rapidement.

La "marchandise" ne se tenait pas sur une estrade ni même dans une vitrine, mais circulait calmement dans la salle en suivant un chemin prédéfini. Elle se différenciait de par un riche vêtement majoritairement d'or et de cristaux, de lourdes boucles d'oreilles d'une matière ou d'une autre et un maquillage tape à l'œil indépendamment du genre.

Soïli et Isaiah ne pouvant agir directement, durent se retirer au bar afin de se fondre dans la masse. Pour l'événement, le garçon fut coiffé de deux tresses collées si étroitement qu'elles lui tiraient les traits du visage, le faisant paraître si raffiné qu'il détonait presque avec son costume masculin.

   — Tu aurais été parfait en doré, piqua Isaiah en sirotant son seul et unique margarita autorisé.

   — Pourtant les Russes sont à la mode ces derniers temps, rétorqua Soïli en prenant l'olive que son mentor lui tendait.

Le visage d'Isaiah se crispa à mi-chemin entre le sourire et les sourcils froncés tandis que sa main fonçait déjà vers la joue de Soïli. Mais recouvrant ses esprits, il empoigna plutôt sa nuque, ne pouvant le frapper en public, et le tira à lui avant de glisser ses lèvres près de son oreille.

   — Il y a une grande différence entre avoir de la répartie et jouer aux sales gosses, Soïlindra.

   — Notre proximité risque de donner le mauvais message à mes acheteurs, Gabrilailevitch.

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