"Remporter tous les combats du Colisée, servir les Kovaleski, s'échapper de la cave de Dimitri, survivre à l'exil." Tels étaient les étapes nécessaires pour intégrer la famille soviétique. La dernière pouvait paraitre dérisoire puisque nourriture, chaleur et premiers soins était compris dans la cabane. Pourtant, Isaac avait assuré à Soïli qu'il s'agissait du défi le plus trompeur.
Il y avait une moyenne de dix prodiges par an mais seulement quatre Kovaleski en près de quarante ans en comptant Gabriel. Sachant que Dimitri et Isaiah, en tant que fils biologique, n'avaient eu à compléter aucune tâche (mis à part le service), le pourcentage de réussite descendait en dessous de zéro virgule trois. Ajoutons qu'un prodige par an remporte tous ses combats, que servir les Kovaleski n'implique souvent aucun risque lorsqu'il n'y a pas de trop fortes rivalités entre famille et qu'une personne sur deux survit à la cave, l'exil représente près de cent pourcent d'échec.
Les règles étaient pourtant simples et intuitives : écrire une page par jour, pas plus, pas moins, jusqu'à l'arrivée de l'hélicoptère. Ainsi Soïli commença à supposer que, si cette étape engendrait autant d'insuccés, cela ne pouvait qu'être en cause de sa mauvaise publicité.
Il passa ainsi une semaine entière allongé près du poêle qu'il avait déplacé jusqu'à son lit, se nourrissant de conservés froides et de sommeil. Il pensait que son voyage de quinze jours avait suffit pour qu'il se remît de ses efforts intensifs, mais voilà que le seul fait de manger l'épuisait tant qu'il lui arrivait de sauter tous ses repas. Il souffrait des courants d'air gelés qui traversaient les rondins de bois et du poêle qui le brûlait lorsqu'il tentait de s'y réconforter. Il lui semblait se noyer à chaque fois qu'il s'endormait et émerger d'un sommeil insatisfaisant dès qu'il reprenait connaissance.
C'était une expérience mystique : une fine limite entre l'état conscient et inconscient. Il pouvait se parler à lui-même, imprimer la sensation de son corps lourd sur le matelas dur, les illusions le prenaient quand même. Comme si ses rêveries n'avaient plus besoin d'effacer le réel pour apparaître, comme si elles rivalisaient avec sans que Soïli ne pût rien faire d'autre qu'en être victime. Chaque fois qu'il se tirait de cet état de l'entre-deux, il prenait une profonde inspiration, comme si son corps luttait pour ne pas s'évanouir dans un monde où il n'avait pas besoin de subsister.
Puis ce fut au tour des paralysie d'envahir le garçon : plus subtiles, Soïli les prit d'abord pour de la paresse. Lorsque, immobile malgré lui, il ne parvenait à tendre un bras pour se sortir d'une couverture trop chaude, il se disait qu'il manquait simplement de volonté. Mais quand, dans ce même état végétatif, il sentit son cœur battre à en rompre, son imagination lui jouer des tours et une crainte infonder monter en lui, il comprit qu'il n'était plus maître de son corps. Alors il lutta contre le poids de ses muscles et la cruauté du sommeil qui l'assomait comme pour lui empêcher de se tirer de ses draps, jusqu'à ce que les chaînes qui l'y clouaient se brisassent.
Craindre le sommeil, manquer d'énergie pour se battre contre les illusions, s'empêcher de dormir pour y résister, perdre la force nécessaire pour se défaire de la paralysie. C'était un cercle vicieux, une boucle infinie qui lui aurait bien fait perdre le compte des jours, si il ne comptait pas ses nuits. A l'issue des deux premières semaines, chaque page était noircie de "J'ai froid, j'ai froid, j'ai froid" ou bien "j'ai faim, j'ai faim, j'ai faim", sans rien d'autre. Les quelques feuilles griffonnées paraissaient pitoyables à côté du tas d'où elles venaient, mais il n'y avait là rien d'assez risible pour que Soïli les vit comme autre chose qu'un calvaire sans fin.
Il n'avait pas encore eu le courage de prendre un bain, puisque ce dernier nécessitait qu'il se déshabillât pour entrer puis subît le froid à la sortie, le temps de se sécher et de s'habiller, alors sa seule activité était de manger des conserves froides par paresse de les réchauffer. Après tout, que les haricots blancs à la tomate fussent brûlants ou glacés, ils n'en demeuraient pas moins inappétissant. Quant à poser un pied dehors, la question ne se posait même pas. Des montagnes de neige à perte de vue, un ciel toujours bleu polaire, et parfois un ou deux nuages pour le tâcheter, ou du moins c'était ce que Soïli pouvait deviner depuis la fente entre les rondins de bois.
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Hédonisme
ActionÉcosse 1950 : Alors que l'économie du pays chute drastiquement pour plonger la population dans la misère, un nouveau système illégal se met en place. Né de la rage des banlieusards et des anciens combattants envers l'État dépendant de l'Angleterre...
