Chapitre 65 : Exil néoplaste

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   Dimitri Gabrilailevitch Kovaleski ou la ghoule slave. Voilà le surnom que l'on attribuait à l'aîné de Gabriel qui ne participait à aucune mission et ne se présentait à aucun événement. Rares étaient les personnes qui connaissaient son visage et pourtant il inspirait une crainte diabolique. Il souffrait d'un trouble de l'identité qui le forçait à osciller d'une personnalité à l'autre sans qu'il ne s'en rendît vraiment compte. Alors il apparaissait comme un défaut de l'Organisation, une anomalie qui lui valut d'être exclu des affaires privées de son père. Ou du moins seulement en surface car, si les Kovaleski agissaient dans l'obscurité, Dimitri, lui, travaillait pour l'ombre de cette noirceur. Ainsi, il fut naturellement chargé d'interroger Cain.

Cette tâche dura cinq jours et cinq nuits sans que l'on ne vît ni n'entendît l'un ou l'autre, voilà tout ce que l'on pouvait savoir de cet épisode puisque les détails se partageaient entre le bourreau, sa victime et les quatre murs dont personne, hormis l'aîné, possédait l'accès. Gabriel avait d'abord réservé le sous-sol pour certaines affaires jugées trop immorales pour être conclu à la lumière du jour, puis lorsqu'il avait réalisé que Dimitri était en fait le seul qu'il y faisait descendre, il lui avait confié les clés en lui assurant qu'il n'existait pas de double. Depuis, on disait que lorsqu'un homme autre que l'aîné y pénétrait, il ne pouvait en ressortir inchangé. Donc si l'on plaçait quiconque entre les mains de la ghoule par vengeance ou intérêt, jamais on ne doutait d'une issue autre que la réussite. Et pourtant, on s'étonna qu'il parvînt à faire parler un homme tel qu'Abergel ou Habyarimana de son nom de naissance.

Cette même conscience qui enfermait encore le souvenir du massacre de sa famille sous ses yeux d'enfant, pour une histoire de république Hutus. Lui qui avait survécu aux haches impitoyables, qui avait passé des jours entiers tapis sous les cadavres de ses proches par crainte de connaître le même sort, qui avait porté sa petite sœur agonisant pendant des kilomètres à la recherche de secours, pour qu'elle finît par succomber de ses blessures — qu'avait dont bien fait le soviétique pour faire parler ce cœur brisé ?

"Abergel" était une identité qu'on lui avait donné très tôt, lorsqu'il était arrivé à Londres dans son adolescence car son nom originel avait été jugé trop compliqué. On voulait effacer son passé pour qu'il pût mieux s'intégrer à cette nouvelle vie occidentale. Seulement, malgré les efforts de l'enfant pour aller de l'avant, ses cauchemars de cessaient de le rattraper encore et encore au point de le rendre si instable que, bientôt, on ne lui autorisa plus aucune famille d'accueil. À l'âge de quatorze ans, il s'échappa du foyer dans l'espoir de réparer ce vide qui se creusait en lui.

Il travaillait ou volait, se battait pour un morceau de pain ou se faisait battre pour ce même morceau, jusqu'à ce qu'un jour il rencontrât Emmanuel Montabazi, un survivant du massacre de 1963 à 1964. Un Tutsis tout comme lui qui s'était installé au Royaume-Unis depuis des années et dont l'ambition était sans limite. Cet homme devint tout son monde, son roi alors il se prosterna devant lui et prit les armes pour le défendre. Quand, un an plus tard, il rencontra Isaac à Wilson, ce n'était que par la volonté d'Emmanuel. Ce dernier lui avait ordonné de se frayer un chemin jusque chez les Kovaleski afin de pouvoir les détruire de l'intérieur et ainsi mettre la main sur leur système.

De ce fait, bien que Cain eût donné des informations à Sinclair, ce n'était que dans le seul et unique but de servir son roi.

Cette découverte provoqua une tempête chez les Kovaleski. Un ennemi de longue date avait été repéré, inconnu qui plus est. Il fallait reprendre des archives depuis les années 70 pour essayer de trouver comment une personne extérieure avait été mise au courant de l'existence des Kovaleski, leur fabrique à prodige, leurs ennemis, alliés, affaires et ce sans ne jamais avoir eu à dévoiler son identité. Cependant, ces tourments ne s'appliquèrent pas à Soïli.

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