Chapitre 72 - Jour 121 - Jour 161

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« Jour 121 - Le garçon qui dormait beaucoup.
Il était une fois, dans un pays congelé, un garçon qui dormait beaucoup. Le garçon dormait tellement qu'on le voyait plus souvent entrain de dormir que d'être éveillé. Il se réveillait le matin, mangeait un bol de céréales et retournait se coucher jusqu'au soir pour souper avant de se rendormir en même temps que sa famille. Sa maman s'inquiétait beaucoup alors elle essayait de le réveiller, mais il dormait à poings fermés. Parfois, il ne se réveillait pas pendant deux ou trois jours alors elle devait lui donner à manger pendant qu'il dormait. Elle demanda de l'aide à plein de médecins : ceux du nord, du sud, de l'ouest et de tous les est. Tous disaient qu'il était soit très paresseux, soit qu'il faisait semblant et se réveillait en cachette. Un jour, elle fit venir le docteur de l'altitude, il dit d'abord que l'enfant était malade et l'osculta. Mais quand il vit qu'il n'était pas malade, il dit qu'il était paresseux et faisait semblant. Désespéré, la maman pleurait beaucoup en attendant que le garçon se réveille. C'était qu'elle n'avait pas d'autres enfants puisque son mari était parti pêcher un jour et avait congelé sur place. Depuis, elle était obligée d'attendre que les traîneaux de conserves passent pour avoir de la nourriture et elle s'ennuyait beaucoup parce que son fils dormait tout le temps. Un jour, le traîneau de conserves passa sans rien. Rien du tout : ni conserve, ni cocher, ni siège. Juste les rennes et la palette de bois sur des skis. Confuse, la maman se demanda si sa vue ne lui jouait pas des tours. Elle se frotta les yeux une fois, deux fois et à la troisième elle conclut que sa vue lui jouerait assurément des tours si elle continuait à se frotter les yeux. Alors elle laissa un bol de soupe chaude sur la table, ferma la porte à clé et monta sur le traîneau. Elle pensait qu'elle pourrait aller voir le docteur de la longitude qui habitait si loin qu'elle ne pouvait s'y rendre à pied. Cependant, à peine eut-elle pris la place du cocher, que les rennes se mirent à courir plus vite encore que n'importe quel lièvre blanc. Ils traversèrent la forêt des arbres géants, la forêt des arbres nains, celle des arbres fins, celles des arbres obèses et même celle de la longitude. Quand enfin, ils atteignirent la fin du monde où le vide menaçait, les rennes se mirent à voler jusqu'au ciel, firent demi-tour et atterrirent sur un nuage aussi moelleux que les premières neiges si elles ne fondaient pas, n'étaient pas faites d'eau et n'étaient pas trop froides. Là, la maman vit un palais immense, construit en nuages du crépuscule et de l'aube. Elle entra à l'intérieur, tout était très charmant et elle trouva la fée des rêves qui résidait là. La maman se mit à ses genoux. "Mon garçon dort beaucoup et je sais qu'il ne fait pas semblant et qu'il n'est pas paresseux ! — Je connais ton garçon, commença la belle fée, et je sais aussi qu'il ne fait pas semblant par paresse. Ton garçon n'aime juste pas le monde de l'éveil, il fait trop froid, la nourriture est fade et il s'ennuie. Il préfère dormir et rêver parce qu'il y a presque tout ce qu'il aime dans ses rêves. — Mais pourquoi est-ce qu'il se réveille si il y a tout ce qu'il aime dans ses rêves, demanda la maman en pleurant. — "Presque tout", rectifia la fée, il ne lui manque que sa maman. Mais maintenant que tu es dans mon palais, viens, transforme toi en rêve et ni toi, ni ton fils n'aurez de raisons de vous réveiller. — D'accord, répondit la maman." Et elle et son fils dormirent à jamais.
Morale de l'histoire : Il vaut mieux un bonheur illusoire qu'un malheur réel.
Soïli. »

« Jour 141 - L'écureuil qui parlait et le garçon au sous-sol.
Il était une fois, un écureuil qui parlait. Mais comme il était le seul de ses amis à savoir parler, personne ne le comprenait et il s'ennuyait beaucoup à parler dans le vide. Un jour, il décida de trouver quelqu'un avec qui discuter. Alors il se rendit en ville, là où les lumières brillent sans le soleil et où la fumée chauffe sans les volcans. Il parla aux adultes mais les adultes le prirent pour un petit diable, et quand il s'adressa aux enfants, les enfants se moquèrent de sa petite voix d'écureuil. Alors l'écureuil était très triste et il voulut rentrer chez lui. Mais à trop s'égarer dans le monde des hommes, il ne trouva pas le chemin pour retourner dans la nature. Condamné à vivre en ville, il passait son temps à errer jusqu'à ce qu'un jour, il tombât sur une petite fenêtre juste assez étroite pour qu'il pût s'y faufiler, et où la lumière était dorée. L'écureuil se précipita à l'intérieur et se retrouva dans un sous-sol tout petit et très encombré de toutes choses pas très utiles. Au milieu de ces choses, il y avait un garçon qui ne faisait pas grand-chose. "Pourquoi es-tu dans un sous-sol, demanda l'écureuil. — Je ne sais pas, répondit le garçon. Je suis né ici. Et toi alors, pourquoi est-ce que tu parles alors que tu es un écureuil ? — Je ne sais pas, je suis né comme ça." Le garçon et l'écureuil regardèrent la lumière dorée ensemble. "Tu ne penses pas que je suis un petit démon ni que ma voix est trop petite ? demanda l'écureuil. — Non. Et toi, renchérit le garçon, tu ne penses pas que mon sous-sol est trop encombré et que c'est bizarre de ne pas faire grand-chose ? — Non plus." Et alors le garçon et l'écureuil devinrent très bons amis et restèrent ensemble tous les jours. L'écureuil parlait et parlait et parlait et le garçon ne faisait pas grand-chose à part l'écouter et répondre aussi parfois. Mais un jour il fit très froid d'un coup, le garçon tomba malade et malgré toutes les choses qu'il y avait dans son sous-sol, il n'y avait plus de nourriture ni de médicaments. "Quand je vais mourir, commença le garçon malade, tu pourras me manger pour te nourrir. — Je n'ai pas besoin de te manger, répondit l'écureuil, je peux sortir, moi, pour aller me chercher à manger. D'ailleurs je peux aller te prendre pleins de médicaments et de nourriture. — Non, répondit le garçon, tu ne peux pas parce que les adultes te prennent pour un petit diable et que les enfant se moquent de ta petite voix. — Alors je vais mourir et te donner mon corps à manger ! s'exclama l'écureuil. — Ça ne me guérira pas et en plus tu es tellement petit que j'aurai encore faim après t'avoir manger et je mourrai de chagrin parce que je t'aime trop." L'écureuil pleura. "Ne pleure pas, lui défendit le garçon, on pourra se balader ensemble dans toutes les forêts quand je serai mort, parce que mon âme va sortir de mon corps et je serai aussi libre que toi. — D'accord, je ne pleure plus." Le lendemain, le garçon au sous-sol mourut et l'écureuil aussi parce que l'écureuil n'avait jamais existé tout seul.
Morale de l'histoire : La vérité ne sort pas de la bouche des enfants.
Soïli. »

« Jour 150 - Interview d'une célébrité.
"Veuillez acclamer... Soïli !" Applaudissements, rires, sifflements. J'entre sur le plateau, je salue le public, serre la main au présentateur et je m'assois sur le fauteuil face à lui en riant comme un riche.
"J'ai avec moi, aujourd'hui, le célèbre auteur de contes pour tout le monde, qui cartonne beaucoup en ce moment." Il se tourne vers moi. "Dites moi, Soïli Soïli, qu'est-ce que ça fait d'être prix Nobel de littérature, prix Nobel de la paix et prix Nobel de tout le monde entier ? Vous ne vous sentez-vous pas un peu au dessus de tout le monde ?" Rires, moi aussi je ris. "Non, plus sérieusement, Soïli Soïli, qu'est-ce qui vous a inspiré de faire vos deux contes les plus célèbres : le garçon qui dormait beaucoup et L'écureuil qui parle et le garçon au sous-sol ? — Eh bien j'avais très froid et je voulais mourir. — Wow ! C'est un peu glauque mais bon... vous connaissez les artistes ?" Rires. Moi aussi je ris. "Toute cette métaphore de la mort, de l'amour filiale d'une mère qui se suicide pour son fils tout de même ! Et l'amitié profonde entre deux êtres marginalisés... juste wow ! Quel génie ! — Je reste persuadé qu'il y a plusieurs lectures de mes contes et honnêtement, je les ai juste écrit comme ça, sans sous-entendu de suicide ou de marginalisation. — Donc vous voulez dire que vous avez écrit des classiques d'une seule traite ? — C'est ça. — Vous savez que vos contes sont étudiés dans toutes les écoles du monde entier, et vous dites que vous les avez écrit sans réfléchir ? — Oui. — Wow mais quel génie ! Moi quand j'écris sans réfléchir, c'est au lendemain d'une soirée bien arrosée pour supplier mon ex-femme de me laisser voir les enfants !" Rires. Moi je ris pas trop. "Après, je me trouvais dans une situation particulière où je n'avais rien d'autre à faire qu'écrire... n'importe qui dans ma situation aurait fait des chef-d'œuvres comme les miens. — Mais quelle modestie, quelle modestie ! Cet homme serait donc parfait ?" Rires. Là je ris bien fort aussi. "Enfin bon mais dites moi, Soïli Soïli, avez vous d'autres projets en cours ? — Oui, oui là je travaille sur un conte qui s'appelle le héros et le méchant. — Wow ! J'ai hâte de voir quel prix Nobel vous décrocherez cette fois ! Peut-être celui du plus bel homme du monde, qui sait ?" Rires. Je ris et tout le monde ris à en mourir.
Morale de l'histoire : Les bonnes choses ont aussi une fin.
Soïli tout court. »

« Jour 161- Le héros et le méchant.
Il était une fois, un homme qui devint un héros. Un jour, il avait marché par hasard dans un champs de neige et était tombé sur un petit enfant qui dormait comme un mort. L'homme l'avait ramené chez lui pour le réchauffer et il s'était avéré que le petit enfant était un ange tombé du ciel. "Tu m'as sauvé, dit l'ange, pour te récompenser, je vais accomplir un de tes souhaits ! — Je veux plein de boîtes conserves dont beaucoup avec des pêches au sirop." Alors il y eut tellement de boîtes de conserves chez l'homme qu'elles débordèrent dans la rue et dans toutes les rues du village. Et comme c'était une période où il n'y avait plus de nourriture nul part, tout le monde fut très très content. On sût très vite que les boîtes de conserves venaient de chez l'homme et alors on le surnomma "le héros". Depuis ce jour, dès que le héros allait quelque part, on l'acclamait. On s'habillait comme lui, les mamans le montraient du doigt à leurs enfants et leurs disaient "prend exemple sur le héros et soit un bon fils !" Et tout le monde aimait le héros.
Un autre jour, le héros se rendit dans un autre champs enneigé et il retomba sur un enfant qui dormait comme un mort. Il le ramena chez lui et l'enfant qui était en fait un ange lui dit : "Tu m'as sauvé, merci beaucoup ! — Je n'ai pas le droit à une récompense ?" Et alors l'enfant se mit en colère "Quoi ! gronda-t-il, tu aides ton prochain de façon intéressé ? Pour la peine, tu seras puni et tout ton village aussi !" L'ange était en fait un petit diable. Il priva tout le monde de ses boîtes de conserves et s'envola. Très vite, on apprit que les conserves avaient disparu à cause du héro et on lui brûla sa maison. À compter de ce jour, on surnomma le héros, "le méchant" et on le mangea pour passer l'hiver.
Morale de l'histoire : Gentillesse ou méchanceté, tout n'est que hasard. Il n'y a que l'acte de manger qui est intentionnel.
Soïli. Je ne pense pas remporter un prix Nobel avec ce truc mais bon, j'ai rempli ma page au moins. »

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À suivre...

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