Chapitre 67 : S'oublier pour mieux pardonner

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Soïli savait que ses désirs n'avaient rien de vitale, qu'il pouvait survivre sans les lèvres d'Isaac puisque leur besoin était né artificiellement ; pourtant leur absence inscrivait un vide en lui qui le consumait un peu plus chaque jour. Le goût du whisky, le parfum du charbon grillé, le bruit ininterrompu du train qui enflamme ses rails, rien de tout cela n'était naturel, tout avait été provoqué de la même façon que leur rencontre, à savoir, par l'ambition humaine. Pourtant, il se déclarait aussi des courants d'air qui les séparaient de temps à autres, le primitif besoin de sentir un corps dans son état le plus vulnérable, et les battements agités du cœur. Là se cachait tout le paradoxe de ses sentiments immoraux : leur essence avait été provoqué mais leur existence demeurait naturelle.

Avide de contact, Soïli glissait ses doigts sur la nuque d'Isaac tandis que ce dernier, les mains sur sa taille, faufilait les siens sous son haut. Il empoignait cette peau brûlante, mû par l'impatience du désir. Puis lorsqu'il eût interrompu ses pleurs, Soïli posa un pied au sol et, sur un accord commun, ils se déplacèrent sur le lit et un tourbillon d'excitation dicta leurs mouvements.

- Es-tu ivre ? souffla Isaac entre deux soupirs.

- Non.

Il imprimait encore de nombreux baisers sur les lèvres pouponneuses de son protégé avec cette frénésie qui témoigne davantage d'une taquinerie que d'une inclination purement licencieuse. Dans les légers gémissements de Soïli, s'infiltraient des rires avortés à la seconde où le charnel reprenait le dessus.

- Je te veux entièrement cette nuit, alors réfléchis bien à ta réponse.

Sauf que le garçon se trouvait déjà loin. Bien qu'il n'eût pas eu le temps de goûter au whisky, il ne pouvait affirmer qu'il possédait toute sa force de jugement. Soumis à tant d'envie, son esprit ne pouvait se trouver complètement limpide. Il lui semblait souffrir d'une sorte de soif qui lui prenait au corps au point de le rendre fou. Donc il avait beau visualiser toutes les raisons pour retourner dans sa chambre, elles devenaient dérisoires face à cette souffrance que seul Isaac pouvait effacer.

- Tu peux continuer, marmonna-t-il.

Alors qu'il accueillait le Kovaleski dans son cou, la respiration tremblante, Soïli souleva son haut dans l'espoir de révéler cette blancheur rugeuse et uniforme. Isaac se redressa pour se débarrasser de son vêtement puis lui revint immédiatement.

Les mains du Kovaleski opéraient sur le corps de son protégé en un touché linéaire et rythmé. Elles s'attardaient souvent sur le bas de son dos, au niveau exacte de sa cambrure comme pour éveiller de certains réflexes que lui seuls avait enregistré ; le long de son tatouage en hangul, qu'il tentait de barrer afin d'en chasser le sens, et sa poitrine dont il avait développé la sensibilité. Ailleurs, Soïli demeurait si docile et complaisant dans ces gestes qu'il cherissait tant, qu'il ne pouvait situer précisément le moment où Isaac lui avait débarrassé de son débardeur. La sensation de fraîcheur avait été si vite remplacée par celle affectueuse des lèvres au goût alcoolisé, qu'il l'avait oublié dès qu'elle s'était installée.

Isaac embrassait chaque centimètre de sa peau à la façon dont on engage un baiser : décomposé, lent puis possessif. Puis il voulut s'attaquer à l'extrême sensibilité. Il la provoqua d'abord en baisant l'intérieur des cuisses, remonta doucement et en traînant sa peau sur celle de plus en plus tremblante. Soïli s'enfonçait déjà dans les draps, d'impatience et d'appréhension. Son imagination se calquait au physique, l'idéalisait, l'espérait et s'y préparait comme pour Le retour tant attendu. Enfin ses doutes furent évincés et il perdit son souffle. Sa main empoigna d'abord le drap avec désespoir tandis que ses poumons gonflaient plus que ne se vidaient.

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