Chapitre 6 : L'art de l'artifice

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Assis près de la fenêtre du bus, la tête reposée sur la vitre, Soïli fermait les yeux pour rattraper quelques minutes de sommeil.

Ce jour-là, il avait passer la veille - ou plutôt la matinée - à s'entraîner avec Artième. Le fait était que la saison des tournois débutait deux semaines plus tard. Alors les entraînements au claire de lune s'étaient intensifiés drastiquement de façon à ce que Gessner soit prêt pour le jour j.

À la suite de la routine habituelle des combattants, les juniors étaient montés dans un van noir aux vitres tintées afin de se rendre à l'arène. Soïli les avait naturellement suivit, néanmoins, il ne savait pas réellement ce que cela impliquait. Il aurait souhaité se placer aux côtés d'Artième afin qu'il puisse l'éclairer, cependant Minam ne le lâchait pas d'un pouce. Et alors, il s'était retrouvé coincé entre son colocataire et la portière inconfortable.

À la seconde où le véhicule s'arrêta, les juniors se ruèrent vers l'extérieur, se poussant entre eux et manquant, à de nombreuses reprises, de faire tomber le nouveau.
D'un seul mouvement de foule, ils se précipitaient vers une lourde porte double en métal.

Soïli, entraîné maladroitement par l'élan, eut à peine le temps d'observer le bâtiment dans lequel il se faisait emmener. Des briques rousses parfaitement empilées et séparées par un impeccable ciment blanc s'élevaient dans le ciel à une centaine de mètres, voilà tout ce qu'il eût le temps de constater avant de s'engouffrer dans ce bâtiment inconnu.

Ils longèrent un large couloir rendu étroit par le nombre de personnes qui l'empruntaient, jusqu'à déboucher dans une immense salle qui avait tout l'air d'un vestiaire. Confus, mais ne voulant rien laisser paraître, Soïli se plaça face à un casier et voulu l'ouvrir lorsque l'on le bouscula nonchalamment afin de prendre sa place. Il voulait rétorquer quelque chose mais, ne sachant quoi, se contenta de fusiller son agresseur du regard en serrant la mâchoire. II s'agissait d'Eli, un des meilleurs combattants de sa catégorie. Soïli avait eu le malheur de se trouver face à lui dans l'octogone, une fois, et leur affront n'avait pas duré plus de cinq minutes avant qu'il se retrouve à mordre la poussière.

Plus grand, plus robuste, le teint bronzé et les cheveux aussi sombres que ses pupilles couleur charbon dont on voyait à peine la moitié à cause de ses mono-paupières, Eli le fixa du coin de l'œil, narquoisement, avant que ses lèvres ne s'étirent pour afficher une mine dégoûté.

- Tu comptes rester là longtemps ?

Soïli serra ses poings et tourna les talons afin de se rendre face au seul casier de libre, pile face à la porte d'entrée. Il l'ouvrit, s'attendant à trouver un uniforme, mais rien. Autour de lui, tout le monde commençait déjà à s'habiller d'un seul et même vêtement tandis que lui ne s'était même pas encore dévêtit. Il s'était dit que, puisque personne ne lui avait expliqué quoi que ce soit à propos de la tenue à avoir, ce devait certainement être parce qu'il n'y avait pas d'explication à donner. Il avait pensé qu'il pouvait deviner seul en analysant et observant autour de lui ; néanmoins, il s'était trompé.

Il ne voulait être dépendant de personne, ne rien devoir à personne et se débrouiller seul pour que personne ne puisse - à un moment ou à un autre - lui réclamer la monnaie de sa pièce. Cependant, entre perdre un peu de fierté en demandant à Artième ce qu'il devait faire, et se faire humilié publiquement en étant le seul junior à ne pas s'être changé en temps et en heure, le choix était vite vu. D'autant plus que Gessner s'était déjà assez fait remarqué comme ça, et dès son premier jour.

Il s'apprêtait donc à opter pour la meilleure solution, lorsque la porte d'entrée s'ouvrit pour laisser place à... une femme ? pensait Soïli. De sombres cheveux courts et bouclés, des yeux bridés et lasses camouflés subtilement par des lunettes à la monture dorée et des lèvres rosées en forme de cœur, elle était simplement vêtue d'une brassière et d'un short de boxe.

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