Cependant, en arrivant à Édimbourg, Soïli dut d'abord consulter Isaiah. Ce dernier ne se trouvant ni au manoir, ni dans un lieu public, le garçon fut forcé d'aller lui rendre visite directement chez lui, soit dans un appartement avec vu sur le château. À l'instar de celui de Sondheim, l'endroit possédait de hauts plafonds aux moulures romanesques, un grand séjour ainsi qu'une cuisine ouverte. Seulement, des étagères de chaussures remplaçaient les bibliothèques et des portes-manteaux encombraient le passage. Il n'y avait ni bureau, ni chambre, la cuisine semblait figée dans une perpétuelle propreté, seul un immense lit duquel dégoulinaient des couettes de plus en plus déliées meublait le dressing.
Ce fut justement sur ce dernier que Soïli trouva Isaiah, étendu dans toute sa longueur avec pour unique vêtement un peignoir en soie bleue, les cheveux volant et le visage lasse. Il faut préciser que les rideaux étaient tirés, qu'il s'agissait du jour de repos du cadet et qu'il était à peine midi. En temps normal, Gessner n'aurait jamais pris le risque de pénétrer chez son supérieur en ces conditions, néanmoins il se trouvait dans une situation bien désagréable : il ne pouvait rejoindre Isaac juste après son escapade à Londres sous peine de contrarier Isaiah qui le détestait mais il trépignait d'impatience de retrouver son parrain afin de l'interroger sur Shun.
Le Kovaleski se redressa bien péniblement, se tenant douloureusement la tête avant d'encrer son regard sur l'allure impeccable de Soïli. Ce dernier frissonna, redoutant. Il n'osait bousculer ne serait-ce qu'une seule molécule d'air par crainte d'ajouter à ses torts. La pièce demeura ainsi figée, tendue, lorsqu'Isaiah soupira un rire fatigué pour amorcer :
— Comment se porte mon petit fugueur ?
Soulagé, Soïli sourit à son tour.
— Bien et vous ?
Le blond haussa les épaules et reprit son sérieux.
— Parle.
Gessner exposa ainsi son projet de sponsoriser Valhalla, le présentant comme un moyen, pour les Kovaleski, d'avoir une emprise dans le secteur musicale en dehors de leur contrat avec Sinclair. Ainsi, lors de leurs trop nombreux différends, ce dernier ne pourra les faire chanter dans ce domaine puisqu'ils seront irréprochables aux yeux de la loi. C'est à dire (défendait Soïli) que, jusque là, Kovaleski et Sinclair marchaient sur un pied d'égalité avec leur boîtes de concerts invisibles, l'un tenant l'autre par la gorge en cas de trahison.
Cependant, en investissant dans un groupe prometteur qui gagne les faveurs du public et de la presse, les Kovaleski obtiennent un avantage considérable sur Sinclair puisque dans le cas où les boîtes tomberaient, les Russes ne perdraient pas tout contact avec le show business grâce à ce groupe.
— C'est plutôt absurde, trancha Isaiah. Mais puisqu'il s'agit de ton argent, fais-en ce que tu veux à ton nom tant que tu me donnes la moitié de tes bénéfices.
Puis il s'apprêtait à congédier Soïli lorsqu'une pointe d'inquiétude ou plutôt une lueur d'excitation lui traversa le regard.
— Par contre, Choudarhy, il va falloir que nous rendions une petite visite au patron du Rockporn pour nous garantir les droits sur chaque membre du groupe.
Ensuite Isaiah fit promettre à Soïli qu'ils dineraient ensemble le soir même (pour une raison qui échappait à ce dernier) et le garçon put s'en aller trouver son parrain. La mission se présenta plus rude qu'il ne l'espérait, Isaac étant absent au manoir et aucun membre du personnel en capacité de lui informer sa location. Gessner se rendit donc au seul endroit qui constituait un havre de paix pour son parrain, à savoir, l'appartement à la Queen Street. Bien qu'il ne possédât plus les clés depuis qu'il avait décidé de mettre fin à sa colocation avec Isaac, Soïli monta tout de même jusqu'au dernier étage, après qu'un voisin lui eût ouvert la première porte.
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Hédonisme
ActionÉcosse 1950 : Alors que l'économie du pays chute drastiquement pour plonger la population dans la misère, un nouveau système illégal se met en place. Né de la rage des banlieusards et des anciens combattants envers l'État dépendant de l'Angleterre...
