Chapitre 71 : Jour 91 - Jour 120

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« Jour 91- L'été.
Ça y est, l'été est arrivé. Enfin je crois que cette chaleur un peu fraîche est ce qu'on appelle "été" ici. La glace fond, la neige fait de la boue, les arbres craquent, il y a des bruits partout et la nuit ne tombe jamais. À chaque fois que je vais me coucher, le soleil est encore là. Il y a une lumière un peu grise, parfois verte qui envahit la pièce. J'ai essayé de faire des rideaux avec mes vêtements pour boucher la lumière mais ça marche pas très bien. Je crois que je vais devenir fou, je passe mon temps à me réveiller dans la "nuit", je sais jamais si le soleil vient de se coucher ou de se lever. Les jours sont interminables. La dernière fois, je pensais m'être réveillé à l'aube. J'ai commencé à m'exercer et petit à petit, la lumière baissait. J'ai compris que c'était censé être la nuit et que j'avais pas dormi du tout, enfin très peu. Donc j'espère que je compte les jours correctement. Mon seul vrai repère, c'est le soleil au zénith.
Comme la glace fond, il y a de l'eau qui transperce le parquet de la cabane. Ça fait de la boue et j'ai beau éponger le sol, le nettoyer et tout, rien à faire, ça ne va pas s'arrêter tant que tout n'aura pas fini de fondre. L'air est humide aussi. J'ai beau prendre des bains, j'ai l'impression d'être poisseux et quand je vais dehors, le froid est encore plus désagréable. Il fait pas chaud au point de sortir sans manteau, mais sans chapka c'est possible. Sauf que très vite, on a l'impression que l'humidité pénètre toutes les couches de vêtements et, à la différence du froid sec, c'est franchement désagréable. J'ai parfois l'impression qu'il fait plus froid que quand il y avait de la glace partout. Il y a aussi des bruits bizarres qui s'échappent du sol. Ça a un bruit de quelque chose qui bout mais je sais que c'est pas vraiment ce qu'il se passe. L'air a une odeur de terre renfermée, moisie. Il y a de la boue et je crois qu'il doit il y avoir un ruisseau ou une rivière pas loin parce que j'entends le bruit de l'eau. Ça faisait un moment que j'attendais que ça se réchauffe (depuis mon arrivée en vrai), mais là je commence à détester l'été. Je peux pas vraiment dire que c'est pire que l'hiver, enfin le printemps, mais ça me paraît plus compliqué. Avant, il fallait juste manger, dormir et faire du sport pour pas s'ennuyer, mais maintenant il faut aussi se concentrer pour savoir si c'est le matin ou le soir, faire le ménage deux fois par jour et, maintenant que j'y pense, je vais devoir trouver un autre endroit où me ravitailler en eau. Avant, j'avais de la neige devant la cabane, mais il y en a de moins en moins et elle est sale et les reserves que j'ai ne tiendront pas longtemps.
Soïli. »

« Jour 96 - L'enfer sur terre.
Il y a des moustiques. Ils ont pris du temps à arriver par rapport au dégel mais je m'en suis vraiment rendu compte lorsque je suis allé jusqu'à un ruisseau pour aller chercher de l'eau. Je marchais depuis un petit moment, quand je me suis mis à entendre des bzzzz partout. Je pensais que c'était les arbres, les feuilles ou le vent, enfin j'espérais que ce soit ça. Mais pas du tout. Il y a bel et bien des insectes partout, qui me tournent autour tout le temps. Ça fait comme un nuage de fumée autour de toi et ça pique pas vraiment, ça mord ! Ça me grattait et me brûlait tellement et je pouvais pas rentrer puisqu'il me fallait vraiment de l'eau. Je suis arrivé au ruisseau et je me suis littéralement noyé dedans pour les éviter. L'eau était trop froide, et dès que je sortais la tête, les moustiques revenaient me piquer. J'ai dû en noyer quelques uns mais il y en avait tellement. Je penses que j'ai failli mourir noyé ou étouffé. J'avais beaucoup de mal à respirer, j'avais froid, j'étais trempé, mes vêtements aussi. J'ai rempli le sceau d'eau, je suis rentré aussi vite que je pouvais en ayant froid, faim et le corps en feu. En rentrant, il y avait encore des moustiques, mais moins grâce au poêle. J'ai mis de la graisse sur mon visage et mes mains (là où j'ai été piqué), et j'ai mangé en restant collé au feu. Je pense que la prochaine fois que je sortirai, ce sera avec un t-shirt sur la tête, la peau imbibée d'huile, et une torche enflammée pour brûler ces salopards.
En parlant des trucs qui vivent, il y a aussi des renards qui rôdent. Ils me regardent de loin, mais un jour, pendant que je dormais, j'ai entendu un bruit dans la cabane. Je me suis réveillé d'un coup et j'ai juste eu le temps de voir un petit truc roux filer par la fenêtre. Je la laisse parfois entrouverte le soir, quand le poêle (que je peux pas éteindre à cause des insectes) est trop chaud. Bref, je pense que c'était un renard. La cabane était dans un bazar pas possible, mes feuilles avaient volées partout. Donc heureusement que je les numérote parce que j'ai pas que ça à faire que de lire près d'une centaine de pages pour trouver laquelle va avant l'autre. Enfin peut-être que si, j'ai vraiment rien de mieux à faire mais je dois déjà me battre contre le jour, la nuit, l'humidité, le froid, les moustiques et les renards, donc si en plus je devais m'infliger les stupidités que j'écris, je finirai par mourir de dégoût.
Soïli. »

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