Chapitre 56 : Inspiration caligulienne

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   Soïli finit de s'habiller à l'avant de la voiture de Sondheim, s'appliquant au mieux à essuyer son corps humide de sueur, d'eau et de sang, tandis qu'Isaac se dirigeait vers le quartier des affaires. Là, immobile, les douleurs craniennes de Gessner reprirent de plus belles, couplées à la pensée de reprendre son service. La jambe agitée, des frissons glacés lui sillonnant les muscles, il croyait perdre la tête de rage. Il n'était pas encore prêt. Il ne voulait pas.

Une main se glissa dans sa nuque. Contact qu'il avait toutes les raisons de vouloir rompre, punir. Et pourtant, en reconnaissant les doigts lisses et froids de Günther, il se détendit. Ses paupières se baissèrent seules, son souffle se régularisa et il put faire le vide dans son esprit.

Une seconde plus tard, ils se trouvaient devant le bâtiment principal des Kovaleski. À première vue, rien ne semblaient s'y être passé, cependant il suffisait de prendre le premier ascenseur pour remarquer une fissure sur un miroir toujours impeccable. Isaac pressa les deux derniers boutons et Soïli le surprit à s'échauffer les doigts juste après qu'il eût murmuré :

   — La majorité a déjà du atteindre le dernier étage alors tu sortiras avant moi.

Soïli acquiesça, encra son regard sur les portes et tira ses deux canifs des poches de sa veste, avant de se précipiter vers la sortie à l'instant où ils atteignaient l'avant dernier palier. Lorsque sa lame transperça le premier homme, il se sentit comme pousser des ailes. Il sillonait les murs à toute vitesse, à la recherche d'un adversaire à l'uniforme de Sinclair, le regard stable et le souffle court, dansant parmi les couloirs en semant des flaques sur son passage. Il se trouvait quelque chose de jouissif dans son exercice. Quelque chose de l'ordre de la liberté pure, du déchaînement. Il s'agissait là de la chose la plus absurde qu'il ait pu faire de sa vie, mais il l'accepta dans toute son incohérence.

Les murs tournaient autour de lui selon qu'il s'élançait sur une cible ou tombait en un fracas. Peut-être avait-il du prendre une centaine de coups entre le moment où il avait quitté Isaac et celui où il trancha sa dernière gorge, cependant il se trouvait comme trop haut pour les sentir. Comme s'il avait pris une de ces drogues qui effacent les connections nerveuses, ou bien qu'il se trouvait dans un rêve où sa chaire appartenait à quelqu'un d'autre. En bref, il prit trop de temps pour réaliser le contact d'un canon sur sa tempe, alors qu'on le maîtrisait au sol.

Il se débattit donc quelques secondes de trop, qui auraient largement suffit à lui exploser la cervelle si telle était l'objectif des employés. Cependant, ils se contentèrent d'abaisser le chien du révolver afin de prouver de leur sérieux. Soïli se figea en même temps que le bruit métallique raisonna dans le fond de son crâne, pour venir secouer sa raison et stabiliser ses muscles. Son regard s'arrêta sur l'entrée du bureau du directeur de l'étage, et il ne put rien faire d'autre qu'observer des hommes le dévaliser pour mettre le reste des documents dans des cartons.

Il avait beau réfléchir à un moyen de se sortir de cette situation, Soïli ne put rien trouver. Alors il pria, non pas pour sa vie mais pour qu'on ne l'emmenât pas dans un quelconque sous-sol pour lui faire cracher des informations qui lui coûterait la vie de Shun. La joue déformée par le carrelage froid, il attendit, espéra le réchauffer de son intérieur, lorsqu'on le relâcha et s'éloigna toujours en le pointant de leur arme. Le garçon les fixa s'en aller, impuissant et redoutant déjà le sermont d'Isaiah.

Il resta au sol quelques minutes supplémentaires, l'adrénaline retombant d'un seul coup. Le poids de ses efforts allourdit ses membres et lui échauffa le crâne, alors qu'il se retrouvait contraint à rester allongé. Les lumières artificielles se dédoublaient ou se tintaient de tâches noires, son souffle se perdit dans l'air et il aurait bien pu perdre connaissance si le son tintant de l'ascenseur ne s'était pas confondu avec celui annonciateur du gaz. Ainsi, Soïli se releva tant bien que mal, chancelant sans pouvoir prédire exactement à quelle distance de ses pieds se trouvait le sol, se frappant le crâne comme pour remettre ses idées en place et se berçant du son râpeux de sa lame contre le mur.

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