La Cérémonie commence doucement, avec les époux Vespérals qui fouettent lentement un à un de chaque soumis attachés devant eux.
Ils sont six en tout. Trois hommes et trois femmes, avec des âges allant d'une trentaine d'années à une cinquantaine. Tous entièrement nus et silencieux.
Deux sont attachés à des croix de Saint-André, un est suspendu la tête en bas en mode Shibari, deux attachés par les mains au plafond, l'un avec des cordes et l'autre avec des chaînes, et enfin Verte est simplement debout attachée à un piquet de bois.
Tous sont au centre de la Grande Salle sur une petite plate-forme légèrement surélevée afin que tout le monde puisse apprécier chaque instant.
Antigone se sent mal à l'aise à l'idée de regarder ce spectacle. Pire encore, elle a peur d'apprécier, d'être hypnotisée.
Après les coups de fouets, les sévices vont crescendo.
Cire chaude pour certains, glaçons pour d'autres. Privation de la vue ou de l'ouïe. Pinces sur le corps, en particulier les seins ou le sexe. Tirages de cheveux, claques, électricité, étranglements. Humiliations verbales et physiques. Canne, badine, paddle, martinet, fouet, cravache... tout y passe.
Tout à l'exception d'une chose: le sexe en lui même. Ni le mari ni la femme ne se déshabillent une seule fois, même partiellement. Pas de fellation, pénétration ou autre. Même pas d'insertions d'objets.
Antigone en est presque soulagée même si surprise.
Ses yeux passent sur chaque soumis, mais elle regarde surtout Verte, qui reste constamment calme et presque sereine. Elle subit en silence. Elle a mal, cela se voit, mais elle tente le moins possible de le montrer. Diane s'acharne pourtant particulièrement sur elle, sans doute pour rappeler à Césaré que normalement c'est Antigone qui devrait être à sa place. Mais toujours Verte ne faiblit pas. Elle veut rendre fière son Maître, et cela fonctionne.
Ignis la fixe avec un léger sourire aux lèvres. Un sourire qui prouve à quel point il est heureux et fier.
Antigone aimerait voir un jour cette expression sur le visage de Césaré, mais elle sait également que pour l'instant c'est plutôt mal parti.
Elle regarde du coin de l'œil Césaré, qui est happé par le spectacle. Une expression sévère plane sur son visage et Antigone ne peut s'empêcher de remarquer à quel point il est beau. À quel point son visage est parfait. À quel point elle veut l'embrasser...
Soudain elle est violemment sortie de ses pensées par un brusque mouvement de foule vocal. Des « oh! » choqués se font entendre suivis de messes basses indignées.
Elle essaye de comprendre ce qui vient de se passer pour provoquer un changement d'attitude aussi brutal de la part des convives.
Tous les regards sont portés vers l'un des hommes sur une croix de Saint-André. Face à lui, Diane, les yeux plissés. Elle est en colère, mais sans attendre elle claque deux doigts et aussitôt deux autres soumis montent sur l'estrade et viennent détacher l'homme. Ce dernier, tremblant, descend et va rejoindre sa Domina.
Antigone se tourne vers Césaré et le regarde intensément, l'interrogeant du regard pour qu'il lui explique ce qu'il se passe.
Il soupire tristement et répond à ses interrogations à voix basse:
-Il a utilisé son safeword.
Ce n'est pas suffisant pour la jeune femme qui veut en savoir plus. Il poursuit donc:
-Il vient d'humilier sa Maîtresse. Les règles sont les règles. Diane n'a pas discuté une seconde pour le laisser en paix, mais néanmoins, les conséquences sur la Domina de ce soumis se feront largement sentir. Elle a prouvé qu'elle n'était pas une Maîtresse digne de ce nom, encore moins méritante d'être invitée ici. Elle ne l'a pas suffisamment dressé, il n'était pas prêt, par sa faute.
Antigone avale sa salive avec difficulté, si elle avait été à sa place elle aurait sans nul doute utilisé également son safeword et par conséquent aurait humilié Césaré. Lui faire honte est la dernière chose qu'elle souhaite, elle ne le supporterait pas.
Mais heureusement la question ne se pose même pas, puisqu'Ignis l'a sauvée de cette situation en envoyant Verte à sa place, qui d'ailleurs de toute évidence s'en sort bien. Elle ne l'en remerciera jamais assez.
Monsieur Vespéral lève les mains pour calmer la foule indignée:
-Je vous comprends, je vous comprends... Mais ne gâchons pas notre cérémonie à cause de ce léger contre-temps, cela n'en vaut pas la peine. Poursuivons comme si de rien n'était voulez vous.
Diane avance d'un pas:
-Oui. Poursuivons. Mais maintenant il nous manque un participant. Il va nous falloir un remplaçant...
Et tout en parlant, les yeux de la femme viennent se poser avec lenteur sur Antigone, qui comprend à la seconde que cette fois, rien ni personne ne pourra la sauver.
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Antigone
Storie d'amore« Mais la véritable question est: aimez vous les choses particulières?... » -2019-
