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La chambre était silencieuse, presque étouffante. Assis sur son lit, Sora restait immobile, les mains posées sur ses genoux comme deux fragments de marbre. Sa respiration était lente, mesurée, un effort pour ignorer la lourdeur qui s'appesantissait sur ses épaules.
La porte s'ouvrit brusquement, tranchant le calme comme une lame.
La Trinité entra en premier, chacun de ses membres projetant une ombre longue et oppressante sur les murs. Logan ferma la marche, silencieux mais imposant, comme un gardien taciturne. Le son des pas se fit sourd sur le sol de tatamis, rythmé et calculé, jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent en demi-cercle autour du lit.
Seren s'avança sans un mot, s'agenouillant devant Sora. Ses doigts s'élevèrent et vinrent encadrer le visage de l'oméga. Il le tourna doucement, de droite à gauche, comme s'il examinait un objet précieux pour y déceler le moindre défaut.
_ Je vois que tu n'as pas pleuré, souffla Seren, sa voix douce mais tranchante comme du verre poli. C'est réjouissant.
L'oméga ne répondit pas. Ses yeux gris, froids et vides, fixaient un point invisible au-delà des épaules du Grand Mâle. Il refusait de céder, de montrer ce qui se brisait derrière son calme.
Sans plus de commentaires, Aaron tendit la jambe articulée au Grand Dominant. Le silence redevint pesant alors que Seren la prenait avec une minutie presque religieuse. D'un geste lent, il écarta les pans du kimono de Sora, soulevant avec précaution les différentes couches de tissu. Ses mouvements étaient calculés, mécaniques, mais étrangement délicats, comme s'il redoutait d'abîmer la porcelaine qu'était devenu le corps de l'avorton.
Lorsque la cuisse dénudée et estropiée fut dévoilée, l'air sembla devenir plus épais, plus difficile à respirer. Sora ressentit une gêne crue, presque intime, alors que les doigts de Seren effleuraient sa peau nue. Il serra imperceptiblement les poings, mais ni le Grand Alpha, ni Aaron ne commentèrent ce geste. Ils savaient sa gène mais il ne servait à rien de s'y opposer.
Avec une patience chirurgicale, le Dominant positionna la prothèse. Le cuir des lacets crissa légèrement tandis qu'il les resserrait autour du moignon, s'assurant que chaque centimètre de la jambe mécanique s'ajustait parfaitement. L'oméga sentit la laine du cocon caresser la chair sensible, une sensation étrange entre la brûlure et l'apaisement. Mais il ne broncha pas. Pas même quand le Grand Lycan ajusta une dernière fois les lanières avec une force douce, comme pour sceller son emprise.
Une fois terminé, il replaça les couches de vêtements avec soin, ses gestes presque tendres, comme un père habillant un enfant avant un sacrifice.
_ Debout.
Sora hésita une fraction de seconde, puis obéit. Il se redressa, d'abord bancal, le poids de la prothèse déséquilibrant son centre de gravité. Mais le Grand Alpha resta impassible, patient. L'oméga finit par trouver son équilibre, les muscles de ses jambes tendus, comme s'ils se préparaient à céder.
La Trinité s'activa aussitôt autour de lui. Aaron se pencha pour ajuster les plis du kimono, redressant un col, lissant le bas du vêtement. Chaque geste était précis, presque cérémoniel. Le silence pesant n'était rompu que par le froissement des tissus et les respirations discrètes.
Sora sentit le regard de Kenneth peser sur lui, brûlant comme une lame invisible. Le Gardien des Armées ne disait rien, mais sa présence vibrait d'une autorité menaçante, une conviction qu'il n'avait même pas besoin d'exprimer.
_ Parfait, finit par dire Aaron, se redressant et reculant d'un pas pour admirer son œuvre.
Alors le Grand Alpha tendit la main vers son second et il ne se soucia pas si son geste avait été compris que le Gardien du Savoir y plaçait une large boite.
_ Un cadeau pour toi, Sora, dit Seren, sa voix grave résonnant comme un glas dans la pièce.
De la boîte, il sortit un collier massif, sombre et oppressant. Sa surface semblait absorber la lumière, tandis que de lourdes pierres précieuses, serties avec une brutalité presque primitive, produisaient un tic-tic inquiétant à chaque mouvement.
_ Si jamais l'envie te prend de nous murmurer une petite sérénade, reprit-il, je te conseille d'y réfléchir à deux fois. Le voltage est crescendo. Un crescendo douloureux. Tu serais surpris de sa puissance. Je t'invite à ne pas tester ses limites.
La menace était claire et presque élégante dans sa cruauté.
Aaron s'avança dans le dos de Sora, tenant fermement les extrémités du collier tandis que l'oméga restait immobile, ses épaules rigides comme du granit, même lorsque le métal glacé entra en contact avec sa peau nue. Le froid mordit sa chair, et le poids du bijou s'abattit sur lui comme une sentence.
Aaron referma le fermoir d'un geste sec. Le son du clic résonna dans la pièce, final et sans appel.
Les mains de l'Érudit glissèrent sur ses épaules, réconfortantes, bien loin de l'image de ce qu'il venait d'accomplir.
_ Ton destin est scellé, murmura t'il. Ne tentes pas de l'enlever, tu dois être conscient pour l'Union.
Le sourire cruel perçu dans sa voix n'étonna pas le jeune homme, pas après ce qu'il avait fait plus tôt à Call et en cela, il n'y avait pas de problème. Leur relation malsaine était basé sur un jeu de pouvoir et de Domination, à celui qui serait le plus rapide dans sa cruauté.
Le poids de l'objet semblait démesuré, pas seulement par sa matière, mais par ce qu'il symbolisait : la contrainte, l'humiliation, la Domination absolue. A ces pensées, Sora vacilla un instant, un genou presque prêt à céder, mais il se rattrapa.
_ Redresse-toi, Ordonna Seren d'un ton tranchant, sans la moindre compassion. Tête haute.
L'oméga obéit, les mâchoires serrées, ses muscles tendus sous le kimono parfaitement ajusté. Le Grand Alpha l'observa, les yeux perçants, presque amusés par sa lutte silencieuse pour rester droit.
_ Nous avons pris soin de toi, Sora. La tenue est lourde, mais cela était prévu. Seren désigna le col du kimono d'un geste presque paternel. Nous t'avons finalement épargné le port d'une perruque. Une attention délicate, tu en conviendras. Ta nuque n'aurait pas supporté le poids supplémentaire.
Kenneth, resté toujours en retrait, lâcha un léger rire rauque. Il n'y avait ni humour ni amusement, seulement un plaisir cruel. Ses yeux, gorgés de glace et perçants, restaient fixés sur Sora comme ceux d'un prédateur guettant la moindre faiblesse.
Mais l'oméga ne répondit pas. Sa gorge resta nouée, ses lèvres figées dans cette ligne rouge sang et silencieuse tandis que ses yeux, gris et vides, brûlaient d'une lueur sourde.
Aaron, lui, se contenta de le fixer avec une satisfaction non dissimulée, comme on regarde un oiseau brisé incapable de s'envoler.
_ Parfait tu es prêt, conclut Seren. Maintenant, marche.
Le silence retomba, étouffant, alors que le tic-tic des pierres vibrait à chaque infime mouvement de Sora. Un rappel cruel de qui tenaient les rênes, et qu'une seule fausse note suffirait à le détruire.
Seren, toujours à proximité, fixa Sora une dernière fois, ses yeux cherchant quelque chose d'indéfinissable sur son visage.
_ Amène-le, ordonna le Grand Alpha simplement.
Aaron s'avança, son ombre glissant sur Sora qui sentit un frisson parcourir son échine. Il lui présenta son bras, mais comme l'oméga ne bougeait pas, un raclement de gorge suffit à la ramener à la raison. D'un bras tremblant plus qu'il ne l'aurait voulu, il tendit le membre et se saisit de la main de l'Érudit.
La porte s'ouvrit lentement, laissant filtrer un courant d'air frais. Le parfum des lys, encore présent, semblait s'accrocher à Sora, un rappel macabre de ce qui l'attendait au-delà de la pièce.
Ses yeux glacés fixèrent droit devant, sans trembler car aujourd'hui, il ne plierait pas.
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Ouroboros
Loup-garouTout ce que souhaitait Sora c'était vivre une vie normale et être utile aux autres. C'est pourquoi, une fois le diplôme de Sage Femme en poche, il prévoyait de s'exiler au Canada pour y exercer son métier et pourquoi pas, un jour, de faire le tour d...
