Première fois.
Aaron.
*
Je suis un dompteur.
Un dompteur de bêtes féroces.
Lorsque vous êtes pris en chasse par l'une d'elles, deux solutions s'offrent à vous :
Vous courbez l'échine.
Ou vous l'affrontez.
J'ai choisi un autre chemin. Je vais l'étudier.
Sora.
*
Il était prêt. Anxieux, tétanisé par l'angoisse... mais prêt.
C'était étrange de voir à quel point la relation entre Sora et ses bourreaux avait évolué depuis la séance de torture infligée par Kenneth.
La longue tunique du kimono lui recouvrait entièrement le corps. Le tissu — une soie d'une finesse exquise, doublée d'une épaisse peau — lui conférait une allure presque princière. Il aurait pu sourire, peut-être, si toutes ces épaisseurs ne pesaient pas aussi lourd sur ses épaules. Et puis... il y avait le masque.
Sora devait l'admettre : il était magnifique. La matière était difficile à décrire, mais le visage de kitsune qu'il représentait alliait finesse et beauté, avec une certaine austérité froide, comme figée dans une porcelaine précieuse. À l'image de son propre visage.
« Face de lune », comme l'avait surnommé Calden. C'était amusant.
Mais voilà, Sora avait cédé. Car le masque n'était rien d'autre que cela : un simple masque. Aucune magie, aucun artefact ne l'asservissait. Il représentait surtout une promesse de sécurité pour toute vie croisant son regard d'argent.
Il en était cruellement conscient : chacun des Grands Mâles de cette maison tuerait — de façon brutale et spectaculaire — quiconque oserait poser les yeux sur son visage. Celui d'une Déesse ressuscitée.
Y compris Elijah.
Le jeune garçon avait si soudainement grandi, abandonnant ses traits d'enfant pour ceux d'un adolescent au destin déjà tracé dans les pas de son père.
L'avenir, et le caractère aussi, avait alors pensé Sora.
Alors il se tenait là, droit et noble, dans le grand salon, affrontant Calden du regard, le laissant l'observer, laisser glisser sur son corps une inspection tangible — à la fois menaçante et pleine de désir.
Il adorait ça. Le provoquer. Le rendre fou. Le rejeter n'était jamais facile, mais un acte nécessaire.
Calden refusait de comprendre les inquiétudes de Sora, sa morale, son besoin d'intimité, sa propre vision de la vie. Et avoir pour Compagnons quatre Lycans n'en faisait pas partie.
— Tu comptes aller où comme ça, p'tite teigne ?
Une attaque directe, frontale. Calden était en forme, mais restait sur la réserve. Il pouvait faire mieux.
— J'aimerais sortir... si tu es d'accord, se reprit l'oméga d'une voix posée.
Le Grand Lycan avança d'un pas, inclinant légèrement la tête pour mieux observer : sa position, son souffle, les battements de son cœur. Le couperet tomba.
— Pour aller où ?
Sec. Presque agressif.
— Au Temple... si tu es d'accord. Sinon, les jardins.
Un silence. Puis le Grand Bêta reprit :
— T'as pas d'gants.
— Je ne savais pas que je devais aussi me couvrir les mains.
Une information. Pas une excuse, ni une justification. Le ton était neutre, la voix claire, posée, contrôlée. Mais le Grand Limier se détourna avant même qu'il ait terminé. Et Sora resta seul, au milieu du salon.
Il se sentit trembler. Rester debout lui faisait mal : son dos, ses fesses... et le poids de sa tenue pesait lourd sur ses épaules, lui rappelant, encore une fois, à quel point il était une bien mauvaise oméga.
Il s'assit lentement sur le grand canapé, résigné, puis, d'un geste hésitant, défit l'un des liens de fixation de son masque, se demandant comment il pourrait occuper cette nouvelle journée. Mais sa réflexion tourna court lorsque le grand corps de Calden se pencha brutalement devant lui.
— Touche pas ! ordonna-t-il.
Il repoussa violemment les mains de Sora, qui desserraient le nœud.
— Tu fais un pas d'travers et j'te conditionne ici. Ad vitam. Clair ?
— Oui.
— Un pas, Sora. Va pas t'imaginer tout un tas d'trucs dans ta p'tite tête. En dehors de not' territoire, y'a des gardes partout. Sous forme humaine, Lycannes, des caméras, des détecteurs d'mouvement et des capteurs de sons. Si tu fais la moindre connerie... la moindre connerie... je vais vraiment être mauvais. Clair ?
— Oui, murmura aussitôt le jeune homme.
Alors Call lui saisit doucement la main, la porta à sa bouche pour y déposer un baiser chaste. Il respira longuement son parfum, comme si cette odeur était sa seule raison de vivre. Sa voix se fit plus douce.
— T'es si beau. Si précieux.
C'était une prière adorative que Sora détesta dans un tressaillement imperceptible. Call annonçait une vérité brute, mais celle-ci ne faisait que représenter leurs fardeaux à tous. Cette beauté surnaturelle, faisait, de lui une sorte d'entité, inadapté à ce monde.
Calden relâcha doucement sa main, puis sortit une paire de gants noirs, souples, luxueux, assortis au kimono. D'un geste précis, presque cérémonieux, il les déplia un à un.
— Donne, dit-il.
L'oméga tendit docilement les bras, paumes tournées vers lui. Calden glissa lentement les gants sur ses mains, prenant soin de tirer chaque doigt jusqu'à la couture. Ses gestes étaient méticuleux et doux, mais chargés d'une tension palpable, parce qu'il s'appliquait à habiller un objet sacré.
Lorsque le dernier bouton fut fermé, le Grand Limier releva les yeux vers lui, mais sans un sourire sur le visage.
Sans un mot, ils se levèrent tous deux, dans un silence aussi dense qu'un battement suspendu. Sora sentit les couches de tissu frotter contre sa peau, lourdes et enveloppantes.
Il baissa la tête. Son cœur cognait dans sa poitrine, précipité et désordonné. L'excitation et la peur se mêlaient en lui comme deux rivières troubles. Il allait sortir. Il allait marcher. Il allait respirer.
Et Calden ressentait tout.
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Ouroboros
ActionTout ce que souhaitait Sora c'était vivre une vie normale et être utile aux autres. C'est pourquoi, une fois le diplôme de Sage Femme en poche, il prévoyait de s'exiler au Canada pour y exercer son métier et pourquoi pas, un jour, de faire le tour d...
