Première fois.
Kenneth.
*
Je suis un dompteur.
Un dompteur de bêtes féroces.
Lorsque vous êtes pris en chasse par l'une d'elles, deux solutions s'offrent à vous :
Vous courbez l'échine.
Ou vous l'affrontez.
J'ai choisi de me soumettre.
Sora.
*
_ On aurait pu s'enfuir tous les deux... murmura Sora.
_ Pour faire quoi ? Une vie d'merde ? Hors d'question. J'abandonnerai jamais mes frères. Tout c'que t'as aujourd'hui, c'est grâce à nous. Notre sang. Nos choix. Nos guerres. J'ai traversé trop d'vies pour finir celle-là dans la misère. C'est pas discutable. Tu dois tout à la meute. À moi. À nous. Alors ferme-la. Et fais pas le malin avec Kenneth.
Callden quitta la chambre d'un pas rapide. Il ne se retourna pas. Ne dit rien au Lycan qui attendait dans le couloir – calme, posé, déterminé.
Sora avait scellé son destin. Il en avait conscience, mais aucun remords ne l'effleurait.
Il savait qu'il ne s'était pas seulement retourné contre Call.
Il avait défié l'Ordre.
La hiérarchie. Le noyau même de leur monde.
Et il allait en payer le prix.
Il ferma les yeux un bref instant. Ces quelques minutes à l'air libre lui avaient fait plus de bien que tout ce qu'il avait pu imaginer. Il devenait fou, enfermé entre ces murs. Enfermé avec ses pensées. Avec ses cauchemars. Et avec les attentes... folles de ces Mâles.
_ Allez, finis-en, grogna-t-il à Kenneth.
Le Grand Mâle prenait son temps. Son pas léger. Son allure rythmée, maîtrisée. Mais s'il pensait impressionner l'oméga, c'était peine perdue.
_ T'as passé trop de temps à te parler à toi-même, Sora. Te fais pas trop d'illusions.
_ J'imagine déjà comment ça va finir, alors épargne-moi ton numéro de torero.
_ Grosse erreur. T'as cru que j'avais la patience de Call ? J'en ai rien à foutre de ce qui t'a poussé à faire ça. Tu l'as fait. Point. Tu t'es retourné contre nous.
_ Je ne rêve pas. Les seuls tremblements que tu me donneras seront des terreurs nocturnes.
_ Arrogant... Tu l'étais déjà avant avec moi. J'ai toujours ramassé les restes.
_ Peut-être parce que tu les méritais.
Kenneth esquissa un rictus froid et sans joie.
_ Je sais exactement pourquoi.
Il franchit les derniers pas d'un bond sec et brutal. Sa main se referma sur la gorge de Sora, sans une once de douceur, pour le plaquer violemment contre le mur.
_ Tu vas te souvenir. Des cris. Du froid. La mort qui nous collait aux talons. Moi, tu m'as jamais vu. Jamais laissé t'approcher. Fallait bien que j'existe autrement. Alors j'ai choisi la haine. C'était ça, ou disparaître. Tu voulais de l'amour ? Tu m'as jamais laissé de place pour ça. Alors je t'ai appris à survivre. Ton esprit ? C'est moi. Ton intelligence ? Aaron. Ta malice ? Tu sais très bien d'où elle vient. On t'a façonné. Et ça s'arrêtera pas.
Il relâcha légèrement sa prise, juste assez pour que Sora puisse respirer mais pas pour fuir.
_ Cette vie n'existe pas pour moi, souffla l'oméga. Ce que nous fûmes m'est étranger. Aujourd'hui, je ne vois que ta main qui m'étrangle... et Calden, qui m'empêche de respirer autrement.
_ C'est vrai, admit Kenneth d'une voix grave. Quand j'étais sous ma vraie forme, tu m'aimais. Quand je suis devenu homme pour toi... ça à été différent. Et moi, j'ai jamais su quoi foutre avec ça.
Il relâcha l'oméga brusquement. Étonné qu'il ne tombe pas, le Gardien des Armées frappa sans prévenir la cheville pour le regarder s'écrouler sans grâce. Puis il s'accroupit à son niveau, son regard planté dans le sien.
_ Tu restes ici. Tu peux hurler, supplier. Je m'en fous. Cette fois, tu ne m'échapperas pas. T'as le droit de rêver de me tuer, de me haïr. Mais tu restes. Et avant que t'ouvres ta gueule pour dire que tu nous appartiens pas... C'est faux. T'es là. T'es revenu. Parce que sans nous, t'es rien. Vide. Sans but. Et tu le sais. T'es à nous, l'oméga. A nous à tout jamais.
Un long silence s'installa. Puis Kenneth se redressa. Lentement.
Droit.
Impérial.
_ Viens. De ton plein gré. Ou je reviendrai te chercher.
La porte de la chambre claqua dans un bruit sourd et définitif et Sora resta figé, seul. La cheville en feu et le souffle court.
Il ne savait plus s'il avait peur... ou si c'était autre chose. L'écho d'un lien brisé. Quelque chose qui recommençait à vibrer, là, dans ses veines. Quelque chose de vivant. De sale. De viscéral.
Quelque chose qui le força à serrer les cuisses.
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Ouroboros
ActionTout ce que souhaitait Sora c'était vivre une vie normale et être utile aux autres. C'est pourquoi, une fois le diplôme de Sage Femme en poche, il prévoyait de s'exiler au Canada pour y exercer son métier et pourquoi pas, un jour, de faire le tour d...
