Aaron, silencieux, observait de ses yeux vairons le collier étincelant d'or et de pierres précieuses dont Sora c'était séparé, quelques mois auparavant, sans aucun scrupule. Son désintérêt pour les biens matériels n'était pas pour déplaire à l'Alpha bien qu'il eu été facile de penser que les circonstances, la vie même que le petit oméga vivait était à l'origine de cet état d'esprit. Et pourtant, ce bijou, cet écrin précieux avaient apporté à la Trinité toutes les réponses aux questions qu'ils se posaient. Et Aaron ne pouvait s'empêcher de penser que si le jeune oméga avait su, peut-être aurait-il choisit une autre voie.
_ Que vas-tu annoncer à Sora ? demanda soudainement Kenneth d'une voix basse, empreinte d'une froide certitude.
_ As-t'il besoin de savoir ? Les résidus ADN retrouvés sur ce bijou sont bien trop endommagés et quand bien même. Sa mère biologique était une oméga. Point.
_ Son origine dépasse largement ce que nous avions supposé, déclara le noiraud.
_ Même si cette information n'a pas d'importance au final car cela importe peux, répondit l'Érudit. Nous savons que ce collier provient de la famille Impériale, un héritage de l'ère Edo. Un symbole de Pureté et d'Autorité Divine des Lignées Royales. Sa mère qu'elle soit simple mortelle ou non en a hérité pour une raison évidente.
Aaron s'appuya contre le bureau, l'ornement dans ses mains, ses yeux vairons brillants d'une intensité inquiétante.
_ Mikey à trouvé quelques archives que mes services ont passés au cribles.
_ Nous t'écoutons avec beaucoup d'impatience, répliqua Seren de son ton calme et posé et auquel Aaron ne put que lui offrir un sourire en faisant tourner lentement le collier entre ses doigts, les pierres rouges captant la lumière comme des gouttes de sang.
_ C'est un héritage lourd, qui ne peut être porté que par ceux qui partagent ce sang. Sa mère devait être une enfant illégitime.
Il fixa les autres membres de la Trinité, laissant ses mots s'imprégner avant de poursuivre :
_ L'Empereur, a les yeux colorés comme les Européens et d'après la vidéo de Sora...
_ Que tu as regardé en boucles durant des heures.... grogna Kenneth comme une réprimande.
Son frère ignora la pic et continua son récit, son regard perdu dans le vide et son ton se durcissant.
_ Une fille illégitime. Un secret honteux. Une menace pour la stabilité de la famille Impériale si jamais cela venait à être découvert. L'exil était une bonne option et le fait de l'utiliser comme poulinière pour offrir de l'Essence Lycan à son demi-frère... un jolie pied de nez.
_ L'Impératrice ! Il n'y a qu'elle pour être aussi cruelle, répondit Kenneth.
_ En effet. Soutenu par Stylefield qui manipulait sa Magie Régénératrice pour cette famille depuis des lustres.
Aaron serra le bijou dans sa main, comme pour en mesurer le poids symbolique.
_ Cette parure, offerte ou volée, aura été le fardeau de cette jeune femme. Une preuve tangible de son sang royal, mais aussi un couperet au-dessus de sa tête. Une manière pour l'Impératrice elle-même de lui rappeler qu'elle vivait sous sa miséricorde. En quelques sortes.
Seren fronça les sourcils, croisant les bras avec une expression d'intense réflexion.
_ Sa punition pour exister.
Aaron hocha la tête, un sourire amer se dessinant sur son visage.
_ Et elle aurait donné naissance à son propre enfant illégitime. Notre petit Sora, ce fils d'une paria Impériale. Le porteur d'un double fardeau destiné à permettre à Akio de survivre. La vengeance calculée de l'Impératrice, combinée au destin que lui vouait la Grande Déesse. Quel belle blague leur à fait là Sora. Si elles avaient su ce qu'il était en réalité...
Call, jusque-là silencieux, serra les poings, son regard sombre fixé sur le collier.
_ Ouais, reprit-il à son compte. Et les événements forment toujours un trio.
*
La pièce était calme en apparence tandis que Call pénétrait dans la chambre de Sora. Le bruit de ses pas lourds, nus, sur le sol résonnait doucement dans la pièce, créant une tension qui n'était pas immédiatement perceptible. L'atmosphère, lourde, et l'air semblaient suspendus. À l'entrée, à peine à quelques pas de la porte, Aaron se tenait droit, bras croisés, son regard acéré fixé sur l'oméga. Il dégageait une Aura froide, une présence qui emplissait tout l'espace, contrastant avec la tranquillité apparente des lieux.
« Y'a quoi ? » lança Call à travers leur Lien télépathique.
Comme à son habitude le Grand Limier allait droit au but, sa question était claire et directe.
« Regarde-le » donna Aaron pour toute réponse d'un ton froid et distant.
Ils observaient Sora, figé devant l'unique mur blanc. Un écran diffusait une scène d'hiver, un film qui tournait à répétition. Des renards blancs, gracieux et silencieux, évoluaient dans la neige, une famille en harmonie avec la forêt. Sora semblait capté par cette scène, ses yeux rivés sur les animaux, il restait ainsi, presque hypnotisé, comme si quelque chose en lui se calmait. Mais soudain, un mouvement de recul : l'ombre du jeune homme s'éloigna alors du mur, ses gestes lents et hésitants. Il toucha les coussins du sol, passa ses mains sur la moquette, comme s'il découvrait chaque objet, chaque texture pour la première fois. Puis il se retourna de nouveau vers l'écran comme si la vision le réconfortait.
« Sa jambe gauche... il boite » remarqua Call, observant les mouvements incertains de Sora.
« Sa vue est également touchée » répondit l'Érudit. « Physiquement, il n'a rien. C'est une réminiscence de son esprit. »
Le châtain ne réagit pas tout de suite, son regard se posant sur l'oméga, analysant chaque détail.
« Combien d'temps ? » demanda Call, sans chercher à dissimuler l'inquiétude qui perçait dans ses mots.
Aaron soupira, ses yeux plissés fixés sur le jeune explorateur.
« Difficile à dire » dit-il enfin d'une voix lasse. « C'est une illusion du temps... ou de tout ce qu'il était avant. Ce n'est peut-être pas une question de guérison, mais... de ce qu'il a perdu. »
Le silence pesait encore plus lourdement après ces mots tandis que Call observait la silhouette fragile de son ancien amant.
« La Grande Lune Rouge est pour d'main ... »
« Je sais. Mais quelque chose me gêne. »
Soudain, un frémissement traversa Sora. Ses yeux, jusque-là fixés sur l'écran, se levèrent lentement, comme s'il percevait enfin leur présence. Un grognement sourd s'échappa de sa gorge, une réaction primitive, instinctive. Il les regarda de ses yeux brouillés, ses traits déformés par une confusion évidente. Il y avait une tension palpable alors que son regard oscillait entre eux, comme s'il les voyait pour la première fois, mais aussi comme s'il les reconnaissait trop bien pour être à l'aise en leur présence.
Son corps se tendit mais il resta là, figé, ne sachant que faire de cette agitation intérieure. Une peur irrationnelle le tenait, comme si ces figures familières étaient soudainement devenues des menaces, des ombres dangereuses dans un monde qu'il ne comprenait plus. Mais en même temps, il semblait aussi éprouver une forme de plaisir, de soulagement à les voir, un désir de connexion, comme s'il cherchait désespérément à retrouver quelque chose qui lui échappait.
Les Grands Mâles, comme des géants dans son esprit troublé, restaient immobiles, observant Sora avec une étrange attente.
Aaron, impassible, se contentait de le regarder sans bouger, son esprit calme face à la tempête qui s'agitait dans celui du jeune oméga. Call, lui, sentait le malaise grandir, mais gardait ses distances, attendant et scrutant, prêt à intervenir si nécessaire.
Puis soudain, le jeune Lycan sembla se désintéresser de leur présence. Il leur tourna alors le dos en retournant à son inspection minutieuse de la pièce. Chaque geste était une exploration timide, mais sans y accorder réellement d'attention.
Le Grand Bêta l'observa, une pointe d'agacement montant en lui alors qu'il suivait le blanc du regard. Puis, l'instinct du Grand Limier s'éveilla. Sora revenait sans arrêt vers les fenêtres, se stoppant parfois devant les baies vitrées, ses yeux perdus vers l'extérieur.
« Il observe les gardes » grogna Call, une alerte s'élevant dans sa poitrine. « Ses yeux... il mémorise les lieux. »
Le Grand Limier ressentit cette tension qui montait, ce frisson dans l'air. Il voyait dans l'attitude du jeune homme une conscience qui émergeait, un esprit qui s'éveillait, et cela déclencha quelque chose de sombre en lui.
« Son instinct le pousse à fuir, » continua t'il à travers le Lien, son ton devenant plus tendu. « Il est en train de repérer les failles qui pourraient l'amener à s'échapper. »
Aaron ne dit rien, mais il sentait lui aussi cette montée d'adrénaline. L'atmosphère se chargea, comme une épée suspendue, prête à s'abattre. Call savait que Sora n'était pas seulement en train d'observer, mais aussi de calculer, de mémoriser chaque détail, chaque mouvement autour de lui.
L'Érudit, d'un ton calme glacé, brisa enfin le silence qui s'était installé entre eux. Ses mots tombèrent comme un couperet, sans résonner de manière trop dramatique, mais lourds de menace et de détermination. Il laissa un instant passer, puis conclut d'un ton tranchant, presque définitif :
« Cette époque est révolue. »
Call, absorbé par la situation, se figea légèrement à l'entente de ces paroles. Mais avant qu'il n'eût le temps de répondre, Aaron se tourna brusquement vers lui, ses yeux assombris fixés sur son frère d'Armes.
« La prochaine fois que cette petite teigne met un pied dehors, assure-toi, Call, » reprit le Second Gardien, sa voix s'adoucissant en une menace contrôlée. « Que c'est pour accomplir son destin. »
Il tourna les talons avec une telle autorité que même l'air sembla se courber autour de lui, et sans un autre mot, quitta la chambre, sa silhouette plus fine disparaissant dans le couloir. Le châtain, resté seul, demeura un instant figé, les paroles de l'Alpha planant dans l'air. Un sentiment de pression intense s'installa, comme si le temps lui-même venait de se tordre sous le poids de ces mots.
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Ouroboros
ActionTout ce que souhaitait Sora c'était vivre une vie normale et être utile aux autres. C'est pourquoi, une fois le diplôme de Sage Femme en poche, il prévoyait de s'exiler au Canada pour y exercer son métier et pourquoi pas, un jour, de faire le tour d...
