48 - CALIANE

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S'il croit me semer il peut rêver ! Vu son allure d'escargot le retrouver est loin d'être un souci. C'est même un peu pitoyable il faut bien se le dire. Loin de ses capacités habituelles. Et il grogne

- Vous devriez arrêter de grogner ou bien vous allez passer pour un homme de Neandertal, je lui dis avec un clair amusement dans ma voix.

Lorsque j'annonce que je compte l'accompagner, il est clairement étonné par ma réponse. Je mettrai ma main à couper qu'il pensait que je le ferai chier. En même temps je dois avouer que depuis le début je juge beaucoup ses mauvaises habitudes. Mais pas ce soir. J'éclate de rire.

- Vous ne vous y attendiez pas n'est ce pas ? Oui je fume occasionnellement. C'est ce que l'on surnomme la cigarette sociale.

Enfin là le social avec lui... Ça consistera sûrement à des grognements et des gestes ou des regards. Mais je suppose que ça reste une cigarette sociale à partir du moment où on est deux ? Je vais dans les vestiaires des femmes, le laissant aller dans ceux des hommes. Je récupère mon écharpe, ma veste et mes clopes ainsi qu'un briquet puis je le rejoins sur la route de la sortie. Pire que des escargots. Dehors, je l'entends lâcher un petit soupir. De soulagement probablement pour être enfin arrivé. En même temps il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Il pourrait être dans son lit d'hosto au lieu de se traîner dehors.

Moi je frissonne. Ça caille trop. Je n'ai pas mes habits du coup et ceux qu'on m'a passé sont bien moins chauds. Je me mets à côté de lui, contre le mur aussi. Soudain dans mon champ de vision entre un briquet. Surprise je lève les yeux vers lui puis je me souviens l'avoir vu allumer une cigarette. Vu comme il fait ça et étant donné son état... Je prends le briquet et je l'enclenche protégeant la flamme de ma main. Puis je tends les bras vers la cigarette qu'il a entre les lèvres. Une fois que sa cigarette qui pue est allumée, j'allume la mienne rapidement et lui rend son briquet avant de changer de place me mettant de l'autre côté de lui pour éviter que la fumée de sa cigarette ne vienne vers moi.

Je recrache la fumée et regarde le ciel. On voit quelques étoiles. On entend au loin quelques soldats en entraînement de nuit chanter un quelqu'un leitmotiv militaire que je ne reconnais pas à cette distance. On entend le bruit d'engins allumé... Mais entre lui et moi pas un bruit. Ça me rend un peu nerveuse je dois bien l'avouer. J'ai des dizaines de questions sur l'incident, sur lui, sur ses greffes mais ça n'est pas le moment. Même moi je le sens. Mais rester dans le silence... Il faut que je lance un sujet de conversation. A sens unique vu qu'il ne répondra probablement pas. Allllerrrr réfléchis... Cigarette sociale. Sujet sujet... Ah je sais !

- Est-ce que vous saviez que les cigarettes ont été modifiées pour s'éteindre souvent après l'allumage ? C'est pour éviter les incidents domestiques et les décès car beaucoup de gens s'endorment en fumant. Avec ce système, une cigarette sur laquelle on ne tire pas s'éteint 9 fois sur 10.

Je parie que ça lui arrive régulièrement. Je tire un peu sur ma cigarette et continue sur ma lancée.

- Et est-ce que vous saviez que les sapeurs-pompiers respectent une déontologie propre à leur métier concernant le port du casque ? Ils n'ont pas le droit de fumer avec le casque, par respect pour leurs camarades morts au feu, c'est à dire asphyxiés par la fumée. En parlant des pompiers, il existait autrefois une ampoule à incandescence dans une caserne qui est restée allumée durant 157 ans, de 1901 à 2058. C'est fou pour compte tenu de la technologie utilisée. De ce que j'ai compris d'après de vieilles archives, c'est le fait qu'elle fut fabriquée artisanalement, ce qui a eu le mérite de la rendre hermétique à l'air extérieur, mais aussi qu'elle reste constamment allumée. Elle était même surveillée par webcam. C'est fou non ? A l'époque ce type d'ampoule avait une durée de vie d'une cinquantaine de jours non stop. L'allumage et l'extinction trop répétitive de la lampe diminuait sa durée de vie.

Ça me fascine ce genre de chose et je pense que ça s'entend dans ma voix. Pour une ingénieure cela fait partir de l'Histoire avec un grand H même si je doute que ça intéresse grand monde. Et je doute que ça intéresse le commandant. Mais tant pis. Ça aurait pu être pire j'aurais pu lui parler de la vache. Enfin de la guerre de la vache. Ou je lui en ai déjà parlé ? Quand j'étais bourrée ? Je ne sais plus.

Heart's Mechanic - Saison 2Des histoires addictives. Découvrez maintenant