58. Troubles 2

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Qu'est-ce qu'il entend par << Je déteste les fleurs>> et cette phrase sur son frère ?

Il adore la flore et jamais il n'insisterai pour utiliser le "Bébé" dans sa phrase. Avant de se quitter ce matin, nous avons eu une conversation sur comment se comporter hors de notre intimité. Il est têtu, mais pas à ce point.

Et cette histoire de bureau, je n'ai jamais apporté de fleur là-bas. C'est quoi son problème ?

- Bertrand.

Je sors de ma réflexion pour fixer Omar. Il a bien de la chance lui. Si ce n'était pas grâce à ses stupides comprimés, je n'aurais jamais passé le cap avec Denis. Je lui dois une pour cela, même si ses intentions n'étaient pas nobles. Je n'ai pas tenté ce sujet depuis ce matin et je ne compte jamais l'aborder. Omar va devoir comprendre les choses de lui-même.

- À quel moment tu veux que je parle au petit ?

J'avais complètement oublié. Avec ce qu'Henri m'a raconté de ce qui c'est passé ce matin, je suis beaucoup moins sûr de savoir comment approché Saïd. Il est réellement traumatisé. Il lui faut une thérapie, mais le pauvre petit ne veut pas que ses parents apprennent les sévices qu'il a subit. Son cas est contraignant.

Je suis d'autant plus inquiet par la réaction de ses parents. Étant de confession musulmane, son père ne pourrait pas voir ce problème dans le bon sens. C'est ce qui m'effraie le plus. Mes parents m'ont régné en trompant leur entourage, mais est-ce que les siens seront de ce schéma. Il a beau être une victime, mais les actions posées par Didier peuvent être interpréter autrement. Dans le contexte de toute agression sexuelle, les victimes se sentent toujours fautive ; si sa famille ne le soutient pas, il en souffrira encore plus. Les dérives et les conséquences seront catastrophiques.

- Les choses sont compliquées. Il ne va pas bien. Je suis très inquiet pour lui. Il n'a que treize ans et ça me fiche la trouille.

- Tu as oublié que j'étais aussi jeune que lui ? J'ai réussi à m'en sortir.

- Mais toi tu es fort, il a l'air fragile et décontenancé. Je me sens inutile face à son désarroi. Il est calme maintenant, mais imagine qu'il fasse une nouvelle crise. C'est surtout la position de mon filleul qui me chagrine, si je n'arrive pas à gérer cette situation, il sera anéanti. C'est son seul ami, vois-tu ?

Omar se rapproche de moi.

- Je suis déçu. Comment tu peux douter de toi à ce point ? Tu trouves vraiment que j'étais fort ? J'étais timide, honteux et dépassé par ma vie. Je me sentais sale et anormal. J'avais envie d'en finir chaque jour qui passait et je priais chaque nuit de mourir dans mon sommeil. S'il n'y avait pas eu autant de matériels interdits à l'internat, je les aurais utilisé pour me ôter la vie. Bertrand, ce n'est pas être fort. Non. J'avais l'impression d'être la pire créature créé sur cette Terre.

- Tu ne m'as jamais dit les choses aussi concrètement, dis-je, abasourdi.

- C'est vrai. Tu l'as toi-même dit, j'étais jeune. Je ne savais pas dire les choses telles qu'ils étaient. Je n'avais personne sur qui compter, mais toi, tu es apparu. Le seul fait que j'avais au-moins quelqu'un sur qui compter ou me tenir compagnie malgré qu'il était au courant pour moi, ça m'a... comment dire... délivré. Oui, je me suis senti délivré. Tu ne me forçais jamais à rien, tu me tenais juste compagnie ou essayait de garder mon attention, Bertrand.  Tu ne me jugeais pas. Mieux, tu n'avais pas pitié de moi, c'est surtout ce détail qui m'a charmé.

- Je passais mon temps à analyser ton comportement, c'est tout. Tu ne parlais pas beaucoup, c'était le seul moyen pour moi. Ce n'était pas facile. Tu dois aussi comprendre que je ne suis plus le même homme. Tout a changé. Tout. Rien n'est aisé à présent.

Atteindre La Cible [M/M]Des histoires addictives. Découvrez maintenant