Première fois :
Sora
On raconte que les bêtes féroces doivent être domptées.
Qu'avec assez de patience, assez de force, assez de volonté...
elles finissent par plier.
Je n'avais pas encore compris que j'étais une bête.
Je ne voulais pas être brisé.
Je ne voulais pas apprendre à vivre dans une cage.
Mais lorsqu'on vous traque assez longtemps, deux choix restent :
courir jusqu'à s'effondrer...
ou cesser de lutter.
Moi—
Je ne suis pas sûr d'avoir choisi.
Sora
*
Le silence du salon n'était troublé que par le froissement régulier des pages que Sora tournait distraitement. Affalé sur le canapé, un livre ouvert entre les mains, il semblait absorbé par sa lecture, comme si le monde extérieur avait cessé d'exister. La lumière naturellement tamisée des lieux soulignait la quiétude trompeuse de cet instant.
Lorsque Kenneth franchit le seuil de la pièce, l'air changea aussitôt. L'oméga sentit cette intrusion sans lever les yeux de son livre.
Le Premier Gardien, immobile près de la porte, observait la scène avec cette froideur qui lui était propre, calculant, jaugeant, attendant.
Les secondes s'étirèrent, lourdes, presque étouffantes. Finalement, Sora referma son ouvrage avec lenteur. Sans un regard pour l'intrus, il traversa le salon, passant près de lui comme s'il n'était qu'une ombre. Ce simple refus silencieux, fit vibrer l'atmosphère d'une électricité dangereuse.
À peine la porte de sa chambre franchie que le jeune homme sentit la présence derrière lui, écrasante et familière du stalker sans état d'âme.
— Rejoins-moi dans mes appartements, Ordonna la voix grave de Kenneth, dénuée de la moindre chaleur.
— Non.
Une réponse sans appel et l'air se fit plus lourd encore car cet homme implacable n'avait pas pour habitude qu'on lui résiste. Et pourtant, ce simple mot avait fait monter en lui un tel niveau d'excitation qu'il peinait à se contenir.
— C'est pas une demande, reprit le Premier Gardien d'un ton plus bas.
Sora refusa une seconde fois, le cœur battant et conscient de l'abîme qu'il creusait sous ses propres pas. Ce fut alors qu'une main ferme se referma sur le bras fin, glacial et autoritaire. Sans ménagement, Kenneth le força à se retourner. Pris au piège de cette poigne implacable, l'oméga comprit que le moment était venu.
Il se débattit mais sans énergie. Pourtant, il refusait de céder malgré la force qui le dominait. Ses gestes étaient désordonnés, plus guidés par la lassitude que l'urgence tandis que Kenneth jouait à le maintenir, agacé par cette résistance las qu'il jugeait inutile.
Dans un sursaut instinctif, Sora relâcha un flux de Phéromones chargé de défi. L'atmosphère de la pièce changea et Kenneth vacilla brièvement, enivré par un plaisir inattendu.
Cette tentative de rejet, loin de le faire reculer, fit céder le dernier rempart de sa patience. Le Lycan projeta l'oméga au sol avec brutalité. Le choc résonna dans le corps de Sora et avant qu'il ne puisse se relever, une pluie de Phéromones claqua.
— Obéis, dit Kenneth d'une voix froide.
Le mot tomba comme un couperet et figea le jeune homme sur place.
Il resta au sol, immobile, le souffle court et la peau brûlante sous cet Ordre auquel il se retrouvait soumis.
Mais Sora ne pleurait pas.
Il ne criait pas.
Et seul ses yeux semblaient encore dégager d'une étincelle de vie.
Ce silence-là, Kenneth le connaissait mal — et c'est précisément ce qui le dérangea. Il s'attendait à de la peur, à une soumission contrainte et résistante, et certainement à de la colère.
Pas à cette retenue glaciale.
Pas à cette dignité dont son Compagnon c'était drapé sous un voile de souffrance.
Le Grand Mâle se redressa lentement, comme s'il reprenait le contrôle d'une situation qui, un instant, lui avait échappé. Il passa une main sur son visage, inspira profondément.
L'onde de ses propres Phéromones flottait encore dans l'air, subtile mais persistante, et cela l'irritait plus que la résistance de ce petit emmerdeur.
— Tu dépasses les limites que je t'ai fixées.
Il avait parlé plus pour reprendre le contrôle sur sa colère. Mais Sora savait que chaque mot vibrait de cette menace qui faisait de lui cet homme dangereux.
_ T'as... oublié quelles étaient mes attentes.
L'oméga se redressa enfin, prenant appui sur le sol. Ses mains tremblaient légèrement, mais son regard, lorsqu'il se posa dans les yeux de Kenneth, était d'une clarté dérangeante.
— Non, répondit-il calmement. C'est toi qui dépasse les règles que tu as fixé. C'est toi qui refuses de voir que tu ne te contrôle pas.
La colère de Kenneth se mua en quelque chose de plus sombre, et plus dangereux encore : une forme de réflexion froide et stratégique. Il s'approcha, plus prêt pour le dominer par sa seule présence.
— Tu rends les choses juste meilleure et ça palpite dans mon pantalon, murmura le Mâle Dominant. Tu penses que le temps passé avec mon frère t'a protégé ? Imbécile ! Il a fait que t'amadouer pour te modeler. Moi je suis pas patient. Et ce soir, je veux juste que t'obéisses corps et Âme.
Kenneth se détourna finalement, faisant quelques pas vers la porte, comme s'il accordait à Sora un répit calculé. Tandis que le jeune homme pensait que le Lycan quitterait sa chambre, ce dernier tout au contraire, referma la porte avec une lenteur toute calculée.
— Je ne céderai pas, lâcha brusquement Sora.
Et l'oméga su que cette réponse cloua leurs échangent lorsque une ombre noire hérissé de pic dantesque se projeta sur les murs de sa chambre.
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Ouroboros
WerwolfTout ce que souhaitait Sora c'était vivre une vie normale et être utile aux autres. C'est pourquoi, une fois le diplôme de Sage Femme en poche, il prévoyait de s'exiler au Canada pour y exercer son métier et pourquoi pas, un jour, de faire le tour d...
